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Mauritanie: en garde à vue, voici pourquoi l’ex-président Aziz refuse de parler aux limiers de la police anti corruption

Mise à jour le 22/08/2020 à 21h38 Publié le 22/08/2020 à 09h16 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Politique
Mohamed ould Abdel Aziz

L'ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.

© Copyright : DR

#Mauritanie : Mohamed ould Abdel Aziz, ancien président de Mauritanie (2008-2019) fait l’objet d’une mesure de garde à vue depuis lundi 17 août 2020 à 18 heures (locales et GMT), dans le cadre d’une enquête préliminaire pour soupçons «de corruption». Toutefois, il refuse de répondre aux questions des policiers.

La présence de Mohamed Ould Abdelaziz aux mains des limiers de la police chargée de la répression des infractions à caractère économique et financier a pour point de départ un document de plusieurs centaines de pages établi par une Commission d’enquête parlementaire (CEP) et transmis à la justice le 5 août dernier.

En conférence de presse, jeudi soir, les avocats membres du collectif de la défense de l’ancien chef de l’Etat, sous la houlette de maître Mohameden ould Ichidou, ont critiqué les conditions de détention de leur client dans les locaux de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), assimilée «à un rapt».


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Justifiant la stratégie de défense de Mohamed ould Abdel Aziz, bâtie sur le silence, les avocats ont évoqué l’article 93 de la constitution, qui accorde «une immunité totale au président de la République, sauf pour des infractions qualifiées de haute trahison, dont la compétence de traitement relève uniquement de la Haute cour de justice (HCJ). Mohamed ould Abdel Aziz considère que sa convocation est irrégulière, tous les actes subséquents comportent le même vice, et que sa détention est une séquestration».

Au cours de leur rencontre avec la presse, les avocats ont également dénoncé «une interprétation erronée de l’article 32 de la loi régissant la profession d’avocat» qui autorise désormais l’assistance d’un conseil pendant la garde à vue, estimant «que l’exercice d’interprétation des lois n’est pas de la compétence d’un magistrat du parquet, qui obéit aux ordres de l’exécutif, mais rentre plutôt dans les prérogatives des juges du siège».


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Par ailleurs, les avocats de Mohamed ould Abdel Aziz ont regretté «le caractère non contradictoire, bancal et totalement à charge du rapport de la CEP, sur la base duquel l’enquête préliminaire est conduite».

Ils ont annoncé leur intention de demander «une contre-expertise, en conformité avec le principe de la présomption d’innocence et le respect des droits de la défense».

A signaler que Mohamed ould Abdel Aziz a étoffé sa défense par l’arrivée de deux avocats français, parmi lesquels maître David Rajjou du barreau de Brest.


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S’exprimant jeudi à travers des propos relayés par la presse locale, Ezza mint Abdel Aziz, fille de l’ancien président, a déploré «les conditions extrêmement dures de sa garde à vue. Mon père est placé dans une petite cellule de 4 m2, ne jouit pas de toilettes personnelles, disposant d’un vieux lit, sans climatisation, en dépit des températures élevées à Nouakchott et de la prolifération des moustiques. Il est dans des conditions exécrables, constamment persécuté pour l’empêcher de dormir».

Le rapport de la CEP porte sur l’attribution «irrégulière» de 109 marchés dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, la gestion du Fonds national de revenus des hydrocarbures (FNRH), la pêche, une concession portuaire à Nouakchott, la gestion de la Société nationale industrielle et minière (SNIM), la liquidation d’entreprises publiques, la gestion du foncier à Nouakchott…


Le 22/08/2020 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya