Fermer
#Société

Vidéo. Casablanca: Alain, "migrant errant" guinéen, se bat pour sortir de la rue

Mise à jour le 01/10/2017 à 19h40 Publié le 01/10/2017 à 13h02 Par Youssef El Harrak et Mar Bassine Ndiaye

#Maroc : Ils sont des milliers de migrants à errer ça et là dans la capitale économique, principalement autour de la gare routière de Ouled Ziane ou sur la route de l'aéroport. Des associations tentent de leur venir en aide. Alain, lui, est sur le point de sortir de sa situation de migrant errant. Récit.

Nous l'avons rencontré au rond point de la place Dakar, plus connu sous le nom de Chimicolor, casquette vissée sur la tête, portant un jean propret, mais un polo qui l'est moins. Il n'est pas besoin de lui poser la question pour savoir qu'il fait partie de ces nombreux migrants ayant élu domicile non loin de la gare routière de Ouled Ziane.

 
Son chiffon à la main, il offre aux automobilistes qui s'arrêtent au feu rouge de leur nettoyer le parebrise ou la lunette arrière de leur véhicule. La technique ne marche pas tout le temps, mais elle présente au moins quelques avantages. Celui qui veut garder l'anonymat pour le moment -Alain sera le nom qu'on lui attribuera dans ce reportage- a ramassé suffisamment de pièces pour assurer ses dépenses quotidiennes, sans s'adonner à la mendicité. Sa situation actuelle est loin d'être ce qu'il pensait rencontrer en empruntant le chemin de la migration vers l'Europe. Car pour lui, comme pour les milliers d'autres dans son cas, l'Eldorado européen demeure l'unique rêve, le Maroc n'étant qu'une étape. Seulement le rêve  a tendance à se transformer en cauchemar. 

Alain n'a sur lui aucun papier: ni passeport qu'il "n'a jamais cherché" à obtenir, ni ses diplômes qu'il "a perdus en escaladant la barrière à la frontière entre l'Algérie et le Maroc", ni même une simple pièce d'identité pouvant prouver aux autorités consulaires guinéennes sa nationalité. 


LIRE AUSSI : Vidéo. Les Africains du Maroc: «Moi Walter Candolo, Congolais immigré au Maroc, voici mon histoire"

Alain est licencié en relations internationales et a "obtenu son diplôme à l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, en 2016". Il aurait aimé suivre une carrière de diplomate, mais le voilà dans les rues de Casablanca depuis 9 mois. Les jours, les semaines, les mois passent, mais Alain n'entrevoit aucune issue à sa condition de migrant. "J'aurais aimé trouver du travail, mais je ne connais personne à Casablanca", affirme-t-il.
 
C'est là qu'entre en jeu le Comité Entus, "l'une des nombreuses associations qui viennent en aide aux migrants", précise le père Jean-Marie Lemaire, l'un de ses fondateurs. Le religieux qui s'est longuement penché sur le phénomène en connaît un rayon sur la situation de précarité qui prévaut pour cette population de plus en plus nombreuse. Selon lui, les migrants se comptent par milliers et sont disséminés un peu partout dans la ville. Il y a certes les centaines de jeunes hommes que l'on rencontre à côté de la gare routière, mais d'autres, peut-être plus nombreux, se trouvent dans des appartements-foyers où ils dorment à 10 voire à 20, à tour de rôle. Parmi eux, les femmes, parfois avec des enfants.

Lemaire explique qu'il y a plusieurs profils dans ce qui paraît a priori être une masse homogène. Certains sont venus avec leurs diplômes universitaires en poche. "Nous avons rencontré des migrants clandestins avec leur master, voire leur doctorat", explique Assane Demba, membre fondateur du comité Entus et responsable communication de l'association.


LIRE AUSSI : Vidéo. Immersion au cœur du «Marché des Sénégalais» de Casablanca


Le Comité Entus n'est pas la seule association qui se sent concernée par la question de la précarité des migrants à Casablanca. Il y a aussi RIM Espoir et développement qui s'est spécialisé dans la prise en charge des femmes enceintes ou allaitantes et la distribution de paniers de nourritures à ces migrants errants. La Bank de Solidarité, quant à elle, organise des séances de consultations gratuites, comme ce fut le cas le week-end dernier. Toutes ces associations et beaucoup d'autres se retrouvent au sein de la Fédération régionale des associations de la société civile (Frasc) qui est également impliquée.

 
Boosters Afrika, une entreprise à caractère social, a même été mise en place par ces bénévoles pour accompagner les jeunes présentant un certain potentiel et les aider à se former afin de pouvoir intégrer le monde du travail. Depuis sa création, Boosters Afrika, basé à Casablanca, a aidé des dizaines de jeunes à trouver un emploi.
 
Seulement, toutes ces actions semblent n'être qu'une goutte d'eau dans la mer tant le phénomène des "migrants errants" a pris des proportions importantes. "Tout le monde craint la catastrophe avec les pluies d'automne et l'hiver", préviennent Gueck Beyeth de la Bank de Solidarité et Jean Marie Lemaire. Ils appellent à une prise de conscience collective notamment des autorités afin qu'elles mettent à la disposition des partenaires de la société civile quelques moyens pour faciliter la prise en charge des migrants errants.
 
En attendant, Alain, lui, fait partie des jeunes qui sortiront bientôt de la rue. Boosters Afrika, en collaboration avec la Bank de Solidarité, a promis de s'occuper de lui. Rendez-vous lui a été fixé ce dimanche 1er octobre pour procéder à son relooking afin qu'il puisse démarrer une formation dès demain.
 

Le 01/10/2017 Par Youssef El Harrak et Mar Bassine Ndiaye