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Vidéo. Guinée: 28 septembre, l'anniversaire du "Non" de la fierté souillée à jamais par les soldatesques

Mise à jour le 30/09/2017 à 09h38 Publié le 30/09/2017 à 08h32 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Politique
28 septembre
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#Guinée : En Guinée, le 28 septembre rappelait le "NON" historique de Sékou Touré au Général De Gaulle. Mais depuis septembre 2010, ce souvenir, source de fierté pour les Guinéens, est partagé avec un autre bien triste: la tuerie de plus de 150 personnes massacrées au stade de Conakry.

28 septembre 1958 – 28 septembre 2017. Il y a 59 ans, Sékou Touré disait courageusement "Non" au Général De Gaulle, qui proposait aux colonies de la France en Afrique, l’intégration à une Communauté française. La Guinée était la seule colonie française à voter "Non" lors du fameux référendum de septembre 1958, précipitant ainsi son indépendance le 02 octobre 1958, deux ans avant les autres pays d’Afrique francophone. "Il n’y a pas de dignité sans liberté: nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage", avait entre autres martelé Sékou Touré dans un discours, devant de Gaule, qui retentit encore et qui continue à faire la fierté des Guinéens.


Entre autres conséquences, le franc CFA, considéré comme symbole de la colonisation, a été rejeté par la Guinée. En réaction, la France a rompu ses relations politiques et économiques avec le jeune Etat africain avec comme surplus des sanctions en tous genres.

En dépit de la pauvreté de leur pays, les Guinéens, sans aucune distinction, sont toujours restés fiers de cette date jusqu’au 28 septembre 2009. Ce jour, un évènement malheureux va venir ternir ce "NON" qui fait l’orgueil des Guinéens par rapport aux autres pays d'Afrique francophone.


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Ce 28 septembre 2009, des milliers de Conakrykas répondant à l’appel des Forces Vives (leaders politiques et acteurs de la société civile), décident d’imiter les devanciers du 28 septembre 1958 pour dire "Non" à la junte militaire qui laissait planer des doutes sur sa volonté à remettre le pouvoir aux civils.

La veille, le chef de la junte avait appelé les leaders politiques à renoncer à leur projet de manifestation en raison de la date historique du 28 septembre. En vain. Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré, feu Jean-Marie Doré et d’autres leaders politiques vont drainer du monde au stade qui porte d’ailleurs le nom du 28 septembre (à la mémoire du 28 septembre 1958). Cet affront sera violemment réprimé par des soldats de la junte. Bilan: plus de 150 morts, selon le rapport d’enquête de l’ONU, des blessés et de nombreuses femmes violées.


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Depuis, la date du 28 septembre 2017 est aussi devenue celle de la commémoration de ce massacre. Chaque année, la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) et des ONG nationales qui se sont constituées parties civiles aux côtés des victimes, réclament justice. Cette année, elles menacent de saisir une justice supranationale si l’Etat ne pose aucun acte d’ici à la fin 2017.

L’Etat guinéen s’est dit capable de juger ce dossier épineux, mais le ministre de la Justice a maintes fois annoncé le procès sans parvenir à le faire tenir. Selon des ONG, les autorités guinéennes se sont engagées à clôturer l’instruction du dossier avant le 31 octobre 2017.


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Au moment où les ONG et parents des victimes commémoraient le massacre, le PDG-RDA, l’ancien parti de Sékou Touré, a célébré le 59e anniversaire du "Non" à De Gaulle. "Nous fêtons aujourd’hui un événement dont la maîtrise du déterminisme par notre peuple, son Parti le PDG, et grâce au sens historique de son leadership d’alors, nous a permis de faire le saut qualitatif vers le monde de l’équité. Le NON massif du 28 septembre 1958 au projet de communauté franco-africaine qui a enfanté la République de Guinée, proclamée le 2 octobre suivant, a causé la traînée de poudre des indépendances de l’Afrique française", s’en est félicité Mohamed Touré, fils de Sékou Touré, et actuel premier responsable du PDG-RDA.

"En répondant NON en 1958, à l’esclavage, à l’indignité, à l’irresponsabilité, à l’offre du diable, le PDG continue de nous faire dire OUI à la souveraineté, à l’épanouissement de la personnalité africaine, à la conduite de notre propre destin", estime l’héritier du premier président de la Guinée indépendante.

Le 30/09/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou