Uranium. «Nous n’avons hérité que de déchets toxiques»: à Niamey, la bataille juridique contre Orano entraîne des réactions en chaîne

Un Nigérian tient une pancarte sur laquelle il est écrit «Ne pas toucher !! Uranium, c'est ma vie » lors d'une manifestation  à Niamey.

Un Nigérian tient une pancarte sur laquelle il est écrit «Ne pas toucher !! Uranium, c'est ma vie» lors d'une manifestation à Niamey

Le 13/02/2026 à 11h35

VidéoLes différends, portés devant les tribunaux, entre l’Etat du Niger et le Français Orano chargé de l’exploitation de l’uranium, se complexifient à coup d’accusations et de contre-accusations. Début janvier, le ministre nigérien de la Justice a installé un comité d’experts chargé de recenser les infractions dont serait rendue coupable la firme. A Niamey, on évoque désormais des atteintes à l’environnement et à la santé des populations qui viennent se greffer à l’aspect financier.

Le bras de fer judiciaire entre l’État du Niger et le groupe français de l’uranium ORANO franchit une nouvelle étape. «Le Niger a décidé d’initier des procédures judiciaires contre Orano devant les juridictions nationales et étrangères afin d’obtenir condamnation et réparation des préjudices subis», a déclaré Alio Daouda, le ministre nigérien de la Justice qui a officialisé la mise en place d’un comité d’experts chargé de recenser les plaintes et contentieux contre le Français Orano.

«Ce comité a pour objectif de documenter et de quantifier les différentes infractions liées à Orano dans le cadre de son exploitation de l’uranium du pays. Ces infractions touchent dans les domaines de la santé, de l’environnement et de l’économie», explique Mourtala Mahamadou Guimba, analyste politique.

Les autorités nigériennes estiment que l’exploitation de l’uranium par Orano aurait causé des préjudices non négligeables notamment sur le plan environnemental.

En décembre dernier, les autorités nigériennes ont annoncé la découverte de 400 tonneaux contenant des carottes radioactives ont été découvertes à Madaouela, dans le département d’Arlit. Une matière hautement toxique qui met en péril la santé des populations, explique Alio Daouda. Il pointe du doigt la responsabilité d’Orano, anciennement appelé Areva.

Il faut rappeler que l’exploitation de l’uranium au Niger est au centre d’un bras de fer entre la junte qui a pris le pouvoir en 2023 à Niamey et l’ancienne puissance coloniale française, qui détient 90% du capital d’Orano. Encore inférieur à 66.000 dollars la tonne en janvier 2021, le prix spot de l’uranium a presque triplé pour dépasser 180.000 dollars la tonne fin 2025.

A Niamey, les citoyens et les responsables de la société civile nigérienne saluent cette initiative. «Nous avons hérité que des déchets toxiques après des décennies d’exploitation de notre uranium par Orano. Nous saluons donc cette décision de nos autorités», explique Amadou Tijani, citoyen nigérien.

Le Niger fournit 4,7% de la production mondiale d’uranium naturel, selon des chiffres de 2021 de l’agence d’approvisionnement d’Euratom.

«Je pense qu’il est temps qu’Orano réponde de ses actes devant les tribunaux nationaux et internationaux compétents. Elle n’a pas été honnête dans l’extraction de notre uranium, qui au lieu de profiter effectivement au développement du pays, est aujourd’hui synonyme de contamination et dévastation des citoyens», ajoute Abdoulaye Adamou, également citoyen nigérien.

Le géant français de l’uranium avait déjà accusé Niamey de l’avoir exproprié de sa filiale nigérienne et a engagé plusieurs procédures judiciaires, affirmant en septembre dernier que l’une d’entre elles avait abouti à une décision en sa faveur. Orano a récemment promis de poursuivre ses actions juridiques contre l’État nigérien, mais aussi contre «quiconque voudrait mettre la main» sur ce stock d’uranium qui vaudrait selon lui 300 millions d’euros

Par Aboubacar Sarki (Niamey, correspondance)
Le 13/02/2026 à 11h35