Risque pays 2026. Classement d’Allianz Trade de 10 économies africaines: Maroc, Afrique du Sud, Égypte et Nigeria

Entre l'Algérie, la Côte d'Ivoire, l'Egypte, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Maroc et quatre autres pays africains, Allianz Trade nous dit quel pays affiche le niveau de risque le plus élevé pour les entreprises.

Le 18/02/2026 à 11h35

Dans un continent où la croissance moyenne demeure robuste, mais où les écarts entre les économies à risque faible et celles à risque élevé se creusent, la sélectivité géographique et sectorielle n’est plus une option – elle s’impose comme le nouveau paradigme de la réussite économique en terre africaine.

Dans son Country Risk Atlas 2026, Allianz Trade évalue le risque de non-paiement pour les entreprises dans 83 pays, dont 13 économies africaines clés. Dans le cadre de cet article, nous nous sommes focalisé sur 10 économies à savoir l’Algérie, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie.

Si l’année 2025 a vu une amélioration globale du risque-pays mondial, l’Afrique présente des contrastes saisissants: du Maroc solide (B1) à la Tunisie fragile (D4), en passant par le Sénégal miné par une dette cachée, analysons les dynamiques à l’œuvre.

À plus long horizon, le Country Grade (de AA à D) intègre trois piliers: les déséquilibres macroéconomiques (Macroeconomic Risk), la qualité de l’environnement des affaires (Structural Business Environment), et la stabilité politique (Political Risk), incluant des facteurs tels que la cohésion sociale ou la convertibilité des devises.

En 2025, ce cadre révèle un paradoxe mondial: malgré les tensions commerciales, géopolitiques et fiscales, le risque global s’est amélioré. 36 économies ont été upgradées (dont l’Argentine, l’Espagne et le Vietnam), contre seulement 14 dégradées (Belgique, France, États-Unis…).

Notations de risque et performances d’économies africaines

PaysRisque pays (Allianz)Croissance PIB 2026Inflation 2026Dette publique (% PIB)Déficit budgétaire (% PIB)
MarocB1 (Low)+3.7%1.0%70% en 2024 et devrait atteindre 65% d’ici 2027-4.9%
Côte d’IvoireB2 (Medium)+5.5%1.8%devrait atteindre 55% en 2026-3.1%
Afrique du SudB3 (Sensitive)+1.3%3.4%78%-5.6%
AlgérieC2 (Medium)+2.9%3.5%devrait augmenter de 12% en glissement annuel en 2025 et atteindre 80% d’ici 2030-12%
KenyaC3 (Sensitive)+4.5%4.5%68.8%-5.9%
NigeriaC3 (Sensitive)+3.7%12.9%--4.7%
ÉgypteD3 (Sensitive)+4.7%10.5%97%-8%
SénégalD3 (Sensitive)+5.8%1.9%132%-7%
GhanaC4 (High)+4.3%6.2%59%-1.9%
TunisieD4 (High)+1.9%>5%--5.3%

Source: Allianz Trade.

C’est le lieu de souligner que l’évaluation du risque-pays par Allianz Trade repose sur une méthodologie combinant 35 indicateurs (17 à court terme et 18 à moyen terme), structurés en deux échelles complémentaires. La notation court terme (Country Risk Level), graduée de 1 (risque faible) à 4 (risque élevé), cible les vulnérabilités immédiates via le risque commercial (Commercial Risk Indicator) et financier (Financing Flows Indicator).

Une résilience qui s’explique par des mécanismes d’adaptation inédits: politiques monétaires et budgétaires accommodantes, désinflation progressive, et stratégies de diversification commerciale atténuant les chocs. Toutefois, Allianz Trade met en garde: «les améliorations masquent des risques persistants, concentrés dans des marchés influents», soulignant que sept pays clés (dont les États-Unis et le Brésil), représentant 31,6% du PIB mondial, ont vu leur environnement macroéconomique se détériorer. Cette dynamique exige des entreprises une approche granulaire et prospective pour anticiper les points de rupture, au-delà des notations agrégées.

