Le Marché des arts du spectacle africain (MASA), rendez-vous biennal destiné à la mise en avant de la créativité et de l’innovation artistique et culturelle en Afrique, a soufflé sa 14ème bougie samedi soir à Abidjan, avec la participation de troupes et d’artistes en provenance de plusieurs pays, dont le Maroc, invité d’honneur de cette édition.
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La cérémonie d’ouverture de cet événement placé sous le thème des «arts de la scène en Afrique, outil d’intégration économique et social» a été rehaussée par la présence d’une délégation marocaine composée notamment, de l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, Othman El Ferdaous, ainsi que de responsables du département de la Culture, aux côtés du chef du gouvernement ivoirien, de ministres et d’ambassadeurs accrédités en Côte d’Ivoire. Côté culturel et artistique, le Royaume a été mis à l’honneur à travers la participation de plusieurs troupes et artistes confirmés entre autres, la troupe gnaoua du maalem Hassan Boussou, le groupe Ribab Fusion ou encore la taifa Aissaouia, avec Haj Said Berrada, outre la présence de conférenciers pour débattre de thématiques en rapport notamment, avec les arts et les industries culturelles.
Pour plus de visibilité, le Maroc a aménagé un stand à l’initiative du département de la Culture, qui donne à découvrir et à apprécier une exposition baptisée «Trésors du Maroc», avec une mise en lumière du caftan marocain à travers une collection inédite de la styliste Kaoutar Youssefi. On peut y apprécier, à travers des explications, la maroquinerie du Sahara, la gastronomie, l’art du zellige, ainsi que la calligraphie.
Soulignons que le stand «Trésors du Maroc» est un coup de maître en matière de visibilité. Y présenter le caftan de Kaoutar Youssefi aux côtés de la maroquinerie du Sahara marocain et de l’art du zellige, c’est dérouler une carte de visite où la créativité est indissociable du territoire, y compris dans ses provinces sahariennes. Une scénographie qui répond à une exigence du marché professionnel du MASA: on n’achète pas un spectacle sans y adosser une identité forte. En offrant une expérience immersive qui va de la calligraphie à la gastronomie, le Maroc propose aux programmateurs et diffuseurs internationaux présents un package complet.
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Dans une allocution retransmise à l’ouverture de cet événement, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaïd, a adressé ses remerciements aux organisateurs pour le choix du Maroc comme invité d’honneur de cette édition. Il a rappelé que le Royaume et la Côte d’Ivoire sont unis par des relations amicales et fraternelles de longue date, perpétuées grâce à l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et du président ivoirien, Alassane Ouattara. Avec le ministère ivoirien de la Culture, «nous œuvrons ensemble pour que cette amitié, ce partenariat et cette coopération soient aussi scellés par des liens culturels qui nous rassemblent, ainsi qu’avec un échange d’expériences sur les volets qui nous intéressent aujourd’hui, à savoir les industries culturelles», s’est félicité le ministre Bensaïd.
Une intervention qui n’est pas qu’un remerciement pour l’invitation, mais un rappel appuyé que l’axe Rabat-Abidjan, perpétué par la volonté du roi Mohammed VI et du président Ouattara, ne se nourrit plus seulement de grands contrats d’infrastructure ou de flux bancaires, mais qu’il s’incarne désormais dans l’échange concret autour des industries culturelles. C’est là que se joue le basculement: positionner la transe des Aïssaouia de Haj Said Berrada ou les riffs électriques du Ribab Fusion non plus comme un folklore d’agrément, mais comme un secteur marchand mature et exportable.
Loin de n’être qu’une simple succession de notes de gnaoua ou de froissements de caftans sous les projecteurs d’Abidjan, la participation marocaine à la 14ème édition du MASA s’apparente à une opération de diplomatie d’influence de précision, où chaque acteur présent, chaque artisanat exposé, et chaque mot prononcé par le ministre Bensaïd vise à verrouiller un narratif continental bien précis. En acceptant le statut d’invité d’honneur, le Maroc ne se contente pas de répondre à une courtoisie protocolaire; il saisit l’opportunité de transformer une scène artistique en tribune économique. Le thème choisi par les organisateurs est le fil rouge que la délégation marocaine a tissé avec habileté.
L’un des moments forts de la cérémonie d’ouverture a été la montée sur scène de la troupe Aissaoua, avec le maestro Haj Said Berrada, le temps de donner un avant-goût aux festivaliers. Pour le reste, des spectacles inédits où chants et sonorités les plus emblématiques du Maroc profond, celui de la diversité culturelle dans l’unité, seront sous les feux des projecteurs en terre de l’Akwaba (Bienvenue). Pour cette nouvelle édition prévue jusqu’au 18 avril courant, une programmation riche et diversifiée a été conçue de manière à ériger Abidjan en une véritable scène artistique à ciel ouvert, où les Aficionados de la culture, de la créativité et des arts peuvent renouer avec danse, musique, théâtre, cirque, slam ou encore les arts de la rue.
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Ce rendez-vous ambitionne, selon ses initiateurs, de renforcer le rôle du spectacle vivant comme moteur de transformation culturelle et économique du continent. Le MASA revêt également une dimension internationale car il favorise le dialogue entre les scènes africaines, latino-américaine et méditerranéenne. Pour cette édition 2026, il a été procédé à la sélection de quelque 99 artistes et groupes issus de 51 pays pour participer au festival et au marché professionnel. Parmi eux, 39 projets artistiques sont programmés dans le cadre du MASA Festival, couvrant les disciplines des arts de la rue, du cirque, de la danse, du théâtre, du slam, de la musique et du jeune public. Ainsi, la participation marocaine révèle une volonté de sortir du lot des 51 nations représentées, non pas par le volume sonore des instruments, mais par la cohérence de son récit: faire rimer fraternité diplomatique avec rentabilité culturelle. L’enjeu est de taille, car le MASA, avec ses rencontres B2B et ses 39 projets artistiques sélectionnés, est le hub où se négocie la circulation des imaginaires africains. En occupant avec cette densité le devant de la scène ivoirienne, le Maroc adresse un message clair au reste du continent: le leadership se gagne aussi sur les planches, pourvu qu’elles mènent au marché.
Au-delà des performances, le MASA se veut un marché professionnel stratégique pour les arts du spectacle, mettant en relation artistes, programmateurs, producteurs, diffuseurs et institutions culturelles autour de showcases, rencontres B2B et dispositifs de formation. Créé en 1990, le MASA s’est imposé au fil des années comme un rendez-vous incontournable des arts vivants en Afrique et au-delà. L’édition 2026 apparait ainsi comme une étape importante dans la consolidation de son rôle de hub culturel, économique et artistique.
