Tournée africaine du dirigeant qatari d’Al Mansour Holding: plus de 100 milliards de dollars de promesses d’investissements

Le périple africain de Cheikh Mansour bin Jabor Jassim Al Thani, fondateur et dirigeant du conglomérat qatari Al Mansour Holding.

Le 30/08/2025 à 12h50

A chaque étape de son périple africain, Cheikh Mansour bin Jabor Jassim Al Thani, fondateur du groupe Al Mansour, annonce des intentions d’investissements. Alors que quatre pays n’ont pas encore reçu ce membre de la famille royale qatarie, le montant de ces promesses dépasse les 100 milliards accordés prioritairement aux minerais et aux hydrocarbures. Pour l’heure, ce sont des annonces qui restent à concrétiser.

C’est une tournée qui laissera certainement des traces, ne serait-ce que par les exceptionnelles promesses d’investissements de la tentaculaire mastodonte qatarie Al-Mansour Holding, un conglomérat de 100 holdings qui s’appuie sur 300 milliards de dollars dédiés à l’Afrique et à l’Asie.

Les promesses d’investissements annoncées à chacune des étapes de ce périple devant conduire dans dix pays le dirigeant de ce conglomérat Cheikh Mansour bin Jabor Jassim Al Thani, cousin de l’émir du Qatar, sont tout simplement pharamineuses.

Avant et pendant cette tournée africaine, ces intentions dépassent actuellement les 100 milliards de dollars. Un montant qui devrait augmenter lors de la visite des autres pays où de tels engagements devraient également faire l’objet d’annonces.

Au Mozambique, les accords de partenariat signés ont porté sur 20 milliards de dollars. Selon la présidence mozambicaine, ces investissements cibleront «l’énergie, l’agriculture, le pétrole et le gaz, les énergies renouvelables, les infrastructures, la pêche, l’élevage, le tourisme, le logement, les hôpitaux et la logistique».

Au Zimbabwe, le fonds qatari a promis 19 milliards de dollars dans divers secteurs dont l’énergie avec un projet hydroélectrique de 500 millions de dollars. Lors de l’étape zimbabwéenne, Al Mansour Holding a acquis près de 20% d’Invictus Energy, une petite société d’exploration pétrolière et gazière cotée en bourse en Australie et détenant une seule concession pour une découverte de gaz au Zimbabwe. Outre la prise de participation évaluée à 24,5 millions de dollars, la holding qatarie s’est engagée à financer jusqu’à 500 millions de dollars pour le développement du gisement de gaz de ce pays.

En Zambie, les investissements programmés devraient atteindre 19 milliards de dollars couvrant 11 domaines économiques dont le pétrole, le gaz,….

Et lors de l’étape botswanaise, des promesses d’investissements de 12 milliards de dollars ont été annoncées. «Ce partenariat transformateur couvre les infrastructures, l’énergie, l’exploitation minière, l’industrie du diamant, l’agriculture, le tourisme, la cybersécurité et la défense, favorisant la stabilité économique, la diversification et la prospérité à long terme», a déclaré le président du Botswana Duma Boko.

Ainsi, dans ces quatre pays d’Afrique australe, ce sont des promesses d’investissements de 70 milliards de dollars qui ont été annoncées.

A ces montants, il faut ajouter les 12 milliards de dollars d’investissements promis au Burundi et plus de 21 milliards de dollars d’investissements qui ont été annoncés pour la République démocratique du Congo (RDC), bien avant ce périple et qui résulteraient d’une précédente rencontre entre le dirigeants d’Al Mansour et le président Félix Tshisekedi.

Le Cheikh et sa délégation son attendus du 1er au 3 septembre à Kinshasa. La visite du Cheikh en RDC devrait se traduire par l’annonce du financement de la mise en œuvre d’une série de mémorandums d’entente (MoU) et protocoles d’accord déjà signés entre la RDC et le Qatar. Parmi les projets annoncés figurent les modernisations des aéroports de N’Djili, Lubumbashi et Goma, la réhabilitation des ports de Matadi, Kinshasa et Boma, des partenariats dans l’énergie, les télécommunications et bien évidemment dans le secteur des minerais.

