La Chine supprime les droits de douane pour tous les pays africains: les retombées économiques attendues

Un porte conteneur de l'opérateur chinois COSCO.

Le 14/02/2026 à 16h43

A compter du 1er mai 2026, les produits en provenance de 53 pays africains entreront en Chine en franchise de douane. L’annonce a été faite par le président chinois Xi Jinping dans un message adressé au Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui se déroule à Addis-Abeba les 14 et 15 février. Cette décision va avantager les deux parties. Décryptage.

Dans un contexte mondial marqué par les effets des surtaxes douanières du président américain qui touche tous les pays africains, à l’instar des autres pays du monde, l’annonce du président chinois Xi Jinping vient à point nommé. «À compter du 1er mai 2026, la Chine mettra pleinement en œuvre une mesure de zéro droit de douane à l’égard des 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle», a indiqué le président chinois Xi Jinping dans un message adressé au président en exercice de l’Union africaine, João Lourenço, ainsi qu’au président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, à l’occasion du 39e sommet de l’organisation.

En plus de cette décision, la Chine entend accélérer la conclusion d’un accord économique structurant qui va faciliter l’entrée des produits africains sur le marché chinois et la mise en place de mécanismes destinés à fluidifier les importations chinoises en provenance du continent africain. Pour le président chinois, cette franchise de droit de douane «offrira sans aucun doute de nouvelles perspectives au développement de l’Afrique».

Avant cette annonce, la Chine appliquait une politique de droits de douane nuls pour les importations en provenance de trois pays africains. L’année dernière, Pékin avait déjà annoncé son intention d’étendre cette politique tarifaire à l’ensemble de ses 53 partenaires diplomatiques sur le continent. Un seul pays africain ne profitera pas de cette franchise de douane. Il s’agit certainement de l’Eswatini, seul pays africain à reconnaitre officiellement Taïwan et à entretenir des relations diplomatiques formelles avec cette entité.

Cette décision profite aux deux partenaires. Cette décision signifie que les produits africains n’auront pas d’obstacles d’entrée en Chine. Une mesure qui ne manquera pas d’améliorer la compétitivité des produits exportés par les pays africains vers le marché chinois, l’un des plus importants au monde grâce aux 1,4 milliard de consommateurs. Ensuite, cette décision devrait se traduire par une augmentation des exportations d’origine africaine en direction de la Chine et réduire l’abyssal déficit commercial africaine vis-à-vis de la Chine.

En éliminant les barrières douanières à l’entrée des produits africains, la Chine vise plusieurs objectifs. D’abord, elle va renforcer ses relations avec le continent au moment où les États-Unis essayent d’y remettre pieds en ciblant particulièrement les minerais stratégiques du continent. La Chine consolide ainsi sa présence en Afrique tout en assurant son approvisionnement en ressources naturelles (minerais, hydrocarbures, produits agricoles…). Pékin entend améliorer la compétitivité de ses multinationales qui utilisent ses ressources importées en franchise de douane d’Afrique. Une compétitivité améliorée qui permettra aux entreprises chinoises d’être encore plus compétitives sur le marché mondial, notamment vis-à-vis des multinationales des autres pays concurrents (États-Unis, Union européenne, Japon, Turquie, Inde…) qui importent des matières premières africaines tout en supportant des droits de douane.

Enfin, cette décision prises quelques mois après la décision des États-Unis d’imposer des «surtaxes» douanières, tend à rehausser les relations diplomatiques et géopolitiques avec le continent africain.

En tout cas, la Chine étant le premier partenaire commercial du continent africain, cette décision aura des retombées sur les échanges commerciaux entre les deux parties. En 2025, les échanges commerciaux sino-africains ont atteint 348 milliards de dollars, en hausse de 17,7%, par rapport à 2024. Ces échanges sont tirés par les exportations chinoises qui ont augmenté de 25,8% à 225 milliards de dollars. Quant aux exportations africaines à destination de la Chine, elles se sont établies à 123 milliards de dollars, en hausse de 5,4%. La balance commerciale bénéficie largement à la Chine qui a réalisé un excédent commercial de 100 milliards de dollars.

Reste que cette mesure ne devrait pas réellement équilibrer la balance commerciale. Et pour cause, l’origine de ce déséquilibre commercial s’explique surtout par la nature des échanges entre les deux parties. En effet, les pays africains exportent des matières premières notamment des minerais (or, cobalt, lithium…), des produits agricoles (cacao, arachides, anacardes, animaux…) et des hydrocarbures (pétrole, gaz,…). Il s’agit globalement de produits sans valeur ajoutée. D’où la faiblesse des recettes rapportées par les exportations des pays africains.

Quant à la Chine, elle exporte principalement des produits manufacturés: les textiles, les machines, les véhicules, les équipements électroniques, les produits chimiques, les technologies vertes (panneaux solaires). la Chine est actuellement le premier exportateur pour 28 pays africains.

En conséquence, les pays africains doivent miser sur la transformation de leurs ressources naturelles afin d’augmenter la part des produits manufacturés dans leurs exportations et dégager d’avantage de valeur ajoutée dans leurs échanges avec la Chine.

Par Moussa Diop
Le 14/02/2026 à 16h43