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Mauritanie: six ans de calvaire des Négro-mauritaniens pour s'inscrire à l'état civil

Mise à jour le 21/04/2017 à 12h06 Publié le 17/04/2017 à 10h09 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya

#Société
enrôlement Mauritanie
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#Mauritanie : Six ans après le lancement d'une opération d'enrôlement pour des documents et titres d'état civil sécurisés, les mauritaniens continuent à se plaindre du comportement de l'Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS).


6 ans après le lancement de l’opération de l’enrôlement des populations, menée par l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés (ANRPTS) au mois de mai 2011, l’accès aux documents de l’état civil ressemble  toujours à un chemin de croix pour plusieurs centaines de milliers de citoyens mauritaniens.

Ce constat est valable à la fois à l’intérieur de la Mauritanie et au niveau de la diaspora. Illustration, avec cette manifestation récente de mauritaniens de  France devant la résidence du président Mohamed Ould Abdel Aziz, venu assister au lancement de l’exposition «Trésor de l’Islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar».


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Des ressortissants de la vallée du fleuve dénonçant le comportement «scandaleusement discriminatoire» de cette agence dirigée par un proche du président de la République.La mission originelle de cette institution consiste à «fiabiliser et sécuriser les documents nationaux d’état civil».

Le dernier chiffre officiel connu livrant  le bilan de l’opération d’enrôlement des populations faisait état de 1.966.668 individus identifiés en janvier 2013.

A la tête du client


Ce chiffre est monté à un peu plus de 2,5 millions dans le courant de la même année, selon le patron de l’ANRPTS. La Mauritanie compte une population  de 3,5 millions d’habitants selon le dernier Recensement Général  sur la Population et l’Habitat (RGPH) effectué en 2013.

Il s'agit d'une opération sans référence légale et laissant la population à la merci des agents chargé de l'enrôlement. Au-delà du texte créant l’ANRPTS, aucun base légale (loi, décret, arrêté et même circulaire) n’a a été posée pour définir les conditions de réalisation de l’enrôlement et d’obtention des documents d’état civil.

 Ainsi, celles-ci peuvent varier  d’une région à l'autre et à l’intérieur de la même localité suivant la frimousse du requérant.

D’où la complainte de ce citoyen, A. K., un cadre toujours entre deux avions,  désireux de proroger  de toute urgence son passeport, et à qui l’ANRPTS explique l’impossibilité de procéder à la prorogation de ce document de voyage tant que son fils de 10 ans n’aura pas une Carte Nationale d’Identité (CNI). Il continue à se creuser les méninges mais n’arrive vraiment à trouver le rapport entre la satisfaction de sa requête l’exigence d’un service hyper puissant,  devenu un véritable Etat dans l’Etat.

Des agents qui savent à peine lire


Suffisant pour que dans  ce pays à l’unité fragile, à la cohabitation difficile, avec une histoire récente parsemée d’actes odieux,  certains sentent discriminés, notamment les populations noires originaires de la vallée  Sénégal (peuls, soninkés et wolofs).

Du coup, plusieurs années après le lancement de l’opération d’enrôlement, les regroupements monstres devant les centres d’état civil prennent de l’ampleur. Mohamed O. N., tempête contre le comportement des agents et  signale que «finalement  les populations négro-africaines ne sont pas les seules victimes du triangle des Bermudes érigé par l’ANRPTS  et ses agents, dont certains savent à peine lire et écrire à plus forte raison expliquer un texte réglementaire».

Ce professeur officiant dans une université étrangère replace la question de l’enrôlement dans le contexte politique et social global de la Mauritanie «le bilan d’un   pouvoir  et d’un état injuste qui a échoué, en face d’une opposition qui n’a pas toujours été à la hauteur».

C'est la raison pour laquelle, il se prononce pour «une union sacrée, précurseur d’un dialogue inclusif, assorti de propositions concrètes pour une gouvernance alternative» bien au-delà de l’épineuse question de l’état civil.
          
     
Le 17/04/2017 Par notre correspondant à Nouakchott Cheikh Sidya