Depuis 2021, le M23, mouvement politico-militaire soutenu par le Rwanda, a repris les armes contre le gouvernement de Kinshasa, gagnant du terrain dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, deux provinces frontalières du Rwanda, dont il s’est emparé depuis fin janvier des deux chefs-lieux, Goma et Bukavu.
Dans les zones passées sous son contrôle, le groupe armé a installé sa propre administration et collecte des taxes.
Le joyau de la couronne est la mine de Rubaya, dans le Nord-Kivu, la plus grande mine de coltan de RDC, sous contrôle du M23 depuis avril 2024.
Près d’un an plus tard, Bahati Eraston, le nouveau gouverneur du Nord-Kivu, nommé par le M23, y a fait sa première visite mercredi.
Les puits de mines qui rongent les pentes de la montagne sont déserts. Et la présence des creuseurs au meeting organisé par le M23 vivement conseillée.
Après avoir appelé la population au calme, le M23 entame une campagne de recrutement dans son «armée révolutionnaire», destinée selon le groupe armé à renverser le régime de Kinhsasa, capitale de la RDC située à quelque 1.500 km de là à vol d’oiseau.
«Où sont les jeunes? Qu’ils viennent nous rejoindre», lance le gouverneur Bahati Eraston au micro.
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Quelques dizaines de jeunes hommes et femmes fendent la foule pour s’enregistrer, sous les acclamations de l’assistance, dont la sincérité de l’adhésion est difficile à évaluer.
«Mon métier ne me permet plus de subvenir à mes besoins, j’ai donc décidé de rejoindre le M23 pour défendre mon pays», assure Dieu Merci Bahati, un creuseur artisanal.
Des représentants des autorités locales et des commerçants de la zone sont venus exprimer leur sympathie aux nouveaux maîtres
Le M23 a mis en place à Rubaya «une administration semblable à celle d’un Etat», en créant notamment un «ministère chargé de l’exploitation des minéraux» qui délivre «des permis aux creuseurs et aux opérateurs économique», affirment les experts de l’ONU.
«Guerre foncière»
Ravagé par les conflits depuis 30 ans, l’est de la RDC détiendrait entre 60% et 80% des réserves mondiales de coltan, minerai dont est issu le tantale, essentiel à la fabrication des équipements électroniques modernes.
Les experts de l’ONU estiment que les gisements de Rubaya rapportent environ 800.000 dollars par mois au M23, grâce à une taxe de sept dollars par kilo, prélevée sur la production et le commerce du coltan.
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Ces sommes ne représentent qu’une fraction des revenus issus de la taxation du commerce par le mouvement.
Avec la prise récentes de Goma et Bukavu, le groupe armé contrôle tous les axes commerciaux menant à la frontière rwandaise.
Selon des opérateurs économiques et des sources sécuritaires, le M23 perçoit des taxes de plusieurs milliers de dollars par camion aux postes-frontières de Goma.
L’est de la RDC dépend largement des importations de produits manufacturés venus du Rwanda, mais exporte également sa production agricole dans toute la région des Grands Lacs.
Des sources proches du pouvoir congolais accusent le Rwanda de mener une guerre «foncière», sur fond d’anciennes tensions communautaires héritées de la colonisation pour le contrôle des terres agricoles, particulièrement fertiles, de la région.
Le M23 assure avoir mis fin aux multiples taxes imposées par les groupes armés pro-Kinshasa aux cultivateurs comme aux transporteurs, qui freinaient le développement économique de la zone.
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Les acteurs économiques comme les creuseurs de Rubaya saluent en tout cas le retour d’une relative sécurité propice aux affaires.
Les miliciens pro-Kinshasa «nous ravissaient de l’argent, des téléphone, mais depuis que le M23 est arrivé je n’ai jamais été victime d’une attaque», affirme Grâce Mugisha, un creuseur de Rubaya.
Mais cette sécurité s’accompagne de contraintes nouvelles. Dans toutes les zones sous son contrôle, le M23 a imposé le «salongo», un travail communautaire non rémunéré auquel tous les habitants sont obligés de participer une fois par semaine.
Pour Germain Nkinzo, cadre du M23 à Minova, port commercial du Sud-Kivu, sur la rive du lac Kivu, il s’agit d’insuffler une «discipline» et de «changer les mentalités» afin d’accélérer le développement économique et social.
«Le développement doit être le fruit de la volonté de chacun, pas un travail forcé», estime toutefois un habitant, encore la pelle à la main, de retour d’une matinée de travail communautaire.