Commerce international de services: les pays et les secteurs moteurs de la croissance solide de l’Afrique en 2025, selon l’OMC

L'OMC fait le point sur les secteurs des services africains qui ont affiché les performances les plus remarquables en 2025 et à suivre de près en 2026. ©Pormezz - stock.adobe.com

Le 22/03/2026 à 10h00

Le rapport «Global Trade Outlook and Statistics» de mars 2026 de l’OMC peint un tableau de l’Afrique en 2025 comme la région la plus dynamique du monde en matière de croissance des exportations de services, tirée par un secteur touristique où deux pays africains se sont illustrés de manière remarquable. Une performance qui souligne le potentiel économique significatif du continent dans ce domaine.

L’analyse du récent rapport de l’OMC, «Global Trade Outlook and Statistics» de mars 2026, révèle une performance économique remarquable pour le continent africain dans le commerce international des services durant l’année 2025. Tandis que le commerce mondial montre des signes de ralentissement pour 2026, l’Afrique s’est distinguée par une vitalité exceptionnelle, portée notamment par son secteur touristique où le Maroc brille d’un éclat particulier.

Les données sont sans équivoque: l’Afrique a enregistré la croissance la plus forte au monde des exportations de services commerciaux en 2025, avec une hausse spectaculaire de 15%. Une dynamique qui dépasse largement la moyenne mondiale (+8%) et surclasse toutes les autres régions, comme l’Asie (+10%) ou l’Europe (+8%). Les importations africaines de services ont également progressé vigoureusement (+13%), témoignant d’une demande interne robuste. Des chiffres qui confirment le rôle croissant de l’Afrique comme acteur dynamique dans l’économie mondiale des services, même si des défis structurels subsistent.

Le tourisme moteur de la performance africaine

Le secteur des voyages a été le principal catalyseur de cette performance africaine hors norme. Les dépenses des voyageurs internationaux en Afrique ont bondi de 16% en valeur à l’exportation (dépenses des visiteurs étrangers) et de 17% à l’importation (dépenses des résidents africains à l’étranger). Une croissance qui dépasse de loin la moyenne mondiale du secteur (+8%).

Au sein du continent, l’Afrique du Nord s’est imposée comme la locomotive. Le Maroc et l’Égypte ont enregistré des performances exceptionnelles: +23% pour les exportations de voyages du Maroc, contre +18% pour celles de l’Egypte.

Ensemble, ces deux économies représentent près de la moitié (48%) des revenus touristiques de toute la région africaine. Une croissance robuste qui s’explique par une demande internationale résiliente, soutenue par des mesures de facilitation des visas et la vitalité des marchés émetteurs, malgré un contexte géopolitique mondial tendu.

Performance des leaders africains du tourisme en 2025

PaysCroissance des exportations de voyagesContribution aux revenus touristiques africainsFacteurs clés de performance
Maroc+23%Part majeure (avec l’Égypte) de 48% du total africainDemande internationale résiliente, facilitation des visas
Égypte+18%Part majeure (avec le Maroc) de 48% du total africainDynamisme des marchés émetteurs, attractivité culturelle

Source: OMC.

Si le tourisme africain affiche des performances remarquables, les secteurs du transport et des autres services commerciaux présentent des dynamiques plus nuancées, marquées par des vulnérabilités et des incertitudes méthodologiques. Dans le transport, l’Afrique enregistre une croissance solide en 2025, avec des exportations en hausse de 12% (principalement portuaires et logistiques) et des importations progressant de 7%. Toutefois, cette apparente robustesse est fragilisée et devrait l’être davantage par le conflit au Moyen-Orient, qui maintient structurellement des coûts de transport et de carburant à des niveaux élevés. Des coûts qui pèsent lourdement sur les opérateurs et perturbe les routes maritimes et aériennes clés, menaçant ainsi la croissance future du secteur.

La situation est plus complexe pour les autres services commerciaux, comprenant les services financiers, informatiques, professionnels et numériques. L’OMC signale une rupture dans la série de données pour les exportations et importations africaines de ce sous-secteur en 2025. Une rupture statistique qui implique que les chiffres de l’année ne sont pas comparables aux périodes antérieures, empêchant toute évaluation fiable de la performance réelle du continent dans les domaines clés que sont les services digitaux et l’IA appliquée au commerce. C’est le lieu de mettre en garde contre les implications de cette lacune: elle masque soit des évolutions significatives non captées par les méthodologies existantes, soit des problèmes de collecte susceptibles d’obscurcir la compréhension des transformations économiques en cours.

Perspectives 2026

Les perspectives pour 2026 oscillent entre des opportunités circonstancielles et des risques systémiques, particulièrement pour le secteur touristique africain. L’organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 en Amérique du Nord (Canada, États-Unis, Mexique) pourrait stimuler la demande de voyages longue distance depuis ces marchés, offrant une fenêtre d’opportunité pour les destinations d’Afrique du Nord géographiquement bien positionnées. Toutefois, cet effet potentiel reste hypothétique et dépendra de la capacité des opérateurs africains à capter ce flux.

Plus immédiats et quantifiables, les risques liés au conflit au Moyen-Orient pèsent lourdement. L’OMC alerte sur des risques de baisse «aussi forts que pour les marchandises» pour les services, susceptibles de retrancher 0,7 point de pourcentage à la croissance mondiale du secteur en 2026.

Pour l’Afrique, ces risques se matérialisent par quatre canaux principaux: la flambée des coûts aériens due aux prix élevés du carburant, qui réduira la compétitivité des destinations; l’incertitude économique érodant la confiance et le pouvoir d’achat des voyageurs potentiels; les perturbations des liaisons de transport compromettant l’accessibilité des destinations africaines; et enfin, un impact négatif sur la demande globale de tourisme régional et international. Des facteurs combinés qui pourraient freiner la dynamique exceptionnelle observée en 2025, exigeant des stratégies d’adaptation proactive face à un environnement géopolitique volatil.

Ainsi, la grande inconnue pour 2026 réside dans la capacité de l’Afrique, et particulièrement de ses leaders touristiques comme le Maroc, à maintenir cette dynamique face aux vents contraires géopolitiques et économiques. La résilience face à la flambée des coûts logistiques et énergétiques, ainsi que la capacité à attirer les voyageurs dans un contexte mondial plus incertain, seront des facteurs déterminants pour savoir si l’Afrique pourra à nouveau sortir du lot cette année. La vigilance et l’adaptabilité seront essentielles pour transformer le potentiel démontré en 2025 en une croissance durable.

Dynamique sectorielle en Afrique (2025)

SecteurCroissance des exportationsCroissance des importationsPrincipaux défis
Voyages (Travel)+16%+17%Vulnérabilité aux coûts aériens et géopolitique
Transport+12%+7%Coûts de carburant élevés, perturbations des routes
Autres services commerciauxDonnées non comparables (rupture de série)Données non comparables (rupture de série)Impossibilité d’évaluer les services digitaux

Source: OMC.

Par Modeste Kouamé
Le 22/03/2026 à 10h00