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Guinée: au sud, les éleveurs ne sont toujours pas les bienvenus

Publié le 16/05/2017 à 17h44 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
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#Guinée : En Guinée-Forestière, sud de la Guinée, les éleveurs venus de l'est ou du nord peinent à cohabiter avec les agriculteurs. Entre xénophobie et entêtement à s'installer, les hostilités ont déjà fait d'énormes dégâts.

A quand la fin de ces conflits entre éleveurs et agriculteurs? C'est la question que certains observateurs se posent face à la récurrence des conflits entre ces deux communautés en Guinée Forestière. En mars dernier, un paysan de Piné s'est vu couper l'oreille droite par un berger en furie. Le paysan venait de tuer une vache du berger qu'il accusait de détruire son champ.

A Soota, un autre village de Gama-Bèrèma, le conflit entre éleveurs et agriculteurs a entraîné d'importants dégâts aux éleveurs. Des paysans ont été emprisonnés dans la commune urbaine de la préfecture de Lola et un procès est en cours contre eux. Ce conflit de Soota est même à la base de la décision qui vient de sanctionner les deux administrateurs de Gama-Bèrèma. En complicité avec un des villageois, le sous-préfet et le maire de Gama auraient installé les éleveurs pour une conrepartie de 4 millions de francs guinéens (environ 400 euros).

Avant Gama-Bèrèma, des autorités des sous-préfectures voisines de Foumbadou et Guéasso avaient suscité les mêmes affrontements en décidant d'installer des éleveurs dans leurs circonscriptions. En décembre 2016, des agriculteurs ont abattu une quarantaine de bovins dans la sous-préfecture de Foumbadou. En réplique, les éleveurs ont brûlé une dizaine de cases (des habitations et greniers).


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Lola, Beyla, Macenta et Guéckedou, quatre des six préfectures de la région connaissent les conflits. «Les populations de la Guinée-Forestière sont agricoles. Contrairement aux autres régions où on trouve de vastes plaines non cultivées et de vastes domaines agricoles en forêt. La zone n'est donc pas favorable à l'élevage traditionnel», explique Lamine Condé, sociologue. "Les éleveurs sont souvent plus riches que les agriculteurs et arrivent à corrompre les agents de l'administration pour leur permettre de s'installer", ajoute-t-il.

Les conflits entre éleveurs et agriculteurs sont plutôt nouveaux en Guinée-Forestière. Dans les trois autres régions naturelles du pays, où ces conflits ont auparavant conduit à des morts, on semble trouver des compromis pour une cohabitation pacifique. Par exemple, dans les préfectures de la Haute-Guinée, les troupeaux sont gardés loin des cultures à partir du mois de mai, et sont libérés de nouveau en décembre ou janvier. «Cela n'évite pas les conflits, mais il les limite considérablement», indique Alpha Oumar Diallo, éleveur.


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Les pâturages se faisant de plus en plus rares en Moyenne-Guinée et en Haute-Guinée, les zones traditionnelles d'élevage, les éleveurs vont davantage vers le sud. Sauf qu'ici, l'agriculture se pratique presque tout au long de l'année. «Même en décembre et en janvier, les cultures sont là. Il y a le riz des bas-fonds, le maïs, l'arachide, le manioc... Le conflit est donc inévitable en Guinée-Forestière», estime Lamine Condé. En tout cas, partout où ils vont en Guinée-Forestière, les éleveurs sont priés de quitter les lieux.

Le 16/05/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou