«Le sujet d’alerte numéro un aujourd’hui, c’est les engrais. S’il n’y a plus d’engrais, il y a un effet sur la quantité mais aussi sur les prix. L’effet est cumulé sur l’année suivante: les récoltes se réduisent et les prix augmentent», relève M. Paugam dans un entretien à l’AFP.
«Les populations les plus pauvres sont doublement en situation d’incapacité d’accès», ajoute-t-il, alors que s’ouvre jeudi une réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Yaoundé, au Cameroun, la deuxième du genre organisée en Afrique.
Outre la situation concernant les carburants, le blocage du détroit d’Ormuz a perturbé les approvisionnements en engrais, qui sont essentiels pour l’agriculture mondiale, étant donné qu’environ un tiers des exportations mondiales d’engrais passent normalement par cette voie navigable, selon un rapport publié la semaine dernière par l’OMC.
Parmi les principaux producteurs de produits agricoles, l’Inde, la Thaïlande et le Brésil dépendent du Golfe pour respectivement 40%, 70% et 35% de leurs importations d’urée, un engrais azoté, selon la même source.
«Toutes les grandes cultures céréalières sont vulnérables, y compris pour l’alimentation animale, comme le soja», souligne M. Paugam.
Il n’y a pour l’instant pas de pénurie d’engrais parce que la guerre a débuté très récemment, note-t-il.
«Mais si les engrais du Golfe ne circulent pas, on va sentir directement un impact sur les approvisionnements des grands pays producteurs au moment où vont commencer les campagnes de plantation des récoltes qui viendront l’an prochain», explique M. Paugam, estimant que «si le détroit d’Ormuz est bloqué trois mois, l’impact sera manifeste».
«Souffrance humaine terrible»
Selon ce haut responsable de l’OMC, «il n’y a pas encore de ruptures logistiques générales sur les denrées alimentaires, sauf possiblement pour les pays du Golfe eux-mêmes, qui dépendent de ces importations».
Mais «s’il y a une aggravation de la situation, qui impacte d’autres voies commerciales, cela peut affecter aussi les flux alimentaires immédiats», prévient le Français.
Les pays en situation d’importation nette seraient en très mauvaise posture.
On retrouve parmi ces pays «une grosse partie de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique du Nord», a précisé M. Paugam. «L’Egypte, par exemple, est dépendante à au moins deux tiers de son approvisionnement en céréales», souligne-t-il, et «il y a aussi des pays comme le Sri Lanka, une partie de l’Asie du Sud».
Cet effet peut être accru si des pays font des réserves, comme lors des perturbations du commerce international durant la pandémie de Covid-19.
A l’OMC, la règle de base est que les pays ne doivent entraver les exportations d’aucun produit. Mais il est aussi dit que pour des produits vitaux comme les produits alimentaires et les produits sanitaires, il est possible, en cas de crise, de prendre des mesures restrictives aux exportations.
En 2022, après la pandémie de Covid, les membres de l’OMC avaient toutefois adopté une déclaration disant qu’il était possible de prendre de telles mesures mais avec retenue, afin d’éviter notamment les effets spéculatifs et le risque d’aggravation des pénuries.
«Il y a des pays qui, s’ils ne reçoivent plus d’importations de nourriture, meurent de faim. S’ils meurent de faim, cela engendre de la souffrance humaine terrible et potentiellement des risques de trouble politique», relève M. Paugam.
Le Covid avait fait reculer la lutte contre la faim dans le monde. Depuis, le monde avait repris sa trajectoire visant à éliminer la faim dans le monde d’ici 2030, un des objectifs adoptés par les pays membres de l’ONU en 2015.
«Mais avec les risques liés à la guerre au Moyen-Orient, il y a à nouveau un risque de décrochage», met en garde M. Paugam.





