Global Financial Centres Index 2025: les 7 places africaines les mieux classées

Les places financières africaines à suivre de très près.

Le 25/03/2025 à 17h30

Sur 120 places financières évaluées à travers le monde, 7 africaines figurent dans la 37e édition du Global Financial Centres Index. Décryptage des facteurs clés: régulation, connectivité, et pression concurrentielle.

La dernière édition du Global Financial Centres Index (GFCI 37), que vient de publier Z/Yen Group et le China Development Institute (CDI), offre un panorama instructif sur la dynamique des centres financiers, marquée par des progressions inégales et des défis structurels persistants. Alors que New York et Londres dominent toujours le classement mondial, les places africaines, bien que marginales dans le top 100, affichent une évolution contrastée, avec des hubs qui gagnent en visibilité et d’autres qui peinent à maintenir leur attractivité.

Le GFCI évalue 120 centres financiers grâce à une méthodologie hybride, combinant des évaluations qualitatives de professionnels du secteur et des données quantitatives dites «instrumentales». Pour cette édition, 31.314 évaluations ont été recueillies auprès de 4 946 experts internationaux, couvrant cinq domaines clés: environnement réglementaire, infrastructures économiques, stabilité financière, connectivité internationale et capital humain.

Ces perceptions sont croisées avec 156 indicateurs externes (PIB, qualité des infrastructures, coûts opérationnels, etc.), permettant de pondérer les biais subjectifs. Les notes sont ajustées, reflétant les évolutions récentes des marchés. Une approche qui explique pourquoi des centres comme Casablanca ou Maurice progressent malgré des défis macroéconomiques : leur amélioration réglementaire et leur attractivité perçue compensent partiellement des faiblesses structurelles.

Zoom sur les sept centres africains les mieux classés, leurs atouts, leurs vulnérabilités, et les enjeux géopolitiques et technologiques qui façonnent leur trajectoire.

Casablanca: 1er africain, 56e mondial

Casablanca confirme sa position de leader africain en se hissant au 56e rang mondial du GFCI 37, avec une ascension d’une place et une notation en hausse de 14 points (696). Cette performance s’appuie sur une stratégie nationale structurante incarnée par Casablanca Finance City (CFC), conçu comme un écosystème financier transcontinental. Le CFC tire parti de la stabilité politique marocaine, d’un cadre réglementaire harmonisé avec les normes internationales (compliance OCDE, conventions fiscales avec 70 pays), et d’une connectivité renforcée via des accords aériens et logistiques avec l’Europe et l’Afrique francophone. Le hub marocain sert de pont aux investisseurs visant l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb, avec un focus sur les secteurs bancaire, assurantiel et des infrastructures.

Toutefois, son modèle est confronté à une double pression : géopolitique, avec les tensions commerciales dans la région sahélienne et les rivalités intra-africaines, et concurrentielle, face à l’émergence de hubs anglophones comme Nairobi, qui misent sur les fintechs et les marchés de capitaux régionaux. Le rapport GFCI souligne que «les défis géopolitiques sont clairement considérés comme le risque le plus important» (18 % des répondants), une alerte pour Casablanca, dont l’ascension dépendra de sa capacité à concilier attractivité régionale et ancrage dans des alliances économiques stables, notamment face aux turbulences en Afrique de l’Ouest.

Maurice: 2ème africain, 58e mondial

Maurice, classé 58e mondial (+2 places) avec une notation de 694 (+15 points), consolide sa position de centre offshore grâce à une niche bien établie: la gestion de fonds d’investissement panafricains et les services bancaires transfrontaliers. Son succès repose sur un réseau de 46 accords internationaux d’investissement, un système juridique hybride (droit anglais et français), et des incitations fiscales ciblées pour les holdings et les family offices. Port-Louis attire ainsi des capitaux asiatiques (Inde, Chine) et européens, notamment pour des investissements dans les énergies renouvelables et l’immobilier premium.

Cependant, ce modèle est fragilisé par la pression croissante des initiatives mondiales contre l’évasion fiscale (BEPS de l’OCDE, normes CRS) et par la concurrence agressive de Dubaï, 12e mondial, qui allie avantages fiscaux, infrastructures de pointe et accès aux marchés du Golfe. Pour se réinventer, Maurice mise sur deux leviers: les fintechs, avec la création d’une sandbox réglementaire en 2023, et les financements verts, via l’émission d’obligations durables liées à la protection des écosystèmes marins. Cette transition reste néanmoins tributaire d’un équilibre délicat entre innovation financière et conformité aux standards internationaux, dans un contexte où les investisseurs globaux priorisent la transparence.

Kigali: 3ème africain, 72e mondial

Kigali, 3e centre africain et 72e mondial, présente un paradoxe : malgré un recul de cinq places au classement GFCI, sa notation progresse de 8 points (680). Une dynamique qui reflète les investissements ambitieux du Rwanda dans les infrastructures numériques, comme le déploiement de la 5G et la plateforme Irembo pour les services publics en ligne. Le pays positionne Kigali comme un hub technologique régional, attirant des événements majeurs comme l’Africa Tech Summit et facilitant l’implantation de startups via des régulations souples (création d’entreprise en 6 heures, exonérations fiscales ciblées).

Le Kigali International Financial Centre (KIFC), axé sur les financements verts et l’agro-industrie, vise à capter les investissements étrangers. Cependant, la taille modeste de l’économie rwandaise (14,56 milliards de dollars de PIB en 2024) et sa dépendance aux financements extérieurs (25 % du budget national provient de l’aide internationale) limitent son rayonnement.

