Guinée. «Le choc» après la dissolution des partis politiques tel que vécu pas les concernés

Des leaders des partis politiques guinéens.

Le 12/03/2026 à 12h51

VidéoLa dissolution de plusieurs partis politiques a provoqué un véritable séisme dans le paysage politique national. Si le gouvernement évoque des manquements aux obligations légales, certains acteurs politiques dénoncent un manque de dialogue et de transparence.

C’est une décision qui a pris de court de nombreux acteurs politiques, la dissolution d’une quarantaine de partis politiques pour non-respect des obligations légales encadrant leur fonctionnement. Parmi les formations concernées figurent plusieurs partis majeurs du paysage politique guinéen dont l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, le RPG de Alpha Condé ou encore l’Ufr de Sydya Touré.

L’arrêté gouvernemental stipule que ces formations perdent immédiatement leur personnalité juridique et ne peuvent plus mener d’activités politiques.

Mais pour certains responsables politiques, cette décision a été vécue comme un choc. C’est notamment le cas de Rafiou Sow, président du Parti du renouveau et du progrès (PRP), qui affirme que son parti avait pourtant engagé les démarches nécessaires pour se conformer aux exigences administratives. «Nous avons été stupéfaits d’apprendre cela, vu qu’il y a quelques mois, nous avons reçu un courrier, exactement le 20 août 2025, stipulant qu’il manquait quelques documents, c’est-à-dire la liste des membres de notre parti et la certification de notre comptabilité. Ils ont suspendu automatiquement notre parti pour trois mois. Une chose qui nous a beaucoup surpris, vu qu’on ne nous a pas informé en amont. Mais quand même, nous avons tempéré, nous avons fourni la liste des membres de notre parti, nous avons fourni la certification de notre parti pour 2024».

Selon les autorités, ces mesures s’inscrivent dans un processus d’assainissement du paysage politique, notamment après l’adoption d’une nouvelle loi organique encadrant les partis politiques.

Celle-ci impose entre autres la preuve d’une implantation nationale, la conformité administrative et financière ainsi que la représentation des femmes dans les instances dirigeantes.

Cependant, plusieurs responsables politiques dénoncent un manque de dialogue et d’accompagnement de la part des autorités. Rafiou Sow affirme avoir tenté d’obtenir des explications directement auprès du ministère. «Lundi dernier, j’étais au Ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation (MATD) pour pouvoir y rencontrer un cadre et le ministre. Cela a été impossible. On nous a simplement dit qu’un document nous sera remis qui justifie la décision de dissolution. J’ai dit, mais il fallait envoyer ce document d’abord, il fallait nous informer qu’il manquait parce que le rôle régalien du MATD, c’est d’accompagner les partis politiques, c’est de les aider à être en conformité, à pouvoir exercer dans leurs droits et selon la loi nationale».

Sur le terrain, les réactions sont toutefois partagées. Pour certains citoyens, la mesure pourrait contribuer à apaiser le climat politique dans un pays où les tensions et les manifestations ont souvent perturbé la vie quotidienne.

Mamadou Adama Diallo, citoyen guinéen, voit dans cette décision une possible opportunité pour la stabilité, même s’il reste prudent quant à ses effets à long terme. «D’une part, il y a un côté positif, puisque actuellement, il n’y a plus de manifestation, les gens sont calmes, parce que le Guinéen vit au jour le jour. Chaque fois s’il y a des manifestations, les gens ne peuvent pas vaquer à leurs occupations. Bon, si toutefois cette dissolution contribue à la stabilité, moi, je serais pour».

Entre volonté affichée de réorganiser la vie politique et inquiétudes sur l’avenir du pluralisme, la dissolution des partis politiques ouvre désormais un nouveau chapitre de la vie politique guinéenne.

Reste à savoir si cette décision permettra réellement de stabiliser le pays ou si elle alimentera de nouvelles tensions dans un paysage politique déjà fragilisé.

Par Mamadou Mouctar Souaré (Conakry, correspondance)
Le 12/03/2026 à 12h51