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Vidéo. Il y a 30 ans, le président Abdou Diouf radiait tous les policiers du Sénégal

Mise à jour le 13/04/2017 à 19h35 Publié le 13/04/2017 à 18h04 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Société
 Cover. Cheikhouna Keita, Président du mouvement national des policiers à la retraite du Sénégal
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#Sénégal : 13 avril 1987- 13 avril 2017, voici 30 ans que 1465 policiers radiés par un décret du président Abdou Diouf, attendent d'être rétablis dans leur droit. Aujourd’hui, ils sortent de leur réserve et réclament à l’Etat plus deux milliards de francs CFA pour leur indemnisation.


Il y a des évènements qui bouleversent la vie de pauvres victimes pour toujours à jamais. C’est le cas des 1465 policiers radiés en 1987 par un décret signé par le président Abdou Diouf.  Pour un mouvement de grève, ces agents des forces de l’ordre se sont retrouvés, du jour au lendemain, sans emploi.

Des ménages brisés, des enfants dans la rue faute de pouvoir payer leur scolarité, la dépression, et décès des suites d’une maladie qu’on arrive pas à soigner faute de ressources etc. C’est depuis 30 ans, le quotidien de ces 1465 pères de familles. 


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Un bref rappel des évènements qui ont précédés la radiation de ces policiers s'impose. En 1982, à la suite de l’arrestation et la mise en prison de Baba Ndiaye, un présumé receleur, mort après 15 jours de détention, 10 policiers ont été arrêtés. Par la suite, le tribunal de Dakar prononça un non-lieu. Frustrés par l’arrestation de leurs collègues, des agents de la police en service à Dakar, Thiès et Kaolack, entament, le 13 et le 14 avril 1987, une marche vers le palais présidentiel qui se trouve à l’avenue Roume.

Victimes du plan d'ajustement structurel


Arrivés à hauteur de l'agence de la Banque internationale pour le commerce et l'industrie du Sénégal (BICIS) de ladite avenie Roume, des gendarmes s’interposent et dispersent les manifestants. Mais les policiers qui n’avait pas abdiqué, sont revenus à la charge pour aller en grève, ce qui irritera Abdou Diouf, alors président de la république. Ainsi, par décret, il radie temporairement 6250 policiers. Le 15 avril, l’Assemblée nationale, dominée par les socialistes et présidée par Abdou Aziz Ndaw, valide la loi portant sur la radiation de la fonction publique de tous les policiers.

Témoignage émouvant du président des policiers à la retraite



Ce mouvement d’humeur des policiers n'est que le motif officiel de la radiation. Cette dernière a d’autres soubassements. Interpelé par le 360, Mamadou Fall, policier à l’époque de la radiation, soutient une thèse qu’il partage avec la majeure partie des policiers radiés par Abdou Diouf. «Nous savons tous que la Banque mondiale avait demandé au gouvernement sénégalais dans lequel Jean Colin (alors ministre de l'intérieur, ndlr) était le seul ministre d’Etat, de diminuer le nombre de fonctionnaires pour continuer à payer les salaires», soutient l’ex-policier et père de famille. Ainsi, «Abdou Diouf avait sauté sur cette occasion inespérée pour nous priver de notre gagne-pain», soutient-il avec amertume.

Injustice jamais réparée


Après 5 ans de négociations, 4000 des 6250 policiers radiés sont réintégrés dans la Police municipale et 1250 livrés à eux-mêmes jusqu’à l’arrivée du Président Abdoulaye Wade. Le 8 juillet 2011, le Président avait fait voter à l’Assemblée nationale sénégalaise, une loi ordonnant la réintégration de 270 policiers municipaux à la Police nationale.

Malheureusement, au moment où cette décision tombait, la plupart des policiers radiés en 1987 avaient déjà atteint l’âge de la retraite. Aujourd’hui, ces agents qui ont subi 30 années d’injustice, de misère et d’exclusion sociale, réclament plus 2 milliards à l’Etat du Sénégal et interpellent directement le Président Macky Sall.
Le 13/04/2017 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé