Le Gabon réforme le Code de la nationalité: entre identité et origine, le débat fait souche

Des représentants des partis politiques gabonais.

Le 03/04/2026 à 14h50

VidéoPromulguée fin février par ordonnance, la révision du Code de la nationalité gabonaise suscite une vive controverse. Entre la volonté affichée de «restaurer la dignité» et les craintes d’une «hiérarchisation» des citoyens, le texte, qui sera examiné au Parlement, ravive les tensions sur un sujet historiquement sensible.

L’affaire aurait pu rester technique. Elle est devenue politique, identitaire, et désormais parlementaire. Le 26 février 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a promulgué une ordonnance révisant en profondeur le Code de la nationalité. Mais c’est la sortie de silence du gouvernement, le 1er avril, qui a remis l’ouvrage sur le métier: le texte n’est pas définitif, et le Parlement aura son mot à dire avant ratification.

«La procédure a été respectée dans sa forme juridique», a assuré le porte-parole du gouvernement, Pr Charles Edgar Mombo, balayant les accusations de précipitation ou de passage en force.

Le cœur du débat réside dans la définition même de ce qu’est un «Gabonais d’origine». Geoffroy Foumboula Libeka, acteur civique, se félicite d’un retour à l’esprit des pères fondateurs: «Ce code revient aux dispositions du code initial du Gabon. En 1962, l’article 9 stipulait que le Gabonais d’origine est celui qui est né d’au moins un parent de souche gabonaise.»

Selon lui, la modification de 1999, qui avait supprimé la mention «de souche gabonaise», a ouvert la voie à des dérives en accordant les mêmes droits à des enfants d’étrangers nés au Gabon. «Le président Oligui, en insérant à nouveau l’ascendance autochtone, restaure la dignité du peuple gabonais», plaide-t-il.

Face à cette lecture, une autre voix s’élève, plus alarmiste. Marlène Essola Efountame, juriste, dénonce une rupture avec les principes républicains. «Nous ne sommes pas une dictature. Une république obéit à la liberté, l’égalité, la fraternité. Là, on hiérarchise les Gabonais. On crée de la division et des blessures.»

Son inquiétude porte aussi sur les risques juridiques concrets. Le nouveau code prévoirait des déchéances de nationalité par voie administrative, sans cadre prédéfini.

«Tout peut être considéré comme une atteinte à la nation. Ce sera à la discrétion du président. Dès lors, qui osera investir au Gabon en risquant de tout perdre du jour au lendemain?», interroge-t-elle.

Le Parlement comme ultime arbitre

Pour l’instant, le texte est l’épée de Damoclès suspendue au-dessus des débats. Le gouvernement a promis un examen «par les deux chambres du Parlement, avec possibilité de modifications». Seule cette étape, suivie d’une ratification, donnera force définitive à la loi.

Reste une question en suspens: le législatif osera-t-il amender une réforme voulue par l’exécutif, sur un sujet aussi clivant? Les prochaines semaines à l’Assemblée nationale de Libreville diront si le Gabon choisit la «restauration identitaire» ou le maintien d’un code universaliste.

Par Jean-Paul Mbia (Yaounde, correspondance)
Le 03/04/2026 à 14h50