Libye: la paix s'éloigne de nouveau

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Le 20/02/2020 à 09h09, mis à jour le 20/02/2020 à 09h23

Alors qu'il y avait un grand espoir de faire taire les armes autour de Tripoli, voilà que la paix s'éloigne de nouveau. Les deux camps s'accusent mutuellement de ne pas montrer suffisamment de volonté pour que cesse le conflit. Mais, c'est beaucoup plus compliqué que cela.

Hier, mercredi 19 février, dans une déclaration faite à l'agence d'information russe, Sputnik, Abdul Hadi El-Hweij, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Tobrouk a accusé le camp de Fayez El-Serraj, chef du gouvernement d'entente nationale (GNA), d'avoir fait venir en Libye des mercenaires syriens en très grand nombre, par le biais de la Turquie.

«Des milliers de mercenaires ont été transférés en Libye depuis la Turquie. Cela a été fait aux frais de la Libye par le gouvernement non reconnu. Pour eux, il est égal de savoir avec quelles mains et à quel prix s’emparer du pouvoir. De jour en jour ils perpètrent des crimes aussi bien à Tripoli que dans d’autres régions de notre pays. Leur gouvernement enlève souvent des citoyens d’autres États, dont des Russes», a-t-il dit.

Si l'information n'est pas nouvelle et avait été confirmée auparavant par le journal Anglais The Guardian et par la Radio France Internationale (RFI), la première à l'avoir donnée, son évocation par le chef de la diplomatie du maréchal Khalifa Haftar laisse penser que l'implicatin turque dans le conflit a contribué à radicaliser la position de l'Armée nationale Libyenne.

El Hweij ne s'est pas limité à ce constat, il a exigé que la communauté internationale retire sa reconnaissance au GNA. «Nous exigeons que la communauté internationale, y compris la Russie, révoque sa reconnaissance de ce gouvernement. Il est étrange d’avoir affaire à ceux qui sponsorisent les mercenaires sur leur propre territoire et enlèvent des citoyens étrangers. En ce qui concerne les mercenaires, je tiens à ajouter que nous avons arrêté des Turcs et des Syriens», a-t-il ajouté.

Selon lui, «il s’agit, certes, non pas d’ingérence turque, mais d’une agression et d’une tentative de nouvelle conquête de la Libye par les Turcs».

Evidemment, du côté du GNA, les griefs contre Khalifa Haftar ne manquent pas. Le GNA reproche à l'Armée nationnale libyenne et aux groupes armés qui la soutiennent d'avoir violé, à maintes reprises, la trève mise en place dimanche 12 janvier.

Fayez El-Serraj a d'ailleurs suspendu, depuis hier 19 février, sa participation aux négociations de Genève. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est le lancement, la veille 18 février, par les troupes de Haftar d'une quinzaine de roquettes qui se sont abattues sur les ports de Tripoli et Al-Chaab.

Par ailleurs, si Haftar se plaint de la présence de la Turquie voire du Qatar dans ce conflit, le GNA a aussi des raisons de pointer du doigt les Emirats Arabes Unis ou l'Egypte qui sont les principaux soutiens de l'Armée nationale libyenne.

Le GNA est certes reconnu par l'ONU, mais c'est une reconnaissance de façade seulement, puisque Haftar compte des amis jusqu'au sein même des membres permanent du conseil de sécurité. En effet, la France et la Russie n'ont jamais caché leur proximité avec l'homme fort de l'Est libyen, ce qui a le don d'irriter Fayez El Serraj.

Enfin, Le camp de Khalifa Haftar a fromulé plusieurs demandes que celui de Fayyez El Serraj ne peut satisfaire, car cela le fragiliserait au point qu'il devra tout accepter. C'est le cas de l'alliance entre le GNA et Khaled Al-Mishri, connu pour sa proximité avec les frères musulmans égyptiens, ennemis jurés du régime de Abdelfattah Al Sissi. Haftar avait également exigé que les milices qui défendent Tripoli soit démantelées. Une demande jugée inacceptable par le gouvernement de Fayyez El Serraj.

Le ton est donc monté d'un cran et les négociations de Genève qui laissaient pourtant entrevoir un cessez-le-feu permanent sont au point mort.

Aujourd'hui, à l'évidence, les divergences sont tellement profondes qu'il sera difficile de rapprocher les positions des deux camps.

Par Mar Bassine Ndiaye
Le 20/02/2020 à 09h09, mis à jour le 20/02/2020 à 09h23