Le paysage économique africain révèle trois pôles distincts selon le risque-pays évalué par Allianz Trade. En premier, figurent les performants (risque faible à moyen). Ces économies se caractérisent par une résilience ancrée dans la diversification et la stabilité institutionnelle. Le Maroc (B1) domine ce groupe avec une inflation maîtrisée à 1%, des réserves de change records et un statut de hub industriel pour l’UE (500 000 véhicules exportés en 2023), bien que son chômage des jeunes (35%) et sa vulnérabilité climatique persistent.

La Côte d’Ivoire (B2) affiche une croissance robuste (+5.5% en 2026), portée par le cacao et le pétrole (production augmentée de 50% en 2024), soutenue par une notation BB de Fitch et une dette déclinante (55% du PIB), malgré un secteur informel omniprésent (90% des emplois). L’Afrique du Sud (B3), malgré une croissance atone (+1.3%), renforce sa crédibilité via des réformes infrastructurelles et sa sortie de la « liste grise » du GAFI, avec une dette majoritairement libellée en rand (90%), atténuant les risques de change.

Après les pays «performants» l’on trouve les vulnérables (risque sensible). Ces économies présentent des dynamiques de croissance sous tension, minées par des fragilités structurelles. L’Algérie (C2) cumule un déficit budgétaire record (-12% du PIB) et une dépréciation parallèle du dinar (-60% face au dollar), sa rente gazière (2e fournisseur européen) étant sapée par la domination des entreprises publiques (créances douteuses supérieure à 20%).

Le Kenya (C3) voit sa dette publique grimper à 68.8% du PIB (dont 50% en devises), tandis que les prêts non-performants bancaires atteignent 17.6%, exacerbant les négociations tendues avec le FMI. Au Nigeria (C3), la hausse de la production pétrolière (+4.9%) et la raffinerie Dangote contrastent avec un déficit persistant (-4.7%) et une dépendance aux hydrocarbures (90% des exportations).

L’Égypte (D3) bénéficie de soutiens financiers notamment du Qatar et du FMI et d’une inflation en repli (10.5%), mais sa dette publique (97% du PIB) et le chômage des jeunes restent alarmants. Le Sénégal (D3), affichant une croissance insolente (+7.8%), masque une dette sous-évaluée (132% du PIB) et un risque aigu de défaut sur ses Eurobonds 2026.

La troisième catégorie concerne les économies en difficulté (risque élevé). Ces pays font face à des défis systémiques. Le Ghana (C4), malgré un rebond post-défaut 2022 et une appréciation du cedi (+27%), conserve une dette élevée (59% du PIB en 2026) et des prêts non-performants bancaires à 19.5%. La Tunisie (D4), isolée financièrement après son refus d’un programme FMI, dépend dangereusement du financement domestique, alimentant l’inflation et fragilisant les banques (créances douteuses à 14.7%), tandis que le chômage des jeunes (40%) et l’interventionnisme étatique étouffent le secteur privé.

Trois catégories qui soulignent une réalité africaine: la performance économique reste tributaire de la capacité à transformer les richesses naturelles en diversification réelle, à maîtriser l’endettement, et à contenir les pressions sociales.

L’analyse de ces dix économies africaines révèle des dynamiques structurelles convergentes qui transcendent les frontières nationales. Parmi les atouts structurants, l’abondance des ressources naturelles constitue un pilier incontournable: le gaz algérien (2e fournisseur européen par pipeline), l’or ghanéen (dont les prix ont bondi de +65% en 2025), les phosphates marocains (+20% de croissance à l’export) et le pétrole sénégalais (3-4 millions de barils/mois) dopent les balances commerciales. La diversification économique émerge comme différentiel clé, illustrée par le Maroc (leader automobile africain) et la Côte d’Ivoire, qui réduisent leur vulnérabilité aux chocs de termes de l’échange.

