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Mauritanie: interrogations autour de la forte dépréciation de l'ouguiya

Mise à jour le 03/08/2017 à 20h32 Publié le 03/08/2017 à 19h38 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Economie
Ouguiya
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#Mauritanie : La forte dépréciation de l'ouguiya mauritanienne face aux principales devises étrangères, notamment l'euro, suscite de nombreuses interrogations dans un contexte politique tendu, marqué par l'organisation d'un réfé"rendum pour l'approbation d'un projet de révision constitutionnelle.


L’ouguiya, monnaie nationale de Mauritanie enregistre une dépréciation forte et continue depuis plusieurs mois, suscitant  de nombreuses interrogations. Le cours de cette monnaie par rapport à l’euro et franc CFA a atteint actuellement  son plus bas niveau.  

Ainsi, le taux de change du 01 au 02 août 2017, publié sur le site de  la Banque Centrale de Mauritanie (BCM),  laisse apparaître  1 euro pour 422,29 ouguiyas à l’achat, et 01 euro pour 426,53 ouguiyas à la vente, contre 365 à 370 au tout début de l'année, soit une dépréciation de 13,51%. 

Ce constat suscite de nombreux commentaires dans les salons de Nouakchott au point de pousser le site «Mauriweb» à parler «d’une forte dépréciation qui n’est en fait qu’une dévaluation non annoncée par les autorités monétaires. Une énième chute censée être noyée dans le tumulte du référendum».

Une autre source, généralement très critique vis-à-vis du pouvoir de Nouakchott soutient «que le Fonds Monétaire International (FMI) a exigé une dévaluation de 40% de l’ouguiya. Une pilule trop dure à avaler, qu’on tente de faire passer par des touches successives de dépréciation».


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Ces deux thèses sont cependant contredites par A.A., un cadre supérieur dans une Banque de la place, qui rappelle «nous sommes dans le contexte monétaire  d’un taux de change flexible. La montée et la baisse de la monnaie nationale obéissent  à la loi du marché international. Elles peuvent résulter d’un facteur extérieur  tel qu’une décision, une action de la Banque Centrale Européenne (BCE), ou être liée à la situation interne, notamment l’état de notre  économie. Quoi qu’il en soit, il s’agit pas d’une dévaluation, qui est une  mesure intervenant d’un coup». 

Mais au-delà de ces thèses, "dévaluation déguisée" ou "loi du marché", un  constat basic sur lequel s’accordent les spécialistes de l’économie «la baisse de la valeur de l’ouguiya se traduit par un appauvrissement général de la population et marque une accélération de la spirale inflationniste. Car la quasi-totalité des produits et biens sont importés».

Ce qui rend «marginaux» les bénéfices que les exportations minières et halieutiques peuvent tirer de la faiblesse de la monnaie nationale.

Par ailleurs, cette forte dépréciation de l’ouguiya mauritanienne  intervient dans un contexte politique tendu, à la veille d’un référendum pour l’adoption d’un projet de révision constitutionnelle controversé.

Un contexte politique de nature à pousser  les entreprises et agents économiques à procéder  à un achat massif de devises pour anticiper une période d’incertitude, voire d’instabilité. Une forte demande en devises sur le marché provoquant la hausse du prix de l’euro et du dollar us.

Le discours du président de la République,  Mohamed Ould Abdel Aziz, prononcé mardi dans un meeting à Nouadhibou (Nord), réfutant les allégations suivant lesquelles il aurait  envoyé sa famille hors du pays, pour prévenir une forte agitation, semble donner du crédit à cette dernière thèse.
Le 03/08/2017 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya