C’est le 2 avril 2025, à la Maison Blanche, que le président a prononcé son discours sur les tarifs douaniers réciproques qui seront appliqués aux importations américaines, tenant encore une fois une de ses promesses électorales. Il vient d’appliquer des droits de douane à 185 pays dont 51 africains. Des tarifs douaniers qui varient de 10%, un droit de douane plancher pour toutes les importations, jusqu’à 50% pour certains pays. Des taux fixés en fonction de ceux pratiqués par les pays tiers sur les produits importés des États-Unis. Ces nouveaux tarifs douaniers entreront en vigueur le 5 avril pour ceux fixés à 10% et le 9 du même mois pour les autres.
«Nous subventionnons de nombreux pays et les soutenons dans leurs activités. Pourquoi faisons-nous cela? À quel moment pouvons-nous dire qu’il faut travailler pour soi-même?» s’est interrogé Donald Trump dans une allocution à la Maison Blanche.
À travers ces nouveaux tarifs douaniers qui touchent les partenaires commerciaux les plus importants, Union européenne (20%), Chine (34%), Japon (24%), mais aussi des partenaires de moindre importance dont les pays africains, Trump veut rendre les produits américains plus compétitifs et réduire l’abyssal déficit commercial des États-Unis vis-à-vis du reste du monde.
En 2024, les États-Unis ont enregistré un déficit commercial de 918 milliards de dollars, en hausse de 17% par rapport à l’année précédente, que Trump a qualifié d’«urgence nationale qui menace notre sécurité et notre mode de vie.»
Selon certains analystes, ces droits de douane pourraient générer des revenus annuels allant jusqu’à 600 milliards de dollars, en plus de stimuler l’industrie américaine et de ramener des emplois dans le secteur manufacturier.
En 2024, les États-Unis ont enregistré un déficit commercial de 918 milliards de dollars, avec le reste du monde, en hausse de 17% par rapport à l’année précédente.. DR
Globalement, les taux des droits de douane décidés par le président américain sont équivalents à la moitié de ceux appliqués par les pays tiers sur les importations en provenance des États-Unis. Trump explique que «ce n’est pas une réciprocité totale, c’est une réciprocité en douceur». Pour les pays qui appliquent des droits de douane faibles sur les produits américains importés de 10% comme le Maroc, Singapour, le Royaume-Uni, Honduras, les Émirats arabes unis… les États-Unis appliquent désormais la réciprocité avec un droit de douane équivalent.
Dans tous les cas, ces tarifs douaniers vont rendre les exportations des pays concernés vers les États-Unis relativement moins compétitifs par rapport aux produits américains et à ceux des pays n’ayant pas subi de droit de douane.
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Et pour les pays africains, dont 51 figurent sur la liste de Trump, ils devront faire face à des coûts plus élevés pour accéder au marché américain. Pire, ces taxes signent la fin de l’African Growth and opportunity Act (Agoa) -Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique-, une loi du Congrès américain adoptée en mai 2000 et signée par le président Bill Clinton. L’Agoa offre aux pays d’Afrique subsaharienne éligibles un accès en franchise de droits de douane au marché américain pour plus de 1.800 produits.
Désormais, les produits africains exportés vers les États-Unis, à quelques exceptions près, subiront des droits de douane au moins égaux à 10% mais pouvant même atteindre 50% pour certains pays.
Aux côtés des petits pays africains lourdement taxés, réciprocité oblige, comme le Lesotho (50%), Maurice (40%) et le Botswana (37%) qui exportent peu de produits vers l’oncle Sam, figurent aussi l’Afrique du Sud et l’Algérie (30%).
L’Afrique du Sud, déjà dans la ligne de mire de l’équipe Trump et Elon Musk le milliardaire d’origine sud-africain, va trinquer. Et pour cause, le pays était jusqu’à présent le principal bénéficiaire africain de l’Agoa avec 3,6 milliards de dollars en 2023, dont une grande partie dans le secteur de l’automobile où 125.000 emplois directement ou indirectement liés à cet accord sont menacés.
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L’un des secteurs qui sera le plus affecté sera celui de l’automobile. Les États-Unis, second partenaire commercial de l’Afrique du Sud, sont la principale destination des voitures produites en Afrique du Sud.
Au-delà des exportations, ces tarifs peuvent dissuader des multinationales à s’implanter en Afrique du Sud pour exporter leurs produits vers les États-Unis. Outre l’automobile, les produits agricoles sud-africains seront également durement affectés par ces taxes.
D’ailleurs, juste après l’annonce des nouvelles taxes, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé le besoin urgent d’un nouvel accord commercial bilatéral avec les Washington, soulignant que les «droits de douane unilatéralement imposés et punitifs sont une préoccupation et constituent des barrières au commerce et à la prospérité partagée.»
Outre l’Afrique du Sud, l’Algérie aussi sera durement touchée par ces tarifs douaniers. En effet, Trump a décidé d’un tarif réciproque de 30% sur les produits en provenance de l’Algérie. Cette dernière taxe les produits américains importés à hauteur de 59%.
