Le vice-président chinois en Afrique: les enjeux d’une offensive

Arrivée à Nairobi, le 23 mars 2026, du vice-président chinois Han Zheng.

Le 24/03/2026 à 16h11

Le vice-président chinois Han Zheng a entamé un périple qui le mènera dans trois pays africains du 22 au 30 mars. A presque un mois de l’entrée vigueur de l’accès des exportations africaines en franchise de douane sur le marché chinois, ce déplacement est conçu pour consolider les relations économiques et stratégiques avec le continent à un moment charnière.

En pleine guerre au Moyen-Orient, le vice-président chinois Han Zheng entame un périple qui me mènera en Afrique du Sud et au Kenya, deux pays stratégiques. Le responsable chinois se rendra également aux Seychelles, un pays qui ne représente peut-être pas le même intérêt pour Pékin que les deux premiers.

Ce triple déplacement vise à approfondir la coopération avec les pays africains dans divers secteurs: agriculture, infrastructures, commerce, investissement…

Avec ce déplacement, la Chine affiche sa volonté de concrétiser ses promesses faites lors du dernier sommet Chine-Afrique de 2024 lors duquel le président Xi Jinping avait promis aux pays africains plus de 50 milliards de dollars de financement sur trois ans.

La première étape de cette tournée le mène au Kenya, un poids lourd économique africain et surtout un hub logistique pour la région est-africaine.

Cette étape aura une connotation économique appuyée centrée sur les infrastructures. Nœud gordien pour les pays enclavés de la région, le Kenya souhaite jouer le rôle de hub logistique pour l’Éthiopie, l’Ouganda, le Soudan du Sud, mais aussi pour des pays comme la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

Seulement, pour jouer ce rôle, le Kenya doit disposer des infrastructures portuaires, ferroviaires et routières de qualité afin de pouvoir acheminer les produits de l’import-export avec ces pays. Malheureusement, les infrastructures du Kenya sont loin de répondre aux besoins, malgré les nombreux acquis.

Disposant de l’un des ports les plus dynamiques du continent, celui de Mombasa, Nairobi tente via de nombreux projets de le connecter à ces pays voisins via le chemin de fer et les autoroutes.

Cette visite du vice-président chinois intervient également suite à la relance du projet du chemin de fer à écartement standard devant relier Mombasa à Kampala, la capitale ougandaise.

Il s’agit d’un projet stratégique pour les deux pays et qui vise à réduire les coûts logistiques et désengorger les routes. Ce chemin de fer pourrait être par la suite prolongé vers le Rwanda et la RD Congo.

Le Kenya devant faire face à la concurrence qui pourrait venir de la Tanzanie qui aspire à jouer ce rôle de nœud logistique pour les pays enclavés de la région. Et ce sont les entreprises chinoises qui coopèrent pour la réalisation de cette infrastructure.

Après le Kenya, le vice-président chinois se rendra en Afrique du Sud, première puissance économique du continent et premier partenaire de la Chine en Afrique, devant le Nigeria, l’Angola et l’Égypte.

Les échanges commerciaux entre les deux partenaires se sont établis à 53,7 milliards de dollars en 2025, soit 15,43% des échanges commerciaux entre la Chine et l’ensemble de l’Afrique.

Le pays arc-en-ciel affiche même un excédent commercial de 8 milliards de dollars vis-à-vis de la Chine. Toutefois, cet excédent s’explique surtout par la flambée des cours des minerais en 2025.

D’Afrique du Sud, la Chine importe surtout des matières premières (fer, cuivre, cobalt, platine, …), des produits agricoles (agrumes, fruits…), des boissons (vin), des minerais transformés (acier), des produits manufacturés… La Chine importe de l’Afrique du Sud des ressources alimentant sa propre industrie manufacturière.

La première puissance économique africaine cherche à accroître ses exportations vers la Chine dans le cadre de sa volonté de réduire sa dépendance du marché américain en raison des tensions politiques entre les deux pays dues à la position du président américain Donald Trump à l’égard de Pretoria et des BRICS.

Outre les relations commerciales, Pékin finance aussi des projets d’infrastructures dans le pays, comme c’est le cas dans d’autres pays africains.

Enfin, le périple du vice-président chinois se termine aux Seychelles, le plus petit pays africain de par sa population peuplé d’à peine 130.000 habitants et totalement dépendant du tourisme. Lors de cette visite, il y sera surtout question d’investissements dans les infrastructures touristiques.

Mais au-delà, c’est une manière aussi de montrer qu’aucun pays d’Afrique, quel que soit son poids, n’est ignoré par la diplomatie chinoise.

A travers ce périple, la Chine, premier partenaire commercial du continent africain depuis plus de 15 ans, souhaite le rester et pour longtemps.

En 2025, les exportations de la Chine vers l’Afrique se sont établies à 225 milliards de dollars, contre 123 milliards de dollars d’exportations africaines vers la Chine. Conséquence, la Chine dégage un excédent commercial de 102 milliards de dollars, ce qui illustre le déséquilibre commercial en défaveur des économies africaines, en dépit des annonces de Pékin de vouloir le réduire.

Et dans ce cadre, ce déplacement intervient ainsi à un peu plus d’un mois de l’entrée en vigueur de la suppression des barrières douanières pour 53 pays africains à partir du 1er mai 2026. A travers cet avantage commercial, Pékin entend équilibrer un tant soit peu ses échanges avec l’Afrique qui sont largement en sa faveur.

Exportant des produits manufacturés avec de la valeur ajoutée, l’Empire du milieu importe de l’Afrique des matières premières (hydrocarbures, minerais, produits agricoles…) à faible valeur ajoutée. D’où le déficit commercial abyssal vis-à-vis de la Chine.

Cependant, la franchise de douane devrait permettre de réduire l’asymétrie des relations commerciales entre les deux parties. Toutefois, l’accès en franchise de douane offert aux pays africains risque d’annihiler toute velléité de transformation locale des matières premières exportées.

D’autant plus que de nombreux minerais exportés du continent sont aussi le fait d’entreprises contrôlées par des investisseurs étrangers parmi lesquels des chinois. C’est particulièrement le cas en Afrique du Sud, en RDC, au Zimbabwe, en Zambie…

Bref, pour les pays africains, sans diversification industrielle et transformation locale accrue, l’accès préférentiel au marché chinois risque de profiter davantage aux entreprises chinoises de transformation.

Par Moussa Diop
Le 24/03/2026 à 16h11