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Cameroun: Janvier Alfred Ngalle Mbock, l'avocat non-voyant qui fait le buzz

Mise à jour le 07/04/2018 à 10h26 Publié le 07/04/2018 à 09h16 Par De notre correspondant au Cameroun Tricia Bell

#Société
Janvier Alfred Ngalle Mbock

Janvier Alfred Ngalle Mbock.

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#Autres pays : L’homme de loi de 37 ans vient de décrocher avec succès le Certificat d’aptitude à la profession d’avocat au Cameroun. Il se dit fier d’avoir ouvert la voie à d’autres handicapés visuels comme lui, alors que son parcours suscite de nombreux commentaires enthousiastes sur les réseaux sociaux.

Il ne voit ni les questions, ni les réponses, mais il a bravé avec succès le Certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA) au Cameroun. Janvier Alfred Ngalle Mbock est, depuis lundi 2 avril 2018, le tout premier avocat non voyant du Cameroun. Cet homme de loi de 37 ans figure sur la liste des 474 stagiaires admis à l’examen de fin de stage d’avocats, publiée en début de semaine par le ministère de la Justice.

L’ancien élève du lycée de Ndog-Hem à Douala, la métropole économique, a réussi à tirer son épingle du jeu parmi les 1400 stagiaires candidats à cet examen cette année. Et fier, le jeune avocat l’est. «Je suis très content puisque j’ai beaucoup persévéré. Et quand j’ai su que j’étais admis, je me suis dit: "ça y est, j’ai enfin réalisé mon rêve"», se réjouit Me Ngalle, qui a prêté serment comme avocat stagiaire en 2015. Il est surtout content d’avoir ouvert la porte à d’autres handicapés visuels comme lui. «Je suis le tout premier avocat aveugle et je suis sûr que si je le fais très bien, ça va encourager mes autres camarades non-voyants à vouloir intégrer la corporation d’avocats, ainsi que d’autres corps de métiers», dit-il.


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C’est en 2012 qu’il choisit la voie du barreau. «J’ai admiré le premier avocat qui m’a formé. Sa manière de faire m’a beaucoup intéressé. C’est ça qui m’a poussé à devenir avocat», se souvient-il. Mais la marche jusqu’aux portes du barreau est semé d’embûches. Son handicap, qu’il traîne depuis l’enfance, ne plaide pas non plus en sa faveur. «Des gens m’ont découragé en disant que je ne vais pas m’en sortir parce que je suis aveugle. Ça n’a pas été facile, même quand je suis arrivé au cabinet de mon parrain qui m’a formé. Ma volonté et mon engouement l’ont motivé à continuer. Et on y est arrivé!», confie-t-il, la voix pleine de trémolos.

Défi relevé donc pour celui qui aime les challenges. C’est serein qu’il attend la prestation de serment et son inscription au tableau de l’Ordre pour exercer comme avocat de plein exercice.


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En attendant de remplir ces «formalités», c’est dans les tribunaux de Douala qu’il exerce. L’homme est bien connu ici. C’est que, des avocats avec une canne blanche, on n’en voit pas tous les jours dans les palais de justice. Encore moins des conseils utilisant le JAWS (logiciel pour déficients visuels leur permettant d’utiliser de façon autonome un ordinateur) pendant les audiences.

Son parcours suscite des commentaires enthousiastes et élogieux sur les réseaux sociaux camerounais, et même au-delà. Janvier Alfred Ngalle Mbock est pourtant loin de se considérer comme un «symbole» ou une «mascotte». Il espère ouvrir son propre cabinet, «mais pas tout de suite».


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Le 07/04/2018 Par De notre correspondant au Cameroun Tricia Bell

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