La réforme a été adoptée par 205 voix pour, et il y en a eu 16 contre, a constaté un journaliste de l’AFP présent lors du vote.
Dorénavant, un vice-président peut être nommé par le président de la République et il aurait la charge de diriger le pays en cas de vacance du pouvoir, alors que le président Paul Biya, à la tête du pays depuis 1982 et doyen des chefs d’Etat dans le monde, est âgé de 93 ans.
Son élection à un huitième mandat avec 53,66% des voix en octobre avait donné lieu à des manifestations réprimées dans le sang dans plusieurs grandes villes - le gouvernement reconnaissant «plusieurs dizaines» de morts sans fournir de bilan exact.
La nomination d’un vice-président n’est toutefois pas impérative, comme le suggère la formulation choisie dans le texte adopté: «un vice-président peut être nommé par le Président de la République», lequel peut également «mettre fin à ses fonctions».
«Dérive monarchique»
Les attributions et compétences attachées à ce nouveau poste de vice-président «sont celles que lui confère le Président de la République», est-il écrit dans la réforme adoptée, sans davantage de précisions.
Célestin Tagou, professeur à l’université protestante d’Afrique centrale, interrogé par l’AFP samedi, souligne qu’il s’agit en réalité d’une «réintroduction» de ce poste qui existait entre 1960 et 1972, à l’époque où le Cameroun était un Etat fédéral, avant d’être supprimé par la Constitution de 1972.
Le principal opposant Issa Tchiroma Bakary, en exil en Gambie, qui avait revendiqué la victoire à la présidentielle et continue de se présenter comme le «président légitime», a qualifié cette réforme de «violation des principes démocratiques» et de «dérive monarchique du pouvoir illégitime» vendredi sur Facebook.
«Coup d’Etat constitutionnel»
L’opposant Maurice Kamto a dénoncé de son côté un «coup d’Etat institutionnel et constitutionnel» dans une vidéo publiée sur le même réseau social.
Le principe de nomination du vice-président par le président «divise» l’opinion publique, observe l’universitaire Célestin Tagou.
Dans un communiqué publié vendredi, les parlementaires du parti d’opposition Social Democratic Front (SDF) ont ainsi demandé à ce que le vice-président soit élu en même temps que le président, «conjointement sur un même ticket».
Défenseur d’un retour au fédéralisme, le SDF demande également que, dans ce «ticket», l’un soit issu du Cameroun anglophone - occidentale - et l’autre, de la partie francophone - orientale.
Selon M. Tagou, le SDF y voit une possible solution au conflit armé qui touche les régions anglophones depuis près de 10 ans, après que Paul Biya a ordonné en 2016 la répression des manifestations pacifiques de Camerounais anglophones qui s’estimaient marginalisés par le pouvoir francophone.
La date à laquelle Paul Biya pourrait nommer son vice-président n’est pas encore connue. Les rumeurs vont bon train s’agissant de la personne qu’il pourrait choisir, que d’aucuns voient déjà comme son «dauphin».
La réforme constitutionnelle s’inscrit dans un mouvement de recomposition des institutions: mi-mars, les présidents des deux chambres du Parlement ont été remplacés.
Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, a ainsi été élu à l’unanimité pour prendre la place de Marcel Niat Njifenji, 92 ans, à la tête du Sénat.
Cavaye Yéguié Djibril, 86 ans, président de l’Assemblée nationale depuis 34 ans, a lui été remplacé par Théodore Datouo, un député de 66 ans de la région de l’Ouest.
