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Sénégal. Terrorisme: les terribles aveux de Makhtar Diokhané qui enfoncent l’imam Ndao

Mise à jour le 31/12/2017 à 12h03 Publié le 31/12/2017 à 11h54 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé

#Société
jihadistes sénégalais
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#Sénégal : Makhtar Diokhané, le plus redoutable des jihadistes arrêtés au Sénégal, passe aux aveux. On apprend qu'il y avait beaucoup d’argent en jeu, que l’imam Ndao aurait participé à des réunions jihadistes et qu'il était question d’un camp d’entraînement à Kédougou, dans le sud-est du Sénégal.

Les enquêteurs de la Section de recherche ont réussi à faire passer à table Makhtar Diokhané, désigné comme le plus redoutable des 32 jihadistes présumés arrêtés au Sénégal.

En réplique à l’incendie de la mosquée, dirigée par l’imam Abdou Karim Ndour à Diourbel, un nouveau projet d'attentat était en train d’être mis en place depuis 2012. Dans ses aveux, Makhtar Diokhané cite de nom de l’imam Alioune Badar Ndao.

D’énormes sommes d’argent en jeu

L’enquête a également révélé que Moustapha Diallo, alias Abu Hatem (décédé en Libye), était l’un des bailleurs de fonds de ce projet jihadiste en Afrique de l’Ouest. Makhtar Diokhané aurait reçu de cet homme, la somme de 65.000 euros (45 millions de francs CFA) en guise de premier financement.

Toutefois, «Abu Hatem» n’était pas d’accord avec la démarche adoptée par les jihadistes. Il prétexte d’un contrat de travail pour enseigner le Coran, envoyé sur la messagerie cryptée Télégramme par le même Moustapha Diallo, pour justifier son voyage au Nigeria. Moustapha Diokhané a également affirmé qu’il était logé et percevait un salaire de 1.500 euros (environ 985.000 francs CFA).


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En dehors des 12.000 euros que lui avait généreusement donnés Aboubakar Shekau, chef de Boko Haram par l’intermédiaire du Général Aboubacar, il affirme que le reste des 65.000 euros était destiné aux dix autres Sénégalais membre du groupe. Et le Nigérian Malam Moustapha était chargé de garder cette somme.

Après son passage au village de Diaboulam, Moctar Diokhané s’est d’abord rendu à Guédiawaye-Kaolack afin de recevoir la bénédiction de l’imam Alioune Ndao. Il a ensuite mis le cap sur Niamey au Niger, puis Zender et enfin Adadam où il rencontre une trentaine de Sénégalais, parmi lesquels Moussa Aw dit Abu Doujana, Mohamed Ndiaye alias Abu Youssouf.

L’imam Ndao cité dans une réunion jihadiste

Interrogé après son arrestation avec des terroristes présumés, en Mauritanie, le Sénégalais Mohamed Ndiaye alias Abou Youssouf a fait de fracassantes révélations.


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Lors de son interrogation, il a reconnu avoir participé à plusieurs combats de Boko Haram contre l’armée nigériane. Selon lui, l'affrontement le plus ardu fut celui qui a eu lieu à la forêt de Bita. Après avoir épuisé ses munitions, il fut à deux doigts de mourir après que son frère Moussa Mbaye ait été tué.

Abou Youssouf a également avoué que l’imam Alioune Badara Ndao, Lamine Coulibaly alias Abu Jaafar, Matar Diokhané dit Abu Anwar, et Boubacar Decoli Ndiaye avaient participé à deux de leurs réunions à Rosso et à Richard Toll. D’après ses dires, ils partagent la même vision et les mêmes idéologies sunnites, trouvant, selon lui, des fondements dans deux versets du Coran.

Le projet du camp d’entrainement jihadiste à Kédougou

Après avoir passé six mois au Nigeria aux côtés de Boka Haram, ils étaient onze jihadistes d’origine sénégalaise à avoir pris la décision de revenir au Sénégal, affirme-t-il, avec un projet bien ficelé: celui d’installer au Sénégal une Daawa, comme celui qui se trouve en Somalie et dont la principale mission serait de convaincre leurs jeunes compatriotes d'adhérer à leur cause.

Une fois convaincus, ces Sénégalais auraient pu suivre une formation dans la forêt de Kédougou, en vue de devenir des jihadistes. Et comme soutien, Abou Youssouf affirme avoir reçu la somme de 200.000 francs CFA, de la part d’Abdourahmane Mendy alias Abu Amin, un combattant sénégalais du groupe installé en Libye et chargé du recrutement de futurs jihadistes.
Le 31/12/2017 Par De notre correspondant à Dakar Moustapha Cissé