Sénégal. Valorisation des ressources agricoles locales: les femmes à l’avant-garde, les contraintes en embuscade

Des jus préparés à partir de produits naturels locaux.

Le 31/03/2026 à 12h04

VidéoÀ Rufisque, dans la banlieue de Dakar, des femmes entrepreneures redéfinissent l’agriculture locale. À travers la transformation de produits agricoles, elles développent des activités génératrices de revenus, assurent leur autonomie financière et dynamisent l’économie de leurs communautés. Un élan porté par la volonté de valoriser les ressources locales.

Khady Ngonè Seck, engagée dans le développement à Rufisque, insiste sur la nécessité de produire et consommer local. «Il est essentiel que nous assurions une bonne production de nos aliments et de nos produits locaux. Les femmes doivent également cesser de se tourner vers des produits importés et s’ancrer davantage dans nos réalités, nos racines. Il faut mieux connaître nos produits, les valoriser et ne plus avoir de complexe à les consommer.»

Au sein de la coopérative d’habitat Keppa des artisans de Rufisque, ces initiatives prennent une dimension collective et structurée. En visite sur place, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Souveraineté alimentaire, Mabouba Diagne, a salué un modèle inspirant. Selon lui, l’atteinte de la souveraineté alimentaire repose en grande partie sur l’engagement, l’innovation et le savoir-faire de ces femmes, véritables actrices de la chaîne de valeur agricole.

Le ministre a également appelé à une meilleure organisation des acteurs. «Je demande à la présidente de la coopérative, au sous-préfet ainsi qu’aux deux maires de me fournir la liste de tous les GIE et des coopératives existant dans la zone et ne disposant pas encore de l’autorisation de fabrication et de mise en vente. Si vous souhaitez bénéficier de mon soutien, comme le recommandent le Président de la République et le Premier ministre, vous devez vous unir. Vous, les femmes, êtes le moteur de notre développement.»

Au sein de cette coopératives, ces industrielles transforment les fruits en jus, marmelade et confiture; les céréales en couscous; le piment en purée; le maïs en couscous, l’arachide grillée ou caramélisée. Elles produisent aussi du couscous à partir de certaines céréales et élaborent des jus à base de bissap, de pain de singe, entre autres. À travers ces activités, elles transforment les matières premières locales en produits à forte valeur ajoutée.

Au-delà de la production, ces transformatrices apportent une valeur ajoutée significative aux produits locaux, améliorant leur conservation, leur qualité et leur attractivité sur les marchés. Un potentiel économique important, encore freiné par certaines contraintes, notamment l’accès au financement, la disponibilité de fonds adaptés et le manque d’équipements modernes.

Sur le terrain, ces difficultés se font toujours sentir, comme le souligne Kany Gueye: Secrétaire général de KEPAR de Sangalkam, «l’écoulement des produits se fait principalement sur les marchés locaux. Pour l’exportation, nous sommes confrontés à des difficultés liées à l’autorisation de fabrication et de mise en vente, pourtant essentiel pour mieux valoriser nos produits, notamment en termes de qualité et d’hygiène. Le code-barres permet également une meilleure commercialisation dans les supermarchés. Lorsqu’un produit est étiqueté avec un code-barres, le prix s’affiche automatiquement à la caisse.»

Malgré ces défis, leur détermination reste intacte. Innovantes et résilientes, ces femmes poursuivent le développement de leurs activités avec l’ambition de conquérir de nouveaux marchés. Elles plaident pour un accompagnement renforcé afin de libérer pleinement ce potentiel et faire de la transformation agricole un véritable levier de croissance inclusive, de création d’emplois et de souveraineté alimentaire au Sénégal.

Par Moustapha Cissé (Dakar, correspondance)
Le 31/03/2026 à 12h04