En parallèle, les innovations financières se multiplient: le Kenya convertit sa dette dollar en renminbi (économie de 215 millions de dollars/an), tandis que l’Égypte et l’Algérie émettent des sukuk (2,3 milliards de dollars et 1,5 milliards de dollars respectivement) pour contourner les contraintes de liquidité.

Cependant, des défis récurrents entravent la résilience à moyen terme. La dette et les déficits atteignent des niveaux critiques: l’endettement dépasse 70% du PIB dans six pays (dont 97% en Égypte), tandis que les déficits budgétaires plombent l’Algérie (-12%) et le Sénégal (-13,4%), grevant les marges de manœuvre fiscales. L’environnement des affaires pâtit de l’omniprésence étatique: en Algérie, les créances douteuses bancaires ( supérieurs à 20%) reflètent l’étouffement du secteur privé; en Tunisie, le financement forcé par la banque centrale alimente l’inflation et l’économie informelle (90% des emplois en Côte d’Ivoire) mine la base fiscale.

Enfin, les périls politico-sociaux forment une chape de plomb: le chômage des jeunes culmine à 35-40% (Maroc, Tunisie), les instabilités régionales menacent le Sahel (Côte d’Ivoire) et le bassin du lac Tchad (Nigeria), et la défiance envers les réformes (manifestations anti-FMI au Kenya) freine les ajustements structurels.

Le constat d’Allianz Trade est sans appel: «la résilience et la fragilité coexistent» sur le continent, où des vulnérabilités systémiques se nichent au cœur même d’économies dynamiques comme le Sénégal (+7,8% de croissance mais dette à 132% du PIB) ou l’Égypte (soutiens financiers massifs mais chômage structurel). Dans ce contexte, trois impératifs stratégiques s’imposent aux entreprises.

Premièrement, surveiller la liquidité sous toutes ses formes: risques de convertibilité des devises en Algérie (dinar parallèle à -60%), adéquation des réserves de change au Kenya, ou capacités de refinancement de la dette tunisienne (750 millions d’euros d’Eurobonds à échéance mi-2026).

Deuxièmement, anticiper les ruptures par une veille proactive: chocs climatiques susceptibles de déstabiliser l’agriculture marocaine ou sud-africaine, tensions sociales latentes au Ghana (post-élections) ou en Tunisie, ou restructurations de dette imprévues comme au Sénégal. Troisièmement, cibler les niches de croissance résiliente: le hub logistique sud-africain (trafic de conteneurs +328% en 2025), l’écosystème automobile marocain (intégré aux chaînes de valeur européennes), ou l’agro-transformation ivoirienne (seulement 45% du cacao traité localement).

Ainsi, au-delà des notations agrégées, une approche granulaire et prospective est plus que vitale pour transformer la conscience du risque en avantage compétitif sur le continent.

Vulnérabilités structurelles et atouts clés

PaysDéfis majeursAtouts stratégiques
MarocChômage jeunes (35%), vulnérabilité climatiqueHub industriel UE, phosphates (+20% export)
Côte d’IvoireSecteur informel (90% emplois), SahelCacao/pétrole, croissance robuste (+5.5%)
Afrique du SudInégalités sociales, tarifs douaniers USHub logistique (+328% trafic), réformes
AlgérieTaux de change parallèle du dinar par rapport au dollar américain inférieur de plus de 60% au taux officiel, ce qui ajoute aux risques potentiels de dévaluation; NPL >20%Gaz (2e fournisseur UE); réserves de gaz estimées à 28 ans au rythme actuel d’extraction
KenyaDette en devises (50%), NPL 17.6%Innovations financières (swaps dette)
NigeriaDépendance pétrole (90%), insécurité NordRaffinerie Dangote, population (232 millions)
ÉgypteDette élevée (97% PIB), chômage jeunesSoutiens Qatar/FMI, inflation en baisse (10.5%)
SénégalDette cachée (132% PIB), risque de défaut de paiement des créanciers externes en 2026 s’intensifiePétrole (3-4M barils/mois), croissance (+7.8%)

Source: Allianz Trade.

Par Modeste Kouamé
Le 18/02/2026 à 11h35