Fermer

Guinée. Grève des enseignants: Alpha Condé durcit le ton, panique dans la presse

Mise à jour le 27/11/2017 à 17h19 Publié le 27/11/2017 à 17h17 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

#Société
Radio privée
© Copyright : DR

#Guinée : Alpha Condé peine à mettre fin à la grève des enseignants qui secoue Conakry depuis le 13 novembre. Qualifiant les grévistes de rebelles, il accuse les médias d'être leur complice. Une radio privée a donc été fermée ce lundi.

Le week-end dernier, à l'assemblée hebdomadaire du parti qui l'a porté au pouvoir, Alpha Condé a réitéré sa mise en garde à l'endroit des médias: "Désormais, toute radio qui diffusera le communiqué d’Aboubacar Soumah (le meneur de la grève des enseignants) sera fermée parce qu’elle sera complice".

Depuis cette annonce, c'est la panique dans la presse guinéenne. Ce lundi, une radio privée a dû annuler une interview d'Aboubacar Soumah, secrétaire général adjoint du SLECG (Syndicat libres des enseignants et chercheurs de Guinée). Entre-temps, la radio BTA FM, qui émet depuis la ville de Labé, au nord du pays, a été fermée pour avoir accordé une interview à Soumah. Les signaux de la radio et de la télévision du groupe de presse Evasion ont été brouillés cet après-midi.

Pendant que les radios continuent à faire les frais de leur grève, les syndicalistes n'en démordent pas. Aboubacar Soumah a déclaré qu'il ne reculera pas d'un iota jusqu'à la satisfaction des revendications des enseignants guinéens. Pourtant, vendredi, Alpha Condé avait rencontré le secrétaire général du SLECG, Souleymane Sy Savané, en vue d'une sortie de crise.


LIRE AUSSI: Guinée: après trois morts, le parquet veut la fin de la grève des enseignants


Sauf que depuis qu'il a suspendu son adjoint Soumah, Savané semble avoir perdu son autorité auprès de ses collègues. La suspension d'Aboubacar Soumah a été levée, mais la grève s'est poursuivie ce lundi à Conakry et dans plusieurs autres villes du pays.

L'Union des radios et télévision libres de Guinée (URTELGUI), une association de patrons de presse, s'est réunie d'urgence ce lundi en vue de répliquer à la décision du président de la République. Ceux-ci estiment que le chef de l'Etat n’a pas l’autorité législative ou morale de fermer une radio privée.

Pendant ce temps, la grève, qui a déjà fait trois morts, continue à perturber le quotidien des Guinéens. A Conakry, des badauds ont troublé la circulation routière. Dans la région de Boké, au nord-ouest du pays, mais aussi à Mamou, au centre, des élèves sont descendus dans la rue pour réclamer des enseignants dans les classes.


LIRE AUSSI: Guinée: une grève des avocats paralyse le secteur judiciaire


Les déboires actuels de la presse rappellent les violences récentes contre un groupe de journalistes après qu'un directeur de radio avait été arrêté pour avoir diffusé un hommage à un journaliste disparu mal interprété. Au début du mois d'août, la radio Espace FM avait également été suspendue après la diffusion du contenu d’une lettre anonyme évoquant des questions militaires.

Dans le cas présent, la HAC (Haute autorité de la communication ) a pris la défense de la presse en rappelant aux autorités que la loi lui confère la prérogative de sanctionner les médias par un avertissement, une mise en demeure, une suspension ou une annulation de la licence d’autorisation.

Le 7 novembre dernier, les journalistes guinéens ont manifesté à Conakry contre les précédents évènements. Mais cette manifestation n'a pas changé les choses. Du moins pour l'instant.
Le 27/11/2017 Par notre correspondant à Conakry Mamourou Sonomou

à lire aussi