Ce site stratégique a été ciblé début février par une attaque de drones, revendiquée par le groupe armé antigouvernemental M23 soutenu par le Rwanda, qui a déclaré vouloir y détruire un «centre de commandement des drones militaires».
Kisangani est le quartier général des forces armées congolaises dans l’est de la RDC. Son aéroport, situé entre la capitale congolaise Kinshasa (ouest) et les positions du M23 dans l’est du pays, permet le décollage de drones à longue portée et d’avions de chasse Sukhoï de conception soviétique, piliers de la stratégie militaire des forces gouvernementales.
Des paramilitaires étrangers (sud-américains, salvadoriens et algériens notamment, selon des experts de l’ONU), affiliés à une nébuleuse de sociétés militaires privées, y assistent l’armée congolaise et sa force aérienne.
Comme en Ukraine et au Sahel, les drones transforment les rapports de force dans l’est congolais, région marquée par plus de 30 années de conflits.
Réapparu dans l’est fin 2021, le M23 s’est emparé début 2025 des grandes villes de Goma et Bukavu et de vaste pans de territoire. Un accord a été signé par la RDC et le Rwanda en juillet à Washington, sans toutefois mettre fin aux combats.
Surpassée dans le domaine terrestre par le M23 et les forces rwandaises, mieux entraînées et mieux équipées, l’armée congolaise s’est assuré une relative maîtrise du ciel en faisant l’acquisition de drones d’attaque à longue portée CH4 de fabrication chinoise, puis de TAI Anka turcs.
En réponse, l’armée rwandaise a déployé des systèmes de brouillage GPS sophistiqués aux abord de sa frontière, perturbant les vols civils et humanitaires en RDC, selon les experts de l’ONU.
Drones kamikazes
Dans un pays largement dépourvu de routes bitumées où le conflit «s’enlise», les drones «posent moins de contraintes opérationnelles» pour Kinshasa que les opérations terrestres, note Henry-Pacifique Mayala, chercheur à l’institut de recherche congolais Ebuteli.
A Kisangani, les habitants des environs de l’aéroport sont habitués au bourdonnement des drones décollant au-dessus de leurs maisons.
Dans la nuit du 30 janvier au 1er février, plusieurs disent avoir été réveillés par des détonations en rafale. En l’espace de 24 heures, huit drones ont ciblé l’aéroport et provoqué la fuite des riverains, selon les autorités provinciales. Une opération sans précédent dans le conflit.
Le M23 avait déjà employé des drones kamikazes lors d’une offensive en décembre sur la ville d’Uvira dans l’est, selon des sources sécuritaires, mais le groupe armé n’avait jamais ciblé Kisangani, située à environ 400 km du front.
Les autorités locales ont assuré que les «drones kamikazes» avaient été «neutralisés avant d’atteindre leur cible».
Selon les observateurs, il est improbable que ce type de drones, légers et manœuvrables, disposent d’une portée suffisante pour parcourir plusieurs centaines de kilomètres depuis les lignes du M23 dans l’est.
Les renseignements locaux privilégient l’hypothèse d’un groupe infiltré à proximité de Kisangani, selon des sources sécuritaires. Mais jusqu’à présent, aucune communication officielle n’a confirmé le modèle de drone et de munition utilisés lors de l’attaque, alimentant rumeurs et spéculations.
Des dizaines de groupes armés sont actifs dans l’est de la RDC, et nombre d’entre eux ont désormais accès à la technologie d’internet par satellite Starlink en RDC, à laquelle «les drones peuvent facilement se connecter», pointe Henry-Pacifique Muyala.
Mercenaires étrangers
Sur le tarmac, des paramilitaires étrangers sont bien visibles, casquettes sur la tête, en train de superviser le débarquement d’une compagnie de soldats congolais d’un bimoteur.
Kinshasa n’a jamais dévoilé publiquement l’identité des sociétés qui les emploient ni les contrats passés avec elles.
Certains anciens employés d’une société militaire privée déployée à Goma, dont le contrat a été résilié en juillet 2025, «ont été recrutés directement» par Kinshasa pour piloter les drones CH4, selon les experts de l’ONU.
D’autres sont notamment chargés du maniement des systèmes de défense antidrone D4 de fabrication indienne, acquis par l’armée congolaise en 2025, selon des sources sécuritaires.
Selon les autorités provinciales, c’est avec l’aide des «partenaires» étrangers que l’attaque sur l’aéroport de Kisangani a été repoussée.
Des paramilitaires employés par des sociétés liées à l’Américain Erik Prince sont aussi déployés dans les provinces du Kivu dans l’est.
M. Prince est le fondateur de la compagnie de sécurité privée Blackwater, dont des mercenaires avaient été condamnés aux États-Unis pour un massacre de civils en Irak, et d’autres sociétés paramilitaires ou de vente d’armes œuvrant principalement en Afrique.
Une source gouvernementale a confirmé à l’AFP qu’un partenariat a été signé avec lui dans le cadre de la collecte des taxes minières, alors que Washington mène une offensive diplomatique et commerciale sur les minerais stratégiques en RDC.




