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Sénégal. L'indicible incompétence de l'Agence nationale de la statistique

Mise à jour le 16/03/2017 à 04h52 Publié le 15/03/2017 à 18h46 Par Mar Bassin N'diaye

#Société
Avant son accession à la magistrature suprême du Sénégal, le candidat Macky Sall tablait sur 500 000 emplois dans la période allant de 2012 à 2016.

Avant son accession à la magistrature suprême du Sénégal, le candidat Macky Sall tablait sur 500 000 emplois dans la période allant de 2012 à 2016. L'Agence sénégalaise des statistiques vient de les lui "créer".

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#Sénégal : Cette semaine, la presse sénégalaise a commenté en long et en large les chiffres de l'emploi livrés par l'Agence nationale de la statistique. Les erreurs décelées dans le rapport démontrent une incompétence inacceptable des rédacteurs.

Avant son élection, dans son programme "Yoonu Yokute" (La Voie du Progrès), Macky Sall promettait de créer 500.000 emploi entre 2012 et 2016. A quelques mois des législatives, c'est chose faite. Les chiffres de l'emploi se sont miraculeusement améliorés. Du moins si l'on en croit l’Agence nationale de la statistique et de la démographie dont les chiffres semblent confirmer la création de ces 500.000 emplois en l'espace de trois mois.

En effet, selon le rapport trimestriel de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), publié le vendredi 10 mars 2017, au troisième trimestre 2016, le taux chômage des jeunes Sénégalais âgés de 15 ans et plus, est passé de 20,5% au deuxième trimestre 2016 à quelque 13,4% à fin septembre 2016.

Or, dans un pays qui compte plus de 7,3 millions d'actifs, une telle variation dans les chiffres du chômage correspond à la création de près de 520.000 emplois en trois petits mois seulement. Il s'agirait évidemment d'une chose quasi-miraculeuse si le gouvernement pouvait créer autant d'emplois en si peu de temps.


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En tout cas, l'ANSD ne s'est pas posé la question et à aucun moment dans son rapport elle n'essaie d'apporter un semblant d’explication. C'est comme si les auteurs de ce document ne s'étaient pas rendus compte de l'écart astronomique que représente une baisse de 7,1 points du taux de chômage. 

Pour donner une idée de l'énormité de la bizarrerie statistique publiée par cette agence financée par la banque mondiale, il faut la rapprocher de la réalité. A titre d'exemple, en France, pays qui compte 60 millions d'habitants, durant toute l'année 2016, seuls 187.000 emplois ont pu être créés par le gouvernement Hollande. Mieux, il s’agit de la meilleure performance de l'économie française depuis 2007, comme en témoigne cet article du Figaro.

Si 520.000 emplois ont pu être créés en 3 mois, on est en droit de se demander dans quel secteur cela s'est réalisé. Dans l'industrie, l'agriculture, les services? Toujours à titre d'illustration, il est possible de choisir au hasard le secteur bancaire où les plus grands groupes n'ont pas plus de 1.200 collaborateurs salariés. C'est le cas de la CBAO, filiale du groupe Attijariwafa bank qui en compte 1137 d'après sa page Wikipedia. 520.000 nouveaux emplois c'est comme si 460 banques de la taille d'Attijariwafa Bank s'installaient au Sénégal entre fin juin et fin septembre 2016. 520.000 emplois, c'est comme si 115 patrons comme Abderrahmane Ndiaye avaient créé des groupes de la taille de Sagam qui compte 4.500 emplois dans toute l'Afrique de l'Ouest. Des comparaisons similaires, il est possible d'en faire des centaines qui ne tendraient qu'à prouver qu'un tel chiffre est impossible.
 


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Mais au-delà de cette effarante imprécision, le rapport lui-même semble écrit par un néophyte, ou bien par le dernier de la classe de Statistiques. Par exemple, on constate qu'en parlant de la variation du taux de chômage qui passe de 20,5% à 13,4%, les auteurs parlent d'une "baisse de 7,1%". Or, l'unité utilisée pour les variations de taux ou d'indices est plutôt le "point de pourcentage". Dans ce cas de figure, il s'agit d'un recul du taux de chômage de 7,1 points de pourcentage.

Quoi qu'il en soit, ce rapport dédié à l'emploi durant le troisième trimestre 2016 est un ramassis d'imprécisions et d'erreurs qui décrédibilise l'ANSD. Est-ce à cause de l'approche des élections législatives que l'on a droit à de tels chiffres? On est en droit de se poser la question. 

Le problème, c'est que dans la presse sénégalaise, aucun journaliste n'a relevé l'erreur. Décidément, au pays de Senghor, le président-poète, on sait peut-être y faire avec la littérature et la politique, mais quand il s'agit d'économie, les confrères donnent leur langue au chat. 
Le 15/03/2017 Par Mar Bassin N'diaye