Pour pérenniser sa croissance, Kigali doit transformer son statut de « plaque tournante » en ancrage de chaînes de valeur régionales, tout en diversifiant ses partenariats au-delà des acteurs traditionnels (Union européenne, Banque mondiale). Le rapport GFCI souligne indirectement ce défi: l’«évolution des priorités régionales/nationales» (citées par 13 % des répondants) pourrait redistribuer les flux financiers, exigeant une agilité accrue de la place rwandaise.

Le Cap: 4ème africain, 84e mondial

Le Cap, 4e centre africain et 84e mondial, incarne le paradoxe sud-africain : une notation en hausse de 13 points (668) mais un rang stagnant, révélant un potentiel bridé par des contradictions internes. D’un côté, l’Afrique du Sud dispose de l’écosystème financier le plus avancé du continent- banques robustes (Standard Bank, FirstRand), bourse de Johannesburg (JSE, 1ère capitalisation boursière africaine), et un secteur fintech leader. Le Cap concentre des niches d’excellence comme la gestion de fonds privés et l’asset management. De l’autre, les pannes d’électricité chroniques, une criminalité élevée, et des incertitudes politiques (coalitions gouvernementales instables) découragent les investisseurs.

Le recul de Johannesburg symbolise cette érosion de confiance dans l’environnement macroéconomique national, malgré des atouts structurels incontestables. Pour inverser la tendance, Le Cap devrait capitaliser sur ses alliances avec les marchés émergents (BRICS+) et accélérer la transition vers une finance verte, secteur où l’Afrique du Sud reste sous-exploitée malgré un ensoleillement optimal.

Johannesburg: 5ème africain, 88e mondial

Johannesburg, 5e place africaine et 88e mondiale, subit un déclin symptomatique des fractures sud-africaines : une chute de 13 places accompagnée d’une notation stagnante (664). Si la Bourse de Johannesburg (JSE) demeure la plus liquide d’Afrique, les sorties nettes de capitaux, les rigidités réglementaires, et les tensions sociales (taux de chômage, émeutes xénophobes) sapent son attractivité. Le pays souffre d’un «découplage» croissant avec les marchés globaux.

Ainsi, Johannesburg illustre l’urgence de réformes structurelles : libéralisation du marché de l’énergie, simplification des procédures d’investissement, et stabilisation politique. Son avenir dépendra de sa capacité à transformer son héritage industriel (mines, manufacturing) en leviers pour une finance durable, tout en réintégrant les chaînes de valeur mondiales délaissées au profit du Maroc ou du Kenya.

Nairobi: 6ème africain, 100e mondial

Nairobi, 6e centre africain et 100e mondial (+2 places, +16 points), incarne la révolution fintech africaine. La « Silicon Savannah » s’appuie sur M-Pesa, des licornes comme Wasoko, anciennement Sokowatch, M-Kopa, Bolt (logistique et mobilité durable), Neural Labs Africa (IA en santé), Cellulant (paiements transfrontaliers), et un cadre réglementaire pionnier (Digital Financial Services Act de 2022). Cependant, son ascension masque des vulnérabilités.

Seulement 15 % des fintechs kényanes ont accès à des capitaux internationaux, et la concurrence de Kigali qui se renforce via des coûts opérationnels moindres. Pour éviter un plafonnement, Nairobi doit convertir son leadership en intégration globale- attirer des hubs régionaux de sociétés comme Visa ou PayPal, et standardiser ses innovations (mobile banking, microcrédits) à l’échelle continentale. L’enjeu est de taille: transformer l’essai d’une finance inclusive locale en modèle exportable, sans céder à la fragmentation régionale.

Lagos: 7ème africain et 105e mondial

Lagos, 7e place africaine et 105e mondiale (-5 places, +9 points), résume les contradictions nigérianes : un géant économique mais un nain financier. Malgré l’émergence de licornes fintech (Flutterwave, Opay) et une diaspora injectant 20 milliards de dollars annuels, Lagos pâtit d’un écosystème fragmenté, d’une régulation erratique (interdiction du bitcoin en 2021, levée en 2023), et d’infrastructures défaillantes. Le hub financier peine de Lagos à exploiter son potentiel démographique, tandis que des concurrents comme Accra ou Abidjan grignotent des parts de marché.

Pour inverser la tendance, Lagos doit prioriser des chantiers comme la modernisation des infrastructures portuaires et énergétiques, l’harmonisation des régulations fédérales et régionales, et la sécurisation des partenariats internationaux au-delà des traditionnels investisseurs chinois. Le défi est de taille, mais l’atout majeur reste une population jeune (60 % a moins de 25 ans) et digitalement agile, catalyseur d’une transformation encore à écrire.

Comme l’on peut le constater, le classement GFCI 37 dessine une Afrique financière en transition, où leadership et vulnérabilités coexistent. La prochaine édition sera cruciale pour évaluer l’impact des réformes en cours et de l’évolution du paysage géoéconomique mondial.

Les 7 centres financiers africains entre le 56e et 105e rang mondial

PaysCentre financierRang GFCI 37 (Monde)Rang en AfriqueÉvolution du RangÉvolution de la Note
MarocCasablanca Finance City (CFC)56e1er+1+14
MauricePort-Louis58e2ème+2+15
RwandaKigali72e3ème-5+8
Afrique du SudCape Town84e4ème0+13
Afrique du SudJohannesburg88e5ème-130
KenyaNairobi100e6ème+2+16
NigeriaLagos105e7ème-5+9

Source : Global Financial Centres Index (GFCI 37).

Par Modeste Kouamé
Le 25/03/2025 à 17h30