Fermer

Guinée: polémique autour du budget du chef de file de l'opposition

Mise à jour le 11/05/2017 à 11h59 Publié le 11/05/2017 à 11h42 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Politique
Cellou Diallo

Cellou Dalein Diallo, président de l'UFDG et chef de file de l'opposition guinéenne.

© Copyright : DR

#Guinée : Quel budget pour un chef de file de l'opposition? En Guinée, Cellou Dalein Diallo toucherait une subvention annuelle de 5 milliards de francs guinéens (environ 500.000 euros). L'intéressé a nié avoir reçu cette somme, mais ses détracteurs brandissent des preuves.

En publiant mercredi, trois documents du ministère du Budget relatifs au budget du chef de file de l'institution de l'opposition, le site mediaguinee.org a voulu mettre fin à la polémique déclenchée par un autre opposant au pouvoir d'Alpha Condé.

François Bourouno dont le parti, (Parti de l'espoir pour le développement national, PEDN), est un ancien allié de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, a révélé et réitéré que le chef de file de l'opposition touche un salaire mensuel de 500 millions de francs guinéens. «En Guinée, on ne peut dissocier l'institution chef de file de l'opposition et la personne du chef de file de l'opposition. Car, Cellou Dalein n'a ni adjoint, ni secrétaire, ni bureau», a précisé François Bourouno qui croit être en train de faire une auto-critique de l'opposition. «Nous (les opposants) dénonçons les mauvaises actions du pouvoir. Nous devons aussi avoir le courage de parler de nous (opposants) s'il y a un manque de transparence», a dit Bourouno.


LIRE AUSSI : Guinée: qu'est-ce qui explique la soudaine idylle Condé-Cellou


François Bourouno n'est pas le seul à ne pas dissocier la personne de Cellou Dalein de la naissante institution de l'opposition républicaine. Des partisans du pouvoir, ainsi que des membres de l'opposition minoritaire, fustigent la «mauvaise foi» de Cellou Dalein Diallo. Surtout que le clan Dalein a toujours critiqué le salaire journalier d'un «milliard de francs guinéens» d'Alpha Condé. «5 milliards? Si je comprends bien, il les reçoit pour critiquer Alpha Condé», ironise Jacques Lamah, dramaturge en formation.

Face à la persistance de la polémique, Cellou Dalein a dû se joindre à ses partisans pour renforcer sa défense. «A ce jour, je n'ai touché aucun centime de ce montant, mais le ministre (du Budget) m'a écrit», a confié Cellou Dalein au site guineenews. Le chef de file a confirmé que le ministre du Budget lui a signifié que l'Etat a décidé de lui accorder un crédit de 5 milliards de francs guinéens pour le fonctionnement de son institution en 2017. Et que ce montant serait décaissé par tranches de 1,25 milliard par trimestre.

Sauf que l'un des documents publiés par mediaguinee.org laisse comprendre que le premier décaissement des 5 milliards a été effectué depuis le 29 mars 2017.


LIRE AUSSI : L’immunité parlementaire du chef de file de l’opposition guinéenne fait débat


Dans la polémique, Dalein a quand même reçu des soutiens au sein du camp d'en face. Le président de la majorité présidentielle à l'Assemblée, Amadou Damaro Camara, estime que le débat n'a pas sa raison d'exister. «La démocratie n'a pas de prix, mais elle a un coût. Quand on vote une loi, il faut qu'on la respecte», a réagi Amadou Damaro Camara, rappelant que ce budget avait bien été voté à l'Assemblée sur initiative du gouvernement.

Toutefois, par vengeance, Damaro ajoutera que «c'est bien fait pour l'opposition qui confond le budget avec le salaire.» «Ils prennent le budget de la Présidence pour le salaire du chef de l'Etat», a déploré Damaro.

En 2016, l'Assemblée nationale a voté la loi portant sur le statut de chef de file de l'opposition après que l'institution constitutionnelle a longuement demeuré sur papier sans exister dans la pratique. Pour l'instant, elle se résume à la personne de Cellou Dalein. Car, elle n'a encore ni siège, ni cabinet, ni secrétariat comme prévu par la loi. «C'est la raison du problème. Pour l'instant, cette somme ne peut profiter qu'à Cellou Dalein seul», estime François Bourouno. 
Le 11/05/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou