Les crises sécuritaires et logistiques auxquelles le pays est régulièrement confronté entraînent déjà des pénuries fréquentes et alimentent le marché noir. La Centrafrique est un pays enclavé qui dépend des importations via le port de Douala, au Cameroun, pour son approvisionnement en carburant.
Circulation réduite, quelques classes et commerces fermés, mais des fonctionnaires au travail : la journée « ville morte » organisée dans la capitale centrafricaine à l’initiative de deux organisations de la société civile, la plateforme I Gwé et l’Observatoire de la gouvernance et du développement citoyen (OGDC), a rencontré un succès mitigé.
Le gouvernement a de son côté tenté de faire obstacle à cette mobilisation.
Début octobre, l’exécutif a annoncé une augmentation des prix des carburants, fixant le prix du litre d’essence à 1.150 FCFA (1,75 euros) et celui du litre de gazole à 1.400 FCFA (2,13 euros), invoquant la flambée des cours mondiaux du pétrole en raison de la guerre au Moyen-Orient.
«Nous ne pouvons pas continuer à subventionner», a argué le président Faustin-Archange Touadéra dans une interview à la radio le 4 octobre.
«Puisque le prix sur le marché est élevé, aujourd’hui il faut faire la politique du prix juste pour permettre à l’Etat de payer correctement les salaires et ses autres obligations», a-t-il développé.
Levée de boucliers
Mais cette annonce a immédiatement suscité une levée de boucliers dans le pays, le plus pauvre d’Afrique centrale, mais aussi celui où les prix des carburants à la pompe sont les plus élevés.
Pour Quentin Ngbouando, responsable de I Gwé, cette augmentation pénalise les «ménages, petits commerçants, transporteurs, mototaxis et travailleurs informels», qui supportent pourtant «depuis des années le poids des crises, des pénuries et de la mauvaise gouvernance».
Le gouvernement centrafricain, qui a appelé la population à «vaquer à ces occupations» dans un communiqué, s’est mobilisé pour faire échouer cet appel à la journée ville-morte, tandis que de nombreux effectifs de forces de l’ordre étaient postés sur les principaux axes de circulation.
A la station-service des Martyrs, au centre-ville, des dizaines de taxi-motos faisaient la queue pour recevoir les quelques litres de carburant offerts par l’exécutif.
«Des membres du gouvernement nous ont promis dix litres d’essence chacun afin de travailler pour éviter la ville morte», explique Romaric, conducteur de moto-taxi qui n’a pas souhaité donner son nom de famille.
«Ce n’est pas le carburant d’un jour qui va résoudre nos problèmes», a critiqué Stéphane Yaguima, un autre chauffeur, après être venu chercher les quelques litres offerts.
Suspension de salaire
«On veut juste que le prix du carburant soit revu à la baisse. On a des charges, on a des enfants, on a une famille dont on doit s’occuper», a-t-il martelé.
Le carburant constitue une dépense incontournable pour ces travailleurs. Certains répercutent la hausse sur leurs tarifs, au risque de perdre des clients dont les revenus demeurent très faibles, alors que la majorité des Centrafricains vivent sous le seuil de pauvreté.
Martial Kossi, commerçant, a choisi de ne pas profiter de ce cadeau du gouvernement en signe de protestation. «C’est honteux ce qui se passe, le gouvernement n’a pas d’oreilles pour son peuple», a-t-il déclaré à l’AFP.
Sous couvert d’anonymat, une fonctionnaire a expliqué à l’AFP avoir renoncé à participer à cette journée «ville morte» en raison de menaces de suspension de salaire.
«Mon chef de service nous a envoyé un message samedi pour dire que le ministre a demandé à tout le monde de venir au travail et que la personne qui n’obéit pas n’aura pas son salaire du mois», a-t-elle affirmé.
Interrogé sur ce point, le gouvernement centrafricain n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP dans l’immédiat.
