Le Zimbabwe tente de reprendre la main sur ses exportations de lithium

une mine de lithium.

Le 26/03/2026 à 06h34

Un mois après avoir interdit les exportations de lithium, le Zimbabwe entend renforcer ses contrôles sur un secteur crucial pour son économie, une reprise en main bien accueillie sur le plan local mais qui suscite aussi des inquiétudes chez les mineurs.

Fin février, le gouvernement a pris de court les opérateurs miniers en ordonnant l’interdiction immédiate de toute exportation de minerais bruts, et notamment du lithium, ce minerai stratégique nécessaire à la fabrication de batteries de voitures électriques et dont Harare détient les plus importantes réserves du continent.

Mi-2025, le pays avait décrété une interdiction d’exporter des concentrés de lithium à compter du 1er janvier 2027, imposant de facto au secteur l’obligation de construire des usines de raffinage sur place pour produire des sulfates de lithium.

En imposant le raffinage sur son sol, le Zimbabwe entendait augmenter la valeur ajoutée du minerai et ce faisant, accroître ses revenus fiscaux tout en créant des emplois, une approche désormais partagée par de nombreux pays du continent. Le secteur contribue à près de 20% des recettes fiscales du pays.

Mais, explique le ministre des Mines Polite Kambamura, «après l’annonce de l’interdiction envisagée, le secteur a augmenté ses volumes de production et d’exportation, tandis que les demandes de permis d’exportation de lithium ont également explosé, les producteurs cherchant à écouler le plus de produits possible avant la fin du préavis». D’où le coup de poing sur la table en février.

Le ministre a également souligné que les terres contenant du lithium pouvaient aussi receler d’autres minerais comme le tantale, le béryl ou l’étain, qui, faute de contrôles et de tests par les autorités locales, échappent à la taxation.

«Sans transformation sur le territoire national, le gouvernement ne peut pas taxer avec précision l’intégralité des richesses minérales», a-t-il martelé.

L’annonce de l’interdiction d’exporter des minerais bruts à partir de 2027 n’était pas restée lettre morte: des grandes compagnies minières, notamment chinoises, ont commencé à construire ou lancé des études pour la réalisation d’usines de raffinage.

Ainsi, Prospect Lithium Zimbabwe, détenue par le chinois Zhejiang Huayou Cobalt, a investi 400 millions de dollars (340 millions d’euros) pour construire une usine de raffinage qui devrait être opérationnelle dans les prochaines semaines.

Quand bien même, le gouvernement a annoncé dans un «futur proche» l’installation de scanners aux postes-frontières pour détecter l’ensemble des minerais contenus dans les cargaisons à l’exportation, a annoncé le ministre devant le parlement.

Harare travaille aussi à l’élaboration d’une politique sur les minerais critiques et prévoit de nouvelles études pour mieux cartographier ses ressources.

Camions surchargés

L’interdiction d’exporter du lithium brut à l’horizon 2027 n’avait pas été assortie d’une loi, la rendant difficile à imposer aux miniers, relève Farai Maguwu, directeur du Centre pour la gouvernance des ressources naturelles à Harare.

«Le secteur minier est à la fois extrêmement solide et extrêmement sensible: on ne peut pas le gouverner à coups de communiqués de presse», déclare-t-il à l’AFP.

Selon lui, plusieurs signaux ont montré que le secteur s’activait pour exporter massivement des minerais bruts avant le 1er janvier 2027: «Selon des mineurs, certains camions de 30 tonnes transportant du concentré de lithium dépassaient leur charge maximale de 15 tonnes».

Des sites de stockage au Mozambique voisin, qui dispose de ports sur l’océan Indien, seraient aussi pleins à craquer de minerais du Zimbabwe.

Des responsables syndicaux ont alerté sur le fait que les mineurs pourraient pâtir de la situation actuelle.

«Pour les travailleurs, c’est la double peine: dans un premier temps à cause de cadences de production dangereuses, et maintenant en raison de la précarité de leur emploi et de leurs revenus», estime Justice Chinhema, responsable syndical du secteur minier.

Un employé de Prospect Lithium Zimbabwe a expliqué à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, que la direction était en train de revenir «aux horaires normaux de huit heures (de travail) au lieu des 11/12 heures des derniers mois». Donc sans le paiement d’heures supplémentaires.

Un employé de Bikita Minerals a indiqué à l’AFP que les travailleurs se préparaient à recevoir un maigre salaire, leur rémunération étant liée aux objectifs de production, et que certains étaient en congés forcés.

Pour le défenseur des droits humains Rashweat Mukundu, si la volonté du gouvernement de maximiser ses revenus des ressources minières est compréhensible, la méthode pourrait faire fuir de futurs investisseurs.

«Ne sommes-nous pas en train de nous exclure nous-mêmes de la compétition?» questionne-t-il.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 26/03/2026 à 06h34