Au cœur des critiques, les modalités de mise en œuvre du fonds. Yaya Cissokho, directeur d’un site internet, dénonce un processus opaque. «Ce qu’on a constaté, c’est que la commission chargée de mettre en place et de distribuer le fonds n’a pas été installée. Le ministère de la Communication, à travers ses agents, a plutôt développé une plateforme et demandé aux médias de s’y inscrire. En amont, des audits ont été lancés pour distinguer les médias dits conformes de ceux jugés non conformes.»
Suspendu pendant deux ans, officiellement pour permettre un audit de la distribution, le FADP a laissé de nombreux organes de presse en difficulté, malgré un budget déjà alloué. Amadou Bayal Sow, directeur d’une radio communautaire, en témoigne. «L’année dernière, nous n’avons rien reçu. Cela a créé de sérieux problèmes de fonctionnement, notamment pour la prise en charge du personnel, des pigistes et du matériel technique.»
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Cette année, la reprise du fonds s’accompagne de nouvelles exigences administratives que beaucoup de médias peinent à satisfaire: quitus fiscal, droits d’auteur, mais aussi justificatifs de location.
Des conditions jugées déconnectées de la réalité du terrain. «Restés pendant deux ans sans appui, certains organes ont été expulsés de leurs locaux pour défaut de paiement. Et aujourd’hui, on leur demande des reçus de location», déplore Yaya Cissokho, qui évoque également une frustration grandissante et un manque de transparence dans le processus.
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Face à ces contraintes, certains médias ont choisi de ne pas participer. D’autres, confrontés à des difficultés économiques persistantes, ont dû s’y plier. «Les revenus sont rares, les partenaires absents. Sans cette aide, la viabilité des radios est clairement menacée», souligne Amadou Bayal Sow. Il ajoute avoir utilisé les fonds perçus pour moderniser sa radio. «J’ai pu renouveler entièrement le dispositif technique et passer à une digitalisation à 100%.»
Mais au-delà des bénéfices ponctuels, la question de la transparence reste centrale. Yaya Cissokho regrette notamment l’absence de publication de la liste des bénéficiaires. «Le minimum serait de rendre publique la liste. Sans cela, les interrogations sur la transparence sont légitimes. Nous avons décidé de ne pas participer. Nous avons tenu deux ans sans aide et nous continuerons à exercer notre métier, car c’est notre mission.»
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Entre impératif de régulation, exigences administratives et soupçons d’opacité, le Fonds d’Appui et de Développement de la Presse cristallise aujourd’hui les fragilités d’un secteur en quête de stabilité. Plus qu’un simple mécanisme de financement, c’est désormais la question de la confiance entre l’État et les médias qui se joue en filigrane.
