PIB attendus en 2026: les secteurs les plus porteurs des 10 premières économies africaines

le360

Le 31/01/2026 à 10h21

La hiérarchie des économies africaines, telle qu’esquissée par les projections du Fonds monétaire international (FMI), révèle, en 2026, moins une simple course aux volumes qu’un recomposition des moteurs de croissance du continent. Et à la lecture des chiffres du produit intérieur brut se dessinent des trajectoires orientées par des choix structurels, des héritages productifs et des arbitrages macroéconomiques qui expliquent la performance relative des premières économies africaines.

En tête du classement projeté pour 2026, l’Afrique du Sud, avec un PIB nominal attendu à 401,6 milliards de dollars, conserve une position acquise de longue date. Cette primauté ne tient pas à une dynamique de croissance exceptionnelle mais à la profondeur de son appareil économique. L’Afrique du Sud demeure la seule économie du continent disposant d’un système financier pleinement intégré aux marchés internationaux, d’un marché de capitaux profond et d’un tissu industriel diversifié, allant de la métallurgie aux services financiers, en passant par l’agro-industrie et les télécommunications.

Malgré des contraintes lourdes, notamment dans le secteur énergétique et sur le marché du travail, cette base productive continue d’assurer un socle de richesse élevé, relativement résilient aux chocs conjoncturels.

À quelques milliards de dollars près, l’Égypte s’impose comme le principal concurrent continental de l’Afrique du Sud, avec un PIB projeté à 399,5 milliards de dollars. La performance égyptienne repose avant tout sur une stratégie d’investissement public massif, engagée depuis près d’une décennie.

Les grands projets d’infrastructures, qu’ils concernent les transports, l’énergie ou les zones industrielles, ont profondément modifié l’échelle de l’économie. Le pays bénéficie également d’une position géographique stratégique, au croisement des flux commerciaux euro-méditerranéens, africains et moyen-orientaux, avec le Canal de Suez comme actif structurant. Cette trajectoire reste toutefois étroitement liée à des équilibres macro-financiers fragiles, marqués par un niveau d’endettement élevé et une dépendance accrue aux financements extérieurs.

Troisième économie africaine en 2026 selon le FMI, le Nigeria atteindrait 334,3 milliards de dollars de PIB. Ce rang reflète autant l’ampleur de son potentiel que les limites de son modèle actuel. Première population du continent, le Nigeria dispose d’un vaste marché intérieur et d’un secteur privé dynamique, notamment dans les services, la finance et les industries créatives.

Cependant, la performance économique globale reste bridée par une dépendance persistante aux hydrocarbures, des contraintes sur la production pétrolière et une instabilité macroéconomique récurrente. Les réformes récentes, en particulier sur le régime de change et les subventions énergétiques, visent à rétablir des équilibres plus soutenables, mais leurs effets sur la croissance agrégée demeurent progressifs.

Rang en AfriquePaysPIB projeté en 2026 (milliards de dollars)
1Afrique du Sud401,6
2Égypte399,5
3Nigeria334,3
4Algérie285,0
5Maroc196,1
6Kenya140,9
7Éthiopie125,7
8Ghana113,5
9Côte d’Ivoire111,5
10Angola109,9

Au quatrième rang, l’Algérie afficherait un PIB de 285,0 milliards de dollars. Cette performance repose largement sur la valorisation de ses ressources énergétiques, dans un contexte international encore favorable aux exportateurs d’hydrocarbures. Les recettes tirées du pétrole et du gaz ont permis de soutenir la dépense publique et de stabiliser les équilibres extérieurs.

Néanmoins, la structure de l’économie algérienne demeure fortement concentrée, et la question de la diversification productive constitue le principal enjeu de soutenabilité à moyen terme, à mesure que la transition énergétique mondiale s’accélère.

Cinquième économie africaine projetée pour 2026, le Maroc atteindrait un PIB de 196,1 milliards de dollars. Sa performance s’explique par une trajectoire plus équilibrée que celle de nombreuses économies comparables.

Depuis le début des années 2000, le Maroc a progressivement construit un modèle fondé sur l’industrialisation, l’attraction d’investissements directs étrangers et l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Les filières automobile et aéronautique, les phosphates transformés, les énergies renouvelables et les services exportables ont permis d’élargir la base productive.

Cette diversification, conjuguée à une stabilité macroéconomique relative, confère au pays une capacité d’absorption des chocs plus élevée, même si les contraintes climatiques et sociales pèsent sur les perspectives de long terme.

Avec un PIB projeté à 140,9 milliards de dollars, le Kenya s’affirme comme un centre économique régional. Sa performance repose sur un secteur tertiaire dynamique, un écosystème numérique en expansion et un rôle de plateforme logistique pour l’Afrique de l’Est.

Toutefois, l’endettement public et les déséquilibres budgétaires rappellent la fragilité d’un modèle encore dépendant des flux de capitaux extérieurs.

L’Éthiopie, avec 125,7 milliards de dollars projetés, illustre une trajectoire singulière. Malgré des tensions politiques récentes, le pays demeure porté par son poids démographique et par des investissements industriels significatifs. Les parcs industriels et les infrastructures de transport ont élargi la capacité productive, mais la soutenabilité de cette croissance dépendra de la stabilité institutionnelle et de l’ouverture financière progressive de l’économie.

Le Ghana, projeté à 113,5 milliards de dollars, et la Côte d’Ivoire, à 111,5 milliards, incarnent la montée en puissance d’un second cercle d’économies africaines. Leur performance repose sur une combinaison de ressources agricoles, d’industrialisation progressive et d’amélioration du climat des affaires. Ces trajectoires demeurent toutefois sensibles aux chocs exogènes, qu’ils soient climatiques ou liés aux cours des matières premières.

Cependant, l’Angola, dixième avec 109,9 milliards de dollars, continue de dépendre largement du secteur pétrolier. Les efforts de diversification engagés ces dernières années n’ont pas encore profondément modifié la structure de l’économie, même si une stabilisation macroéconomique relative est observable.

Pris dans leur ensemble, ces dix premiers PIB africains en 2026 ne racontent pas une Afrique uniforme, mais un continent aux trajectoires économiques différenciées. Les performances des pays en tête du classement s’expliquent moins par des taux de croissance spectaculaires que par l’accumulation progressive de capacités productives, d’infrastructures et d’institutions économiques. À ce titre, la taille du PIB demeure un indicateur de poids, mais non un gage automatique de développement inclusif ou de soutenabilité.

La hiérarchie projetée pour 2026 suggère ainsi une Afrique entrée dans une phase de maturation économique, où la question centrale n’est plus seulement celle de la croissance, mais celle de sa qualité, de sa résilience et de sa capacité à transformer durablement les structures productives du continent.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 31/01/2026 à 10h21