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Insolite: les poupées sexuelles font jaser les Camerounais

Mise à jour le 10/02/2018 à 12h00 Publié le 10/02/2018 à 11h55 Par De notre correspondant au Cameroun Tricia Bell

#Société
poupées gonflables
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#Autres pays : La prétendue vente de ces «love dolls» dans certains marchés du Cameroun divise l’opinion. Tandis que certains crient à la dépravation des mœurs et que d’autres louent les avantages de ces gadgets sexuels, le gouvernement reste muet sur le sujet.

«Maintenant, si une go (une fille dans l’argot camerounais, NDLR) te barre, tu la filmes et tu envoies sa photo chez les Chinois pour commander sa poupée»; «Thème de la Journée internationale de la femme 2018: Femmes, combattons les poupées sexuelles pour garder nos places devant nos hommes dans la société»…

Les messages de ce genre inondent les réseaux sociaux camerounais depuis plusieurs jours. C’est que, la nouvelle a fait grand bruit: les poupées sexuelles sont vendues au Cameroun. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre dans le pays.

Ces poupées en silicone, de taille humaine, au réalisme impressionnant, seraient déjà commercialisées à Douala, la métropole économique, où on peut s’en procurer au centre commercial chinois au quartier Akwa.

A Yaoundé, la capitale, les (mauvaises) langues annonçaient il y a peu l’arrivée «d’un premier stock» en provenance de Chine, dans l’un des magasins de la ville. «J’ai entendu cette histoire de poupées sexuelles, mais je crois qu’elles ne sont vendues qu’à Douala pour le moment», affirme Fabrice, vendeur au Marché central de Yaoundé.


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Dans des commerces tenus par des ressortissants chinois, la réponse est la même : «Nous n’en vendons pas !». Pourtant, elle court, elle court la rumeur… Mais bien malin celui - ou celle - qui pourra dire avoir vu ces «love dolls» vendues sous d’autres cieux.

La polémique ne cesse pourtant d’enfler depuis la vraie-fausse vente de ces «poupées d’amour» dans le pays. Les esprits s’enflamment sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, hommes et femmes se livrent à des joutes verbales. «Pas de dot à payer, pas de belle-famille à gérer, pas d’enfants à élever, pas de risque d’infection, pas de jalousie…», fantasme Ben Passy, en énumérant une liste d’«avantages» aussi longue que le bras.

En face, la réaction des femmes est quasi instantanée. «Si une de vos poupées sexuelles peut vous faire à manger ou vous caresser...», réplique Claude Murielle. La bataille se transpose aussi dans la rue, où les uns crient à la dépravation des mœurs tandis que d’autres y voient une chance de s’offrir une «bombe sexuelle» – fut-elle artificielle– comme petite amie.


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Un citoyen  camerounais a même adressé une lettre ouverte au Premier ministre dans laquelle il le supplie de prendre des «mesures strictes» visant l’interdiction de l’entrée de ces poupées au Cameroun. Ceci, dans le but de «protéger nos cultures et nos valeurs propres».

La loi camerounaise ne prévoit pas de dispositions relatives aux poupées sexuelles. Un responsable au ministère de la Promotion de la femme et de la famille croit savoir que ce phénomène pourrait être perçu comme «une menace à la procréation». Car l’introduction de ces poupées dans l’intimité serait «la preuve que quelque chose perturbe la sexualité humaine».

Le sociologue Henri Tedongmo Teko pense quant à lui que ces «gadgets sexuels» ne sauraient influencer les habitudes sexuelles des Camerounais. «Il s’agit d’un phénomène de mode qui est plus médiatique que social. Ce sujet n’est en réalité qu’un prétexte qui permet aux uns et aux autres d’actualiser le débat sur la sexualité moderne, dans un contexte d’émergence des formes importées de pratiques naturelles et artificielles des relations sexuelles». Le débat est loin d’être clos…
Le 10/02/2018 Par De notre correspondant au Cameroun Tricia Bell

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