RDC: les casques bleus traquent les ADF qui tuent les civils dans le "Triangle de la mort"

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Le 10/10/2018 à 11h38

"J'anticipe en permanence une attaque": l'officier sud-africain Maijeke, ses Casques bleus et l'armée congolaise traquent les Allied democratic forces (ADF) qui massacrent les civils dans le "Triangle de la mort" au nord de Beni dans l'est de la République démocratique du Congo.

Vendredi 20h00, des tirs de mortiers et d'armes automatiques mettent en alerte la base de l'armée congolaise à Oicha, un des points chauds de cette zone rouge de la province du Nord Kivu où les ADF tuent des civils à l'arme blanche par centaines depuis le 2 octobre 2014.

Une trentaine de soldats congolais et la Force de la brigade d'intervention de la Monusco s'enfoncent dans la nuit vers le lieu présumé de l'attaque.

Sur place, des civils accueillent leurs blindés avec des jets de pierre. "Ils sont frustrés envers nous et la Monusco. Nous arrivons parfois en retard. Nous devons nous battre davantage pour que les communautés changent d'avis", glisse un officier congolais.

Les civils montrent leurs maisons fraîchement pillées par les ADF, mystérieux groupe armé qui vit dans la jungle et la savane, visiblement avec femmes et enfants, qui n'affichent aucun leader, ni aucune revendication malgré les pertes infligées.

La tension retombe à peine, que des tirs sporadiques d'armes automatiques se font de nouveau entendre pendant 20 minutes dans la jungle, à priori près de Mbau, une des bases du "triangle de la mort" avec Eringeti, Oicha et Kamango.

De retour à Oicha, les soldats ne dorment que d'un oeil, de peur d'une nouvelle attaque. Les ADF sont tenus responsables de la mort de 15 Casques bleus tanzaniens au cours d'une attaque d'une base en décembre 2017 à Semuliki, plus à l'est, vers la frontière avec l'Ouganda.

Ils attaquent également régulièrement des positions de l'armée congolaise, en quête d'armes, de munitions et de matériel médical.

"C'est mon quatrième déploiement en RDC depuis 2006", témoigne l'officier sud-africain. "Celui-ci est le plus intense, j'anticipe toujours une attaque".

Déchirant

"La plus grande différence, c'est l'escalade dans les tueries de civils. C'est déchirant pour moi, une inquiétude majeure", ajoute-t-il.

Fin septembre, une vingtaine de civils ont été tués dans les faubourgs même de Beni, la grande ville de la région à 30 km au sud. La population a dénoncé l'inefficacité de l'armée congolaise et de la Monusco. La Monusco assure que leur intervention a évité un carnage encore plus grand.

Dans le "Triangle de la mort", la traque des ADF se fait en terrain difficile, face à un ennemi qui semble connaître chaque recoin de la jungle luxuriante, et qui dispose sans doute d'informateurs dans les villes et les villages.

L'armée congolaise a renforcé sa présence dans la région. Certains soldats congolais n'ont pas quitté leur base depuis un an et cinq mois et se montrent somme toute assez loyaux eu égard à leurs conditions de vie.

Samedi, les Casques bleus et l'armée congolaise se rendent sur le site d'une violente attaque attribuée aux ADF qui ont tué deux femmes quelques jours auparavant. L'attaque a duré quatre heures.

Dimanche, les armes crépitent de nouveau au loin dans la jungle. Les Casques bleus et les soldats congolais se précipitent sur leurs équipements.

Au fil des trois jours avec les deux forces sur les traces des "mystérieux" ADF, une toute petite part de ce mystère se dissipe.

Cet ennemi invisible est visiblement bien équipé en armes lourdes. Très bien organisés, les ADF maîtrisent parfaitement la stratégie de la guérilla (attaques sporadiques de positions stratégiques et pillages). Ils disposent sans doute d'espions parmi les civils.

Mais quel est le vrai but des ADF, historiquement des rebelles ougandais musulmans repliés dans l'est de la RDC à la fin des années 90 pour combattre le régime de Kampala? Combien sont-ils? Qui les dirigent? Qui les arment?

"A la fin, il faut qu'il y ait un dialogue entre les FARDC et les ADF", soupire l'officier sud-africain de la Monusco. "Les combats sont au détriment des civils. Les négociations doivent mettre fin à ce conflit, pas les balles". Mais comment parler à un ennemi qui se fond de nuit dans la jungle congolaise?

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 10/10/2018 à 11h38