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Pâques au Sénégal: quand les chrétiens régalent les musulmans avec le "ngalakh"

Mise à jour le 18/04/2017 à 11h27 Publié le 18/04/2017 à 11h19 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Société
Fait à base de mil, de pâtes d'arachide et de fruit du baobab, le "ngalakh" est le mets incontournable du jour de Pâques au Sénégal

Fait à base de mil, de pâte d'arachide et de fruit du baobab, le "ngalakh" est le mets incontournable du jour de Pâques au Sénégal.

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#Sénégal : Chaque année, à l'approche du mois d'avril, chrétiens et musulmans ne pensent qu'au «ngalakh», ce dessert bien sénégalais et apprécié de tous. Les adultes en raffolent, les enfants en redemandent à l’occasion du weekend de Pâques qui marque la fin du carême chez les chrétiens.

A l’occasion des fêtes de Pâques, il est difficile de rendre visite à une famille musulmane sans y trouver un pot de «ngalakh». Ce dessert est offert par les voisins de confession chrétienne après 40 jours de privation et de dévotion, le jour de la célébration de la "résurrection du Christ", selon la tradition chrétienne.

A base de mil, céréale la plus répandue en Afrique, de pâte d’arachide, de fruit du baobab et de sucre, le «ngalakh» a un léger goût acidulé et se compose d'une part, d'une sauce épaisse et d'autre part de la sémoule mil à gros grain préalablement cuite. Il se consomme frais.

A l’occasion du vendredi de Pâques chez les familles de confession chrétienne au Sénégal, aucune dépense n’est de trop pour préparer en quantité ce dessert offert aux amis et voisins musulmans du quartier. 


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Un des symboles de cohésion sociale et du dialogue islamo-chrétien, cette pratique est solidement ancrée dans les mœurs. En offrant du «ngalakh», les chrétiens rendent ainsi la politesse aux musulmans qui leur avaient offert des plats à base de mouton à l’occasion de la fête de l’Aid El Adha (sacrifice d’Abraham). Même si les chrétiens ne sont que 5% de la population, contre 94% de musulmans et 1% d'animistes, pratiquement toutes les familles sont servies. 

Ces échanges ont toujours raffermi les liens de fraternité entre ces deux communautés. «Le Sénégal est un cas exceptionnel. Nous cohabitons bien, et c’est dû au maintien d'une longue tradition de fraternité», s’est réjoui Abbé Alphonse Seck, directeur des œuvres sociales du diocèse de Dakar.

«Cette coexistence entre musulmans et catholiques tire son essence des valeurs historiques et de l’origine même de la nation sénégalaise », a-t-il ajouté. Et le fait que le Sénégal, pays à plus de 94% de musulmans et à moins de 5% de chrétiens, ait choisi Léopold Sédar Senghor, un chrétien, comme premier président de la République, illustre bien la bonne entente entre ces communautés. Mieux encore, au Sénégal, il arrive qu’au sein d’une même famille, on retrouve des chrétiens et des musulmans.
 
«Ce qu’on doit souligner pour montrer que chrétiens et musulmans socialement peuvent vivre dans une parfaite entente sans même parler de dialogue islamo-chrétien, c’est le mot famille», a, pour sa part, ajouté Abibou Ka, islamologue à l’Institut islamique de Dakar. «Au Sénégal, chrétiens et musulmans ont toujours été frères et sœurs», a-t-il ajouté. 

C'est dire que vus du Sénégal, les attentats commis par les extrêmistes de l'Etat islamique contre les églises coptes en Egypte sont encore plus incompréhensibles qu'ailleurs. 
 
Le 18/04/2017 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé