Gabon: l’opposition dénonce la réforme sans débat du code de la nationalité

Au lendemain de l’élimination des Panthères à la CAN 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a suspendu l’entraîneur, le staff et les joueurs.

Le 02/04/2026 à 06h38

Le principal opposant gabonais Alain-Claude Bilie-by-Nze a dénoncé mercredi l’adoption par ordonnance, sans débat ni vote, d’une réforme du code de la nationalité qui introduit notamment la déchéance de nationalité pour «activités subversives et déstabilisatrices».

Publiée au Journal officiel le 25 mars, la réforme du code de la nationalité gabonaise a été adoptée par ordonnance prise le 26 février par le gouvernement de Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2023 et élu président l’an dernier avec 94,75% des voix.

«La démocratie n’exclue pas la recherche du consensus», surtout lorsqu’il s’agit d’un «texte fondamental qui touche à la question de la nation», a déclaré M. Bilie-by-Nze lors d’une conférence de presse à Libreville, en présence d’autres chefs de partis.

Candidat malheureux à l’élection présidentielle d’avril 2025, l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo (2009-2023) a ainsi fustigé le recours à l’ordonnance, sans débat ni vote du Parlement.

Outre un durcissement de la naturalisation, cette réforme institue la déchéance de nationalité pour tout citoyen «qui mène clairement des actions subversives et déstabilisatrices contre le gouvernement, les institutions et les intérêts du Gabon, et qui refuse, dans un délai de trois mois, d’obtempérer aux injonctions faites par les autorités».

Ce nouveau code introduit également certaines distinctions entre citoyens selon le mode d’acquisition de la nationalité. Les personnes naturalisées sont ainsi, entre autres, écartées de certaines fonctions - ministre, magistrat et collaborateur du chef de l’Etat.

M. Bilie-by-Nze s’est dit «favorable à ce qu’on protège la nationalité gabonaise mais pas favorable à créer des catégories de Gabonais» et a également pointé «le risque de créer des apatrides».

«Cette réforme cristallise les inquiétudes autant qu’elle divise l’opinion publique», a commenté mercredi L’Union, le principal quotidien gabonais.

«Tous les pays du monde protègent leur nationalité», a martelé la ministre de la Fonction publique Laurence Ndong lors d’une conférence de presse du gouvernement le même jour, en réponse à une question sur la réforme.

Déjà en vigueur, cette réforme devra toutefois être confirmée par le Parlement, composé en grande majorité d’élus du parti présidentiel.

L’annonce de cette réforme survient alors que les réseaux sociaux sont toujours coupés dans le pays. Les autorités avaient annoncé leur suspension le 17 février, invoquant notamment la diffusion de «contenus (...) portant atteinte (...) à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale».

L’usage massif des réseaux privés virtuels (VPN) permet néanmoins à la population de contourner cette suspension et d’accéder aux réseaux sociaux.

Par Le360 Afrique (avec AFP)
Le 02/04/2026 à 06h38