Au total, ce sont plus de 100 milliards de dollars d’investissements qui ont été promis à six pays africains, en attendant les autres étapes du périple dont celui de la Tanzanie où le Cheikh a séjourné durant deux jours et d’autres pays où il est attendu.

Pour les pays africains, cette tournée et ces investissements viennent à point nommé au moment où l’aide américaine s’est fortement réduite pour ne pas dire tarie pour de nombreux pays africains et que les investissements directs étrangers (IDE) ne sont à la hauteur des espérances.

Dans ce contexte, les promesses d’investissements qataris constituent une aubaine pour ces pays africains qui ont tant besoin de ces financements pour exploiter leurs importantes ressources naturelles et combler leur déficit en infrastructures.

Reste que pour le moment, ces montants colossaux ne sont que des promesses d’investissements dont certains peuvent ne pas se concrétiser. Les pays africains ont connu trop d’annonces spectaculaires restés lettres mortes. Et pour cause, entre les intentions et les réalisations, le chemin à parcourir est semé de nombreux obstacles politiques, sécuritaires, administratifs, géopolitiques…

Pour le Qatar, à l’instar des autres pays du Golfe, ces investissements pourraient garantir des approvisionnements en ressources minières et hydrocarbures, mais aussi en revenus provenant de ces investissements.

Tous ces investissements seront réalisés par le fonds d’investissement Al Mansour Holding. Cette offensive rentre dans le cadre de la volonté des dirigeants qataris de diversifier la géographie de leurs investissements en ciblant particulièrement l’Afrique, un continent riche en ressources minières et en hydrocarbures.

Au-delà, ces investissements colossaux constituent une opportunité pour les pays africains à un moment où l’influence et les investissements des pays occidentaux déclinent. Outre l’apport financier, ces investissements augmentent de manière conséquente l’influence des pays du Golfe en Afrique.

On comprend alors le rôle grandissant de ces pays dans les tentatives de règlement des différends politiques entre pays africains. C’est ainsi que le Qatar joue un rôle fondamental dans les négociation de paix entre la RDC et le Rwanda, d’une part, et entre la RDC et les groupes rebelles de l’Est du pays, le Mouvement du 23 mars (M23) et l’Alliance du Fleuve Congo (AFC).

Cheikh Mansour bin Jabor Jassim Al Thani a mis l’accent sur une communauté engagée à façonner un avenir dans lequel l’Afrique et le Moyen-Orient grandissent ensemble.

En concurrence également avec les autres pays du Golfe, le Qatar semble décider à les devancer en s’engageant dans des investissements tous azimuts en Afrique centrale et australe, notamment dans les secteurs miniers, hydrocarbures, agriculture, infrastructures…

Les autres pays du Golfe ne comptent pas laisser le terrain au Qatar. En marge même de la visite du dirigeant du groupe Al Mansour en Afrique centrale et australe, Sheikh bin Zayed Al Nahyan, l’émir des Emirats Arabes Unis est arrivé le 24 août 2025 en Angola pour une visite de deux jours. Lors de cette visite, les deux pays ont signé 44 accords d’une valeur de 6,5 milliards de dollars.

C’est dire que la guerre des pays du Golfe pour le contrôle des richesses du continent est bien lancée. Il s’agit de la matérialisation de l’alliance entre les pays du Golfe et des pays occidentaux, notamment des Etats-Unis pour le contrôle de certaines richesses du continent, notamment les minerais critiques (cobalt, lithium, manganèse,….). En octobre 2023,

Le sérieux Wall Street Journal annonçait que les Etats-Unis et l’Arabie saoudite élaborent un accord commun dans le but d’acquérir un certain nombre d’actifs miniers en Afrique dans le but de sécuriser leurs approvisionnements en minerais stratégique et en métaux rares indispensables à la transition énergétique.

Par Moussa Diop
Le 30/08/2025 à 12h50