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Naufrage à Bitenti: le Sénégal n’a pas retenu la leçon des 2.000 morts du "Joola"

Mise à jour le 25/04/2017 à 17h50 Publié le 25/04/2017 à 17h46 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Société
Le bilan est lourd, 19 corps sans vie déja repêchés

Le bilan est lourd, 19 corps sans vie déja repêchés

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#Sénégal : 19 corps de femmes sans vie, 2 portées disparues et une quarantaine de blessés: tel est le lourd bilan du naufrage d’une pirogue à Bitenti dans la communauté rurale de Toubacouta. Un drame qui rappelle le naufrage du "Joola" en 2002, une catastrophe qui avait fait près de 2.000 morts.

Les naufragés sont essentiellement des femmes, toutes originaires de Toubacouta, une commune du département de Foundiougne dans la région de Fatick. La pirogue transportait une soixantaine de personnes, dont 51 femmes, sur une pirogue d'une capacité de 30 personnes.

Le bilan de ce naufrage, encore provisoire, fait état de 19 morts, toutes des femmes, et de 2 disparues. 41 personnes ont été repêchées. On compte également parmi les blessés, deux femmes enceintes qui ont été transférées à Missirah pour une prise en charge médicale. Mais «le seul dispensaire qui existe dans cette localité ne dispose que d’un infirmier et d’une sage-femme qui ont eu toutes les peines du monde à prendre soin des blessés», a regretté un des témoins du naufrage.

Les sapeurs-pompiers, appelés à la rescousse par le chef de village, ont malgré la rapidité exigée face à de tels drames, mis du temps pour arriver sur les lieux du naufrage assez éloignés du centre.

Les recherches, suspendues cette nuit, à 20 heures à cause de l’obscurité, de l’agitation de la mer et surtout du manque de moyens adéquats, ont repris depuis ce matin.


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De sources concordantes, seuls deux hommes, les conducteurs de la pirogue, avaient embarqué avec ces femmes, qui sont parfois obligées d’aller ramasser des huîtres jusqu’à 19 heures (heure du drame) pour subvenir à leurs besoins.
 
Plus jamais de tels drames.
 
Ce drame de Toubacouta survient 12 jours seulement après l’incendie du Daaka de Médina Gounass survenu le mercredi 12 avril 2017 et qui avait fait 29 morts. En effet, en moins de 15 jours, le Sénégal a connu plus de 48 morts accidentelles. Et la plupart de ces drames sont dus à l’inconscience de certains Sénégalais qui exposent leur vie et celle des autres. Embarquer une soixantaine de personnes, en majorité des femmes, dans une pirogue de fortune relève de l'irresponsabilité.

Malheureusement, ce manque de considération de la vie humaine est devenu banal au Sénégal et les autorités étatiques et locales laissent faire et réagissent souvent très tard.


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Tous comme certains citoyens irresponsables, les autorités sénégalaises n’auront rien appris du naufrage du bateau le «Joola» survenu le 26 septembre 2002. Le Joola assurait la liaison maritime Dakar-Ziguinchor. Lors de son naufrage, près de 2.000 personnes avaient péri alors que sa capacité maximale de transport était limitée à 550 personnes.

C’est ce genre de négligence que subit tous les jours la majorité des Sénégalais en empruntant les transports terrestres et maritimes. Même si le phénomène est plus visible à Dakar et dans certaines autres grandes villes du pays, aucune localité n’est épargnée par cette prise de risque inutile qui a très souvent des conséquences dramatiques.

 Au grand regret des Sénégalais, le naufrage de cette pirogue survenue ce lundi 24 avril à Foundiougne peut servir d’exemple. Depuis quelque temps, l’Etat sénégalais, à travers le ministère des Transports, a mis en place un certain nombre de règlements pour apporter plus de sécurité dans le transport. Il lui appartient certes de mettre en place des règles, mais c’est aussi son rôle de les faire respecter.

Et dans son assistance aux populations en cas de danger, l’Etat devra faire en sorte que les secours soient plus proches en multipliant l’effectif des sapeurs-pompiers. Toutes les localités du Sénégal devraient également disposer d’une caserne de pompiers prêts à intervenir en cas de danger pour secourir les populations.  
Le 25/04/2017 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

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