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Les échanges commerciaux entre l’Algérie et les États-Unis ont atteint 3,5 milliards de dollars en 2024. Les États-Unis ont exporté pour un milliard de dollars vers l’Algérie et ont importé pour un total de 2,5 milliards de dollars. L’Algérie affiche donc un excédent commercial de 1,4 milliards de dollars.
En effet, l’Algérie demeure un acteur clé dans l’approvisionnement des États-Unis en pétrole et en gaz naturel. Résultat, cette nouvelle taxe pourrait perturber les échanges entre les deux pays et impacter négativement les recettes d’exportations d’Alger. En effet, avec une taxe de 30%, contre 18,9% auparavant, les hydrocarbures algériens vont être beaucoup moins compétitifs que ceux importés d’autres pays moins taxés comme le Nigeria (14%) et des pays du Golfe globalement taxés à 10%. Cette nouvelle taxation risque de modifier l’équilibre commercial entre ce pays et Washington. Sachant que l’Algérie dépend à 95% de recettes d’exportation des hydrocarbures, l’impact de cette nouvelle taxe ne sera pas sans conséquences.
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L’Algérie exporte aussi du ciment, de l’acier et du rond à béton vers l’oncle Sam qui en 2023 était le second importateur de produits algériens hors hydrocarbures, après la France, avec un total de 581 millions de dollars. Seulement, avec cette forte taxe, la compétitivité de ces produits qui résultent essentiellement du gaz cédé à bons prix risque d’être fortement atténuée et même de disparaitre au profit d’autres pays moins taxés.
Enfin, soulignons que parmi les pays les moins taxés au monde, 26 sont africains qui subiront des droits de douane à hauteur de 10% dont le Maroc, l’Éthiopie, l’Égypte,… Pour les pays qui exportaient vers les États-Unis en franchise de douane, c’est un coup dur. Toutefois, sachant que ce droit de douane est le taux plancher appliqué aux pays les moins taxés, l’impact en matière de compétitivité vis-à-vis d’autres pays sera faible. Rappelons que le Maroc est le seul pays africain signataire d’un accord de libre-échange avec les États-Unis vers lesquels il exporte engrais, voitures, produits agro-alimentaires…
Voici la liste des tarifs douaniers appliqués par les Etats-Unis et les pays africains
Pays | Droit de douane appliqués par les USA | Tarifs douaniers appliqués aux produits USA | Pays | Droit de douane appliqués par les USA | Tarifs douaniers appliqués aux produits USA |
---|---|---|---|---|---|
Lesotho | 50% | 99% | Tanzanie | 10% | 10% |
Madagascar | 47% | 93% | Sénégal | 10% | 10% |
Maurice | 40% | 80% | Gabon | 10% | 10% |
Botswana | 37% | 74% | Togo | 10% | 10% |
Angola | 32% | 63% | Liberia | 10% | 10% |
Libye | 31% | 61% | Bénin | 10% | 10% |
Afrique du Sud | 30% | 60% | Congo | 10% | 10% |
Algérie | 30% | 59% | Djibouti | 10% | 10% |
Tunisie | 28% | 55% | Rwanda | 10% | 10% |
Namibie | 21% | 42% | Sierra Leone | 10% | 10% |
Côte d’Ivoire | 21% | 41% | Soudan | 10% | 10% |
Zimbabwe | 18% | 35% | Niger | 10% | 10% |
Malawi | 17% | 34% | Guinée | 10% | 10% |
Zambie | 17% | 33% | Mali | 10% | 10% |
Mozambique | 16% | 31% | Mauritanie | 10% | 10% |
Nigeria | 14% | 27% | Burundi | 10% | 10% |
Guinée équatoriale | 13% | 25% | Centrafrique | 10% | 10% |
Tchad | 13% | 26% | Erythrée | 10% | 10% |
RDC | 11% | 22% | Soudan du Sud | 10% | 10% |
Cameroun | 11% | 22% | Comores | 10% | 10% |
Ouganda | 10% | 20% | Sao Tomé et principe | 10% | 10% |
Ghana | 10% | 17% | Guinée-Bissau | 10% | 10% |
Egypte | 10% | 10% | Eswatini | 10% | 10% |
Maroc | 10% | 10% | Cabo Verde | 10% | 10% |
Ethiopie | 10% | 10% | Kenya | 10% | 10% |
Source: données de la Maison Blanche
A noter que les exportations totales de marchandises des pays d’Afrique subsaharienne vers les États-Unis se sont élevées à 29,3 milliards de dollars en 2023. Elles sont dominées par le pétrole brut (7,3 milliards), les métaux précieux (4,7 milliards), les pierres précieuses (2,2 milliards), les véhicules automobiles (1,7 milliard) et les vêtements (1,4 milliard). Les principaux fournisseurs africains de la région étaient l’Afrique du Sud (14,0 milliards de dollars), le Nigeria (5,7 milliards), le Ghana (1,7 milliard), l’Angola (1,2 milliard) et la Côte d’Ivoire (948 millions).