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Côte d’Ivoire: la grogne des ex-rebelles risque de fragiliser profondément l’armée

Mise à jour le 13/01/2017 à 14h40 Publié le 13/01/2017 à 14h38 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

#Société
armée ivoirienne
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#Côte d’ivoire : La grogne déclenchée par les soldats de l’armée ivoirienne issus de l’ex-rébellion va-t-elle un peu plus creuser les divisions au sein de la grande muette? Le risque pourrait bien se profiler à l’horizon entre ceux abonnés à la mutinerie pour réclamer des primes et ceux murmurant leur frustration.

Ce vendredi, les mutins attendent de pied ferme le paiement effectif des primes de guerre. Et ils ont mis une couche de pression supplémentaire sur le gouvernement en s’adonnant à un rodéo jeudi soir dans la ville de Bouaké, érigée en fief. Une somme d’un peu plus de 400 milliards FCFA, soit près de 610 millions d’euros, serait à débloquer par le gouvernement pour les contenter, selon certaines sources citées par la presse ivoirienne. Une prime qui sonne comme un butin de guerre.

C’est la deuxième mutinerie en l’espace de deux ans. En 2014, une première grogne, vite maîtrisée, avait permis de renflouer les poches des ex-rébelles qui avaient perçu chacun autour de 800.000 FCFA, soit 1.219 euros, voire plus selon le grade.


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A la question de savoir les raisons de ce nouveau débrayage, l’adjudant Dramane Koné, l’un des porte-parole des insurgés, confiait mardi au quotidien Soir Infos : «Ce sont des primes de guerre que nous réclamons. (…). Il y a prime de guerre et récompense de guerre». Le régime serait-il victime du chantage de ceux qui ont aidé à le porter au pouvoir? Cette piste peut être évoquée vu la détermination des soldats à vouloir à tout prix se faire payer, au point de se montrer menaçants envers leurs représentants.

Quid de l’autre partie de l’armée?

Mais l’autre question brûlante de l’heure est celle des militaires issus de l’ex-armée régulière, connue sous le nom de Forces de défense et de sécurité (FDS). Ces derniers qui ont été à l’écart de ces mutineries se sentaient déjà comme laissés-pour-compte et les derniers événements ne sont pas de nature à atténuer leur frustration.


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«On les regarde faire, ce sont eux qui sont au pouvoir. Et nous autres, on ne connait pas l’argent ou quoi?», a bien voulu témoigner celui que nous nommerons Alain, un sous-officier en fonction au camp militaire d’Akouedo, à Abidjan, la plus importante base du pays. «Nous avons un sentiment de traitement inégal. Une partie des hommes percevra des millions et les autres? On ne crée pas l’unité et l’esprit de corps en agissant de la sorte», s’insurge-t-il.

Il est bien connu que ces militaires, dont une frange a été fidèle à Laurent Gbagbo jusqu’à sa chute, n’ont pas la confiance du régime qui a préféré concentrer les pouvoirs de l’armée entre les mains des ex-rebelles, dont les chefs militaires ont été promus officiers supérieurs, au même titre que d’autres officiers de l’ex-armée régulière originaires du nord du pays, jugés plus sûrs. 


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«Ces nouveaux venus sont, pour la plupart, indisciplinés et illettrés. Ils ne respectent que les consignes de ceux avec qui ils ont fait la rébellion. Regardez tous nos chefs, ils sont presque tous originaires du nord pour les postes les plus importants. Pourquoi? Vous imaginez que dans certaines unités on parle aux hommes en dioula (ou malinke ethnie du nord du pays, ndlr - ce fait est attesté par une vidéo tournée au sein de la Garde républicaine)». «L’idéal serait de trouver le moyen de contenter l’autre partie des hommes, ne serait-ce que peut-être par un symbole. Vous savez, l’armée, c’est un tout, c’est l’unité ou rien. Une fissure qui persiste, ce n’est jamais bon signe», note Alain.

Un certain malaise couve donc au sein de l’armée. Le régime d Abidjan marche donc sur des œufs en accordant la priorités à ses «protégés» qui ont l’avantage d’avoir, eux, accès à la poudrière. Ce «vendredi de tous les dangers» a d’ailleurs enregistré de nouveaux coups de feu à Bouaké avant l’arrivée du ministre de la Défense, attendu dans la ville avec «des solutions concrètes».
Le 13/01/2017 Par notre correspondant à Abidjan Georges Moihet

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