Guinée. Mise en exploitation du Data Center: au cœur d’une infrastructure qui «ne doit jamais cesser de fonctionner»

Bâtiment hôte du Data Center national de Guinée

Le 15/03/2026 à 16h11

Plusieurs mois après son inauguration, le Data Center national entre progressivement dans une nouvelle étape de son existence: celle de l’exploitation. Immersion au cœur d’un dispositif où la performance dépend autant des machines que des équipes qui les pilotent.

Quelques mois après sa mise en service officielle, le Data Center national continue d’attirer l’attention. Aujourd’hui, s’effectue le travail le plus délicat: celui de l’exploitation quotidienne de l’infrastructure.

Cette phase d’exploitation, essentielle au bon fonctionnement du Data Center, repose sur un équilibre délicat entre surveillance permanente, maintenance technique et capacité d’anticipation des incidents.

Serigne Mapenda Kebe, directeur général du groupe Corex, rappelle que la vie d’un projet technologique de cette envergure s’inscrit dans un cycle bien précis. «un projet c’est trois phases: programmation et construction, ce qu’on vient de boucler avec l’inauguration du data center. Il nous reste la phase d’exploitation, qui est une phase parfois reléguée au second plan, mais qui est la phase la plus importante dans la vie du data center. Parce que sur un budget global entre Capex et OPEX d’un projet par exemple, l’exploitation peut représenter plus de 90% du montant total».

Contrairement à certaines infrastructures qui peuvent être arrêtées pour des entretiens, le data center est «une infrastructure critique, donc c’est une infrastructure qui ne doit jamais s’arrêter. Cela exige des équipes compétentes, qualifiées à temps plein pour déjà prévenir les futures pannes, les anticiper et surtout améliorer les temps de relève pour que les serveurs ne s’arrêtent pas».

Une situation qui n’est pas facile, surtout dans des pays comme la Guinée qui font souvent face à des problèmes d’alimentation en électricité.

C’est pour celà que le groupe Corex est en discussion avec l’État guinéen pour l’accompagner dans cette phase-là. Il consiste en deux étapes, la partie exploitation qui est la partie gouvernance de l’infrastructure et la partie maintenance qui consiste effectivement à surveiller les équipements, faire de la prévention et surtout les réparer en cas de défaut.

Mais au-delà des considérations organisationnelles, les équipes techniques sont également confrontées à des contraintes très concrètes, notamment liées à l’énergie et à la gestion des équipements.

Reounodji Ngoniri, ingénieur et chef de projet, évoque l’un des défis les plus sensibles: la disponibilité du courant électrique.

Reounodji Ngoniri, ingénieur et chef de projet, souligne: «Voilà, l’un des problèmes majeurs, c’est la disponibilité énergétique. Aujourd’hui par exemple, pour ce projet, nous avons deux lignes d’arrivée de courant qui viennent de deux extrémités de la ville, qui sont secondées par des groupes électrogènes. Malgré tout ça, aujourd’hui, on n’a pas de courant sur les deux lignes. Donc c’est cette sensibilité de pouvoir gérer ces manques de courant pour pouvoir maintenir les équipements en fonctionnement qui constitue un défi majeur. Il y a tous ces aspects. Et la gestion également de l’obsolescence de plusieurs équipements. Parce qu’il y a tous ces équipements qui sont là et qui ont des durées de vie. Et tout exploitant qui est sur le site est censé de connaître la fonctionnalité, la durée de vie de ces équipements, de pouvoir savoir les schémas».

En attendant la phase d’exploitation à grande échelle, les discussions se poursuivent entre les différents acteurs pour organiser la gouvernance et la gestion opérationnelle du site. Serigne Mapenda Kebe précise que les efforts actuels se concentrent surtout sur le maintien des performances de l’infrastructure en attendant le démarrage officiel de l’exploitation.

Sérigne Mapenda Kébé confie: «nous sommes assez satisfaits parce qu’il n’y a pas encore beaucoup de production. Disons qu’on n’a pas encore trop passé la main à l’État guinéen».

À terme, l’enjeu sera de faire de ce Data Center un véritable pilier de l’écosystème numérique guinéen. Une ambition qui dépendra autant de la robustesse des infrastructures que de la capacité des équipes à relever les défis techniques et énergétiques du quotidien.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 15/03/2026 à 16h11