Centrafrique: plus de 28.000 sans abris à cause des pluies diluviennes et de la grande crue de l'Oubangui

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Le 30/10/2019 à 06h16, mis à jour le 31/10/2019 à 14h23

C'est une catastrophe naturelle d'une ampleur inédite pour une population déjà largement en situation d'urgence humanitaire. Après dix jours de pluies diluviennes, la Centrafrique se noie sous les eaux de l'Oubangui, la plus grande rivière du pays, et de ses affluents.

Dans le 7ème arrondissement de la capitale Bangui, sur les berges de l'Oubangui, les ruelles de latérite se sont changées en un véritable marécage. La vie s'est arrêtée dans ces allées d'ordinaire animées. Le silence n'y est chassé que par le glissement des pirogues, qui ont remplacé les taxis.

Echoués sur une langue de terre comme des naufragés, les habitants ne peuvent que constater les dégâts: des champs noyés où les chenilles s'agrippent aux rares épis qui émergent. Les murs en terre des maison ont littéralement fondu sous les eaux. N'affleurent des eaux que les charpentes des toits.

La demeure d'Edouard a disparu voilà quatre jours. "Je n'ai pas d'argent pour la reconstruire", explique ce pêcheur, réfugié chez un voisin avec ses parents. "Il faut qu'on puisse abriter les familles en attendant que l'eau descende. Ça va au moins durer jusqu'à fin novembre!", se lamente-t-il.

Le phénomène est bien connu des pêcheurs comme Edouard. Tous les dix ans, l'Oubangui connaît une crue majeure. En 1999, les inondations avaient déjà provoqué d'importants dégâts. Cette fois, la crue a été encore aggravée par des précipitations exceptionnelles en durée et en ampleur pour cette saison. "Ces inondations sont plus importantes qu'en 1999", assure Antoine Mbaobogo, président de la Croix-Rouge centrafricaine, ajoutant: "Même dans les villes du nord et du centre, il pleut abondamment".

Le gouvernement n'a pas encore livré de bilan humain de ce que son porte-parole, Ange-Maxime Kazagui, a qualifié lundi soir à la télévision nationale de "grande catastrophe naturelle". Mais la Croix-Rouge centrafricaine parle mardi d'au moins 28.000 sans-abris dans tout le pays.

Et son président de lâcher: "Cela s'ajoute à la grande pauvreté de nos concitoyens..."

La Centrafrique, ravagée par la guerre civile depuis qu'une coalition de groupes rebelles a renversé le président François Bozizé en 2013, est déjà l'un des pays les plus pauvres au monde. Le conflit a forcé près du quart de ses 4,7 millions d'habitants à fuir de leurs domiciles. Début septembre, l'ONU estimait que "deux tiers de la population dépendait de l'aide humanitaire pour survivre".

En aval de la rivière, les habitants du village 3 ont dû quitter leur île, située en face de la capitale, pour se réfugier dans un entrepôt désaffecté. Cela fait près d'une semaine que ces quelques 150 déplacés campent sous les pluies incessantes, sans autre toit qu'une poignée de bâches distribuées par le député de leur circonscription.

"L'inondation a cassé toutes nos maisons. Nous avons sauvé les pirogues et quelques vêtements", raconte Jean Bosco, un vieux pêcheur coiffé d'un panama en feutre rescapé du déluge. "Tout le monde souffre à cause des moustiques. On n'a rien à manger. Nous, les hommes, on peut supporter, mais les enfants...", soupire-t-il.

Pour les pêcheurs, majoritaires dans les quartiers au bord de l'Oubangui, l'inondation est un double coup dur. "On a tout perdu. On ne peut même pas pêcher. Nos filets ont été emportés", se désole Fleury.

"La priorité, c'est de reloger les gens", explique Antoine Mbaobogo à l'AFP. Mais pour répondre à cette nouvelle urgence, le gouvernement centrafricain ne dispose que de moyens limités.

"Nous n'avons pas de structure pour accueillir les gens, mais nous attendons que les ONG nous proposent des tentes et des abris, afin de sécuriser les personnes", a expliqué Ange-Maxime Kazagui à la télévision nationale. "L'eau potable manque. Il y a des problèmes de latrines, de moustiques, de froid et des risques d'épidémie. Cette situation peut durer et même s'aggraver", redoute le porte-parole du gouvernement.

Dans les quartiers inondés de Bangui, en majorité couverts d'habitats précaires, les eaux usées se sont mélangées à celles du fleuve. "Dans l'eau qui passe là, il y a des déchets, des ordures, ça risque de causer le choléra !" s'inquiète Jeanne Koussa, une habitante du 7ème arrondissement, devant la marée brunâtre et malodorante qui menace sa maison.

"Le risque de choléra existe", confirme à l'AFP Pierre Somsé, ministre de la Santé, ajoutant: "L'eau remonte, les dispositifs d'hygiène ont disparu, les gens sont entassés dans des sites à peine aménagés, cela va encore aggraver le problème".

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 30/10/2019 à 06h16, mis à jour le 31/10/2019 à 14h23