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Guinée: l'opposition veut manifester au nom des morts

Publié le 02/03/2017 à 19h09 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Politique
opposition guinéenne

Les leaders de l'opposition guinéenne.

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#Guinée : L'opposition a annoncé la reprise imminente de sa marche pacifique en Guinée. Cette fois-ci, dit-elle, pour dénoncer l'injustice "qui a causé la mort de 85 Guinéens". Reste que ces marches dites pacifiques prennent parfois des tournures dramatiques.


En faisant cette annonce, l'opposition a tendu la main aux syndicats et au reste de la société civile. " Nous voulons montrer à la face du monde que l'impunité qui règne dans ce pays est rejetée par l'opposition et par toutes les franges de la société civile. Donc, nous allons dans les jours à venir décliner notre programme à l'intention de tous les Guinéens ", a indiqué le porte-parole de l'opposition, Aboubacar Sylla, au sortir d'une réunion de leaders politiques qui s'est tenue ce mercredi 1er mars à Conakry. Pourtant, le 19 février dernier, le ministre de l'Administration du territoire, général Bouréma Condé, félicitait les politiques pour la longue trêve. En effet, l'opposition n'a plus manifesté en Guinée depuis l'opération " ville morte " d'avril 2016.

La décision de la reprise fait suite à l'assassinat de sept personnes dans les violences générées la semaine dernière par la grève des enseignants. " C'est l'impunité qui encourage ce phénomène de violences systématiques lors des manifestations. Parce que le pouvoir n'engage jamais de poursuites encore moins d'enquêtes sur ces violences ", a déploré Aboubacar Sylla. Le pouvoir avait toutefois promis des poursuites judiciaires contre toutes les personnes suspectées d'avoir commis ces violences. Pour l'instant, aucune communication officielle n'a été faite sur la suite des enquêtes déclenchées par les procureurs des deux tribunaux de la banlieue de Conakry. Et l'opposition ne croit pas que la justice soit pour demain.

Avant le cas des sept morts, l'opposition avait déjà une dent contre le pouvoir. Elle dénombre 82 morts depuis le début des manifestations contre le pouvoir d'Alpha Condé en 2011. " Nous allons décliner ce programme de manifestation pacifique à l'intention de tous les Guinéens... Pour montrer que les 82 personnes tuées dans les manifestations politiques ou sociales demandent  justice ", a indiqué Aboubacar Sylla.

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A Conakry, beaucoup craignent déjà que cette marche pacifique ne fasse d'autres victimes. En effet, rares sont les manifestations de l'opposition qui se terminent dans le calme.

Concernant les violences, le gouvernement et l'opposition s'accusent  mutuellement. Le pouvoir a toujours estimé que les manifestations de l'opposition étaient infiltrées par des loubards armés, prêts à batailler contre les forces de l'ordre. La semaine dernière, le directeur national des unités d'intervention de la police a indiqué que ses hommes étaient moins armés pour faire face aux manifestants qu'il considère d'ailleurs comme des bandits... Les violences font également des victimes dans les rangs des forces de l'ordre. Treize policiers ont été blessés lors de la dernière émeute à Conakry.

De son côté, l'opposition a toujours considéré comme militant, toute personne blessée ou tuée au cours de ces manifestations, accusant parfois des "contre-manifestants ", mais très souvent les forces de l'ordre. " Nous avons encore déploré de nombreuses victimes consécutives aux violences exercées par les forces de l'ordre pour réprimer ces manifestations. Nous avons déploré que huit personnes ( officiellement, on dénombre sept morts, ndlr ) aient perdu la vie et que des éléments de la garde présidentielle aient été associés à ces violences ", a dénoncé Aboubacar Sylla en parlant de la dernière manifestation sociale. 

Outre les morts, l'opposition a souvent évoqué le cas des personnes arrêtées au cours de ces manifestations. Dans les négociations avec le pouvoir, elle a toujours exigé la libération de ces personnes, interpellées pour la plupart en 2013, l'année record en matière de manifestations politiques en Guinée. Mais ce mercredi 1er mars 2017, le ministre de l'Administration du territoire a indiqué qu'il n'y avait plus de prisonniers politiques, hormis ceux qui ont été reconnus coupables de crime de sang.  Ils auraient tous été libérés, conformément aux recommandations du dialogue politique inter-guinéen.
Le 02/03/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou