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Sénégal: la rappeuse Déesse Major en prison pour une histoire de tenues légères

Publié le 20/06/2016 à 13h53 Par notre correspondant à Dakar Ibrahima Diallo

#People
Deesse major

La rappeuse sénégalaise Deesse Major.

© Copyright : DR

#Sénégal : La société civile et plusieurs artistes sénégalais demandent la libération de la rappeuse Ramtoulaye Diallo (Déesse Major, pour son nom de scène) arrêtée vendredi pour «attentat à la pudeur et atteinte aux bonnes mœurs».

Tout est parti d’une plainte du Comité des valeurs morales du Sénégal (CDVM), composé d’une dizaine d’associations religieuses et de la société civile, contre Déesse Major, en 2014, pour «attentat à la pudeur et atteinte aux bonne mœurs» à cause d’une tenue jugée «indécente» sur scène lors d’un concert. La rappeuse avait présenté ses excuses et l’affaire en était restée là.

C’est cette même plainte pourtant qu’a réactivée le CDVM, il y a trois semaines, suite à la publication, par Déesse Major, sur l’application Snapchap, d’une vidéo où elle apparaît en minishort et décolleté plongeant.

Une vidéo, qui fait actuellement le tour des réseaux sociaux et médias en ligne et vaut à l’artiste son arrestation et sa garde-à-vue depuis vendredi.

Le Comité des valeurs morales du Sénégal accuse la jeune femme de s’adonner à des «danses érotiques» et d’être en «porte à faux avec les valeurs religieuses et morales sénégalaises». Mais pour les «droits-de-l’hommistes», cette arrestation est carrément «absurde et ridicule».

«Déesse Major doit être immédiatement libérée, sa détention est arbitraire et contraire aux obligations internationales du Sénégal», a ainsi réagi, par Twitter, Alioune Tine, le directeur Afrique de l’Ouest et du Centre de l’ONG Amnesty International.

«C’est une arrestation inédite (et) difficilement concevable», dénonce l’avocat Me Bamba Cissé, dont la cliente doit faire face au juge ce matin.

Mais au-delà de ce que dit la loi et le débat juridique, cette affaire met la société sénégalaise face à ses propres contradictions. Une société très voyeuriste mais qui se dit attachée à la morale et aux bonnes mœurs. Des contradictions largement commentées par les éditorialistes de la presse, ce matin, mais aussi par de simples citoyens à travers la toile qui bruisse de cette affaire depuis le week-end.

«Donc pour ces censeurs sélectifs (la CDVM) la morale se limite au port vestimentaire ! Pas de nichons qui débordent ni de cuisses qui dépassent. Mais un agent municipal qui culbute une fille, on dit rien. Des oustaz (maîtres coraniques) qui défoncent des bambins, on se tait.

Des politiciens ou des fonctionnaires qui vident nos caisses, qui mentent à longueur d’année, motus et bouche cousue. Ces gens, comment ont-il fait pour ne voir que la petite tenue de Déesse Major», s’interroge «Ami» sur sa page Facebook.
Un autre «facebookeur» de renchérir : «Thione Seck, accusé de blanchiment d’argent (libre), Karim Wade condamné pour détournement de deniers publics (bientôt libre), Déesse Major accusée d’attentat à la pudeur (en prison). Cherchez l’erreur…»

On le voit bien, cette affaire va au-delà d’une simple question de la taille d’un sous-vêtement.

Le 20/06/2016 Par notre correspondant à Dakar Ibrahima Diallo

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