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Côte d’Ivoire: Bédié et le PDCI ont-ils été roulés dans la farine par Ouattara?

Publié le 06/06/2018 à 21h20 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Politique
Côte d’Ivoire: Bédié et le PDCI ont-ils été roulé dans la farine par Ouattara?

Konan Bédié, qui a soutenu Alassane Ouattara pour battre Laurent Gbagbo n'aura pas de retour d'ascenseur.

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#Côte d’ivoire : C'est grâce à Henry Konan Bédié qu'Alassane Ouattara avait réussi à prendre le pouvoir face à son prédécesseur. Malheureusement pour lui, aucune des promesses qui lui ont été faites n'a été tenue.



Il fut un temps considéré comme le maître du jeu politique ivoirien. Après avoir apporté un soutien décisif à Alassane Ouattara qui a remporté de justesse l’élection de 2010 face à Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié avait amené son parti, le PDCI, à soutenir l’actuel chef d’Etat à la présidentielle de 2015. Mais l’homme à la porte duquel se pressait le gotha politique ivoirien ne bénéficiera pas du retour d'ascenseur espéré. Et les tiraillements au sein de sa formation politique n’arrangent pas les choses.

Le RHDP, la coalition au pouvoir dont l’ex-président ivoirien Henri Konan Bédié est l’un des initiateurs, finira-t-il  par faire le malheur du PDCI et … le sien ? La question se pose alors que le parti septuagénaire doit lutter contre les démons de la division et négocier favorablement le virage de 2020 pour assurer sa survie.


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Après avoir lancé l’Appel de Daoukro le 17 septembre 2014, Henri Konan Bédié appelait à la constitution d’un parti unifié avec le RDR d’Alassane Ouattara avec le secret espoir de voir le bâton du pouvoir lui revenir en 2020. Cet espoir, Konan Bédié l’avait présenté aux militants du parti dubitatifs comme une promesse afin de faire passer une pilule qui avait du mal à passer.

Au fil du temps, non seulement l’idée d’une alternance a fini par être réfutée par le chef de l’exécutif ivoirien, mais ce dernier a encore confié récemment au magazine Jeune Afrique n’avoir fait aucune promesse dans ce sens à son «aîné» Henri Konan Bédié !

Une déclaration qui a ajouté au froid observé entre les deux hommes. Ce contexte explique certainement le peu d’enthousiasme du PDCI qui est à ce jour le seul parti de la coalition à ne s’être pas encore prononcé sur son adhésion aux textes fondateurs du RHDP comme parti unifié. Signe qui ne trompe pas, un grand meeting prévu le 26 mai dernier à Daoukro (le fief de Bédié) en hommage à Bédié et en soutien au RHDP, à l’initiative du vice-président Kablan Duncan (considéré comme un pro-RHDP),  a été annulé à la dernière minute sans autre forme d’explication.

Un parti divisé sur la question du RHDP


Mais qu’à cela ne tienne, deux tendances se sont constituées au sein du parti, entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre le RHDP. Des tendances qui sont déjà en campagne auprès des militants.

D’un côté les partisans du RHDP qualifiés parfois de «traîtres». Conduits par le vice-président Daniel Kablan Duncan avec le soutien de la quasi-totalité des cadres du parti présents au gouvernement. Ils chantent tous en chœur que la coalition rendra le PDCI plus fort et rassemblera «les enfants de Félix Houphouët-Boigny autour des idéaux de paix, de rassemblement et développement». Selon la presse locale, ils ont même reçu l’ordre express du gouvernement de se prononcer publiquement sur le sujet.


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A l’inverse, d’autres cadres sont moins favorable au RHDP (accusé de ne pas vouloir adouber un candidat PDCI en 2020) et demandent au parti de se préparer à faire cavalier seul pour la présidentielle de 2020. Menée par Maurice Kakou Guikahué, le secrétaire exécutif du parti, cette frange craint une trop grande hégémonie du RDR dans cette alliance et la disparition du parti.

Henri Konan Bédié semblait avoir tranché en faveur du second groupe en limogeant l’actuel ministre des Ressources animales et halieutiques, Kobenan Adjoumani, de son poste de porte-parole du parti. Mais certains militants ont eu vite fait d’accuser Maurice Guikahué d’être à la manœuvre et exigent désormais sa démission du parti.

Ce qui aurait pu sembler surréaliste il y a quelques années constitue désormais le quotidien de l’ex-parti unique qui avait pourtant su faire bloc autour de son leader lors de l’Appel de Daoukro.

L’ex-chef d’Etat lui, parfois accusé de mener un jeu trouble, garde le silence, laissant le champ libre à toutes sortes de supputations. Mais l’heure de vérité approche peut-être avec l’annonce d’un Bureau politique ce 17 juin prochain. La rencontre, qui va mettre autour d’une table les deux tendances du parti, devrait en outre trancher sur la ratification ou non du texte du parti unifié. Une rencontre qualifiée de tous les dangers qui pourrait fragiliser un peu plus la cohésion au sein du parti, à moins de trouver un point d’équilibre à même de satisfaire les deux parties.

De son côté, Alassane Ouattara, qui a annoncé la formation prochaine d’une nouvelle équipe gouvernementale, attend la décision de son allié pour finaliser ses choix. Il a déjà affirmé, les partis qui ne ratifieront pas le texte fondateur du RHDP ne seront pas présents au gouvernement ! Une «tentative d’intimidation» dénoncée par les pourfendeurs du RHDP.
Le 06/06/2018 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

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