Au Cap, l’armée sud-africaine déployée face aux gangs

Le service de police sud-africain (SAPS) se tient près d'un barrage routier lors de l'opération O Kae Molao visant à lutter contre le niveau élevé de criminalité à Johannesburg, le 24 novembre 2022.. AFP or licensors

Le 02/04/2026 à 12h17

Des contingents de militaires et de policiers sud-africains ont investi mercredi les rues en proie aux gangs des Cape Flats, quartiers déshérités du Cap, près de cinquante jours après une annonce spectaculaire du président.

Fusils d’assaut en évidence, les agents ont débarqué de véhicules blindés arrivés sirènes hurlantes dans Mitchells Plain accompagnés par des enfants et sous les yeux des parents les observant de leur pas-de-porte.

Ces premières patrouilles impliquant l’armée se matérialisent après une matinée sanglante. Deux hommes âgés de 25 et 33 ans ont été tués par balles vers 5 heures du matin dans le quartier voisin de Hanover Park.

Fléau des habitants, ces guerres de territoires et règlements de compte entre gangs rivaux entraînent aussi souvent la mort de passants victimes de balles perdues.

«J’ai peur pour mes enfants», témoigne une grand-mère de 65 ans de Mitchells Plain. «Ma fille doit partir à 4 heures du matin. Quand elle part, je suis prise d’anxiété.»

D’après Malvin Gordan, retraité de 69 ans, les fusillades peuvent survenir à n’importe quel moment de la journée. Quand les enfants sont sur le chemin de l’école, quand ils en reviennent ou quand les adultes partent au travail. Les gangs recrutent dès l’âge de 15 ans, selon lui.

«Ils n’ont pas de travail, ne vont pas à l’école et restent juste assis au coin de la rue», décrit cet homme, qui se dit rassuré par l’arrivée des soldats. «Leur présence suffit à les faire rester à distance.»

En août, les Cape Flats ont connu une de leurs semaines les plus meurtrières: la police y avait enregistré 59 meurtres en sept jours.

Suivant l’annonce du président Ramaphosa mi-février, l’armée a déjà été déployée sporadiquement dans la région englobant la capitale économique Johannesburg. Elle doit l’être dans cinq des neuf provinces au total.

Cette opération Prosper, mobilisant plus de 2.200 soldats, doit durer une année complète, jusqu’au 31 mars 2027, et donc chevaucher des élections locales à risques pour le principal parti du pays, l’ANC.

Ce déploiement n’est pas le premier du genre: d’autres avaient déjà eu lieu en 2019 et en 2015 après des attaques xénophobes à Johannesburg.

«Notre objectif est de combattre le crime organisé», a lancé mercredi face aux journalistes le commissaire de police de la province du Cap-Occidental. «On doit saisir les armes, la drogue, car c’est la cause des problèmes.»

Pour le président de la commission parlementaire chargée de la police, Ian Cameron, l’un des hommes politiques les plus engagé contre les violences des gangs des Cape Flats, ces patrouilles sont «bienvenues».

«Je me pose la question de la viabilité», doute-t-il cependant. «Ce que je veux, c’est que le calme continue quand les soldats seront partis et ça, on n’a aucune assurance que ce soit le cas.»

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 02/04/2026 à 12h17