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Force du G5 Sahel: premier "haut fait" de guerre ou bavure?

Mise à jour le 22/05/2018 à 16h51 Publié le 22/05/2018 à 16h49 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
armée malienne
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#Mali : Une patrouille des Forces armées maliennes (FAMA), sous contrôle de la force du G5 Sahel, a abattu ce week-end, 12 individus présentés officiellement comme terroristes. Une thèse contestée par des témoignages concordants. Il s'agirait de pauvres villageois. Premier "haut fait de guerre" ou bavure?

Attendue depuis plus d’une année comme une alternative sous-régionale crédible et un outil endogène pour prendre le relai de la guerre asymétrique menée actuellement par le dispositif "Barkhane", la force du G5 Sahel entame sa difficile phase d’opérationnalisation par "un haut fait de guerre" controversé et même macabre.

Illustration avec l'annonce "d’un accrochage" à l’issue duquel "douze terroristes ont été tués". Les faits se sont produits le week-end dernier dans la localité de Boulkessy, située à la frontière du Burkina Faso.

La version de Bamako affirme que "les Forces armées maliennes (FAMA), sous contrôle opérationnel de la Force du G5 Sahel, lors d’une patrouille de sécurisation de la foire hebdomadaire de Boulkessy, ont été accrochées par des terroristes".


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Une thèse littéralement battue en brèche par plusieurs témoignages concordants recueillis auprès des villageois par la presse malienne et l’AFP. Ces derniers réfutent "un pur mensonge. Ce sont quinze de nos parents civils peuls, sonraï et burkinabè qui ont été massacrés par l’armée malienne". Selon la presse malienne, il s'agit d'une bavure de l'armée après la mort d'un soldat malien, ses frères d'arme auraient répliqué en tirant sur des civils. 

Au Burkina Faso voisin, la situation est identique. Des populations de la région frontalière du Mali ont expliqué à Human Rights Watch:  "le jour, nous avons peur de l'armée, et la nuit des jihadistes". 

La confirmation du statut de civils de ces victimes serait un pas de plus dans l’univers de hautes turbulences sécuritaires que traverse le pays de l’ancêtre Soundjata Keita. Une déferlante de chauvinisme et de haine ethnique qui se greffe désormais à la lutte contre le terrorisme.


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Par ailleurs, dans le cas où ces faits, susceptibles de constituer un crime de guerre aux yeux de la législation pénale internationale, vu leur caractère d’une extrême gravité, seraient avérés, quelle devrait-être la réaction des Etats et des acteurs qui mènent un lobbying intense pour le financement de la brigade antiterroriste du Sahel?

Une force retournant ses armes contre des civils qu’elle est censée protéger, pour se créer "des hauts faits de guerre" illusoires, risque d'accroître l'insécurité dans cette région et de renforcer les positions des jihadistes. 

Du coup, trois ans après la signature de l'accord d'Alger, les attaques se multiplient et l'insécurité devient grandissante avec le déplacement de son centre de gravité du nord vers le centre et à la frontière du Burkina Faso et du Mali. 
 

Le 22/05/2018 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya