La dernière grève des enseignants avait eu lieu en 2022, à la fin de l’ère Ali Bongo, que celui qui était alors le général Nguema a renversé par un coup d’Etat en août 2023.
A son arrivée au pouvoir, le militaire avait annoncé quelques avancées pour les enseignants, permettant une trêve sociale pendant les deux ans de la transition qu’il a menée jusqu’à la présidentielle d’avril 2025.
Mais les enseignants, qui s’estiment «précarisés» en raison de salaires bloqués depuis dix ans, se sont regroupés début décembre au sein d’un collectif, SOS Education, et ont initié un mouvement de grève qui a rapidement essaimé dans le pays, a expliqué à l’AFP l’un de ses membres, Junior Anguila Obame, professeur de français à Libreville.
Pays d’Afrique centrale de 2,5 millions d’habitants, le Gabon compte au moins 16.000 enseignants selon le Syndicat de l’éducation nationale (SENA).
«Revendications légitimes»
Le blocage des salaires, cause première de la contestation, avait été décidé en 2015 par le gouvernement d’Ali Bongo. Depuis cette date, les enseignants ne gravissent plus aucun échelon, comme il est pourtant d’usage pour les fonctionnaires.
«J’ai le statut d’enseignant stagiaire depuis 12 ans», témoigne ainsi Tony Odzame Abaga, professeur d’anglais dans un collège de Libreville et membre de SOS Education.
Leurs salaires - 350.000 francs CFA par mois, soit 530 euros, pour un instituteur en début de carrière - ne suffisent plus à faire face au coût de la vie élevé au Gabon, où l’inflation a été en moyenne de 2,6% par an entre 2016 et 2024.
«Des revendications légitimes» qui sont «le résultat de décennies de mauvaise gestion», avait estimé le porte-parole de la présidence gabonaise lors d’une conférence de presse la semaine dernière.
Mais à rebours de ce discours conciliant, deux figures du mouvement syndical et membres du collectif SOS Education, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, ont été arrêtés la semaine dernière, avant d’être finalement libérés lundi.
Réunis en assemblée générale samedi, les membres de SOS Education avaient fait de leur libération une condition à la reprise du dialogue avec le gouvernement et à la levée de la grève.
La majorité des enseignants et parents d’élèves rencontrés par l’AFP n’ont pas souhaité s’exprimer au sujet de la grève, signe du climat de peur qui s’était installé après ces arrestations.
Espoirs
Outre l’éducation, la contestation a gagné d’autres secteurs publics, tels que la santé, l’enseignement supérieur ou l’audiovisuel, avec des revendications similaires, portant sur la rémunération et les conditions de travail dégradées.
Face à des menaces de grève, le président a rencontré la semaine dernière les syndicats de la santé puis ceux de l’enseignement supérieur.
Lundi matin, le journal télévisé de Gabon 1ère était revenu à son format habituel, après avoir été écourté depuis trois jours en raison d’une grève du groupe d’audiovisuel public Gabon Télévisions. Le ministre de la Communication s’est engagé à satisfaire les revendications des grévistes, ont rapporté des médias gabonais.
Le climat social tendu auquel le président Oligui fait face ces dernières semaines n’est que la traduction des attentes qu’il a suscitées, selon Lysiane Neyer Kenga, analyste politique interrogée par l’AFP.
Elu président avec 94,75% des voix en avril 2025, Brice Oligui Nguema, qui promettait de «redresser le pays» et de «mieux vivre» au Gabon, jouissait alors d’une forte popularité.
«Les autorités actuelles héritent d’une situation difficile», estime Magloire Memiaga, secrétaire général du syndicat de l’Education nationale (SENA), qui rappelle par ailleurs que M. Oligui Nguema s’était engagé à mettre fin au gel des carrières des fonctionnaires.
«Il a suscité beaucoup d’espoir. Il a tenu des discours forts en disant que son ennemi, c’était le chômage, la précarité, le manque d’infrastructures», observe Mme Neyer Kenga.
«C’est sur la base de ce discours qu’une majorité des Gabonais lui ont accordé (leur) confiance», rappelle-t-elle.
