Le président ougandais, âgé de 81 ans, est opposé à Bobi Wine, le nom de scène de Robert Kyagulanyi, 43 ans.
Yoweri Musveni, au pouvoir depuis 1986, n’a pris aucun risque. Les élections en Ouganda se tiennent «dans un climat marqué par une répression et une intimidation généralisées», a dénoncé vendredi le Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme.
Depuis 2022, plusieurs lois ont été votées «pour réduire au silence les voix dissidentes», ce qui a permis de «détenir des dirigeants et des militants de l’opposition, (...) de suspendre des stations de radio, arrêter des blogueurs et renforcer le contrôle sur les ONG», a énuméré l’ONU.
La capitale Kampala est restée calme ces derniers jours, a constaté l’AFP, ses habitants étant rentrés dans leurs villages pour voter — ou se mettre à l’abri.
Bobu Wine, qui a été arrêté à plusieurs reprises par le passé, a fait campagne en gilet pare-balles, affirmant que la course électorale s’est transformée en «guerre».
«Ils ne peuvent pas tous nous enlever. Les prisons sont déjà pleines et nous sommes encore des millions d’Ougandais en quête de changement», a-t-il déclaré la semaine dernière lors d’un rassemblement de son parti, la Plateforme d’unité nationale (NUP).
Mais la crainte d’un retour aux violences électorales de 2021, durant lesquelles des dizaines de partisans de Bobi Wini avaient été tués, effraie.
«Peur»
«Des gens ont perdu la vie, des gens ont perdu leurs biens. Cela nous fait peur», craint Winnie Promise Nantume, une habitante de Kampala interrogée par l’AFP.
Des inquiétudes existent également quant à une érosion plus large de la démocratie en Afrique de l’Est, après que les élections d’octobre en Tanzanie voisine ont accouché d’un bain de sang sur fond d’allégations de fraude, les forces de sécurité faisant des centaines de morts.
Des dizaines de manifestants anti-gouvernementaux ont également été tués lors de multiples protestations au Kenya voisin depuis 2024.
Yoweri Museveni est le troisième président en terme de durée au pouvoir en Afrique, après Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun. Il a modifié à plusieurs reprises la Constitution pour se maintenir.
Plus de 70% de la population de l’Ouganda a moins de 30 ans et n’a connu que le «Mzee» (le vieux en swahili, un surnom teinté de bienveillance, NDLR).
Pour beaucoup, il reste le père de la nation, qui a tiré le pays du chaos politique et économique à l’issue d’une guerre de brousse contre ses rivaux dans les années 1980. «J’entends mes parents en parler, beaucoup de gens ont perdu la vie. C’est Museveni qui a mis fin à cela», observe Innocent, 31 ans.
Même si de nombreux Ougandais connaissent encore la pauvreté, cet ancien enseignant affirme qu’il votera pour le sortant. Bobi Wine n’est «pas prêt à diriger», tranche-t-il.
Nombre d’observateurs voient dans le scrutin de jeudi une formalité. «Ces élections sont une sorte de théâtre d’ombres», décrit à l’AFP Kristof Titeca, spécialiste de l’Ouganda à l’université d’Anvers (Belgique). «Les questions clés ne sont pas les élections, mais ce qui vient après, c’est-à-dire la transition.»
Succession
Le fils de Museveni, le chef de l’armée Muhoozi Kainerugaba, est candidat à la succession.
Connu pour ses commentaires controversés sur les réseaux sociaux, lui qui s’est vanté il y a quelques mois d’avoir enlevé un proche de Bobi Wine est resté discret pendant la campagne. Mais des proches du pouvoir soulignent son contrôle sur les forces de sécurité, dont la présence va croissante dans les rues de Kampala.
Les partisans de Wine gardent toutefois espoir. Les rassemblements du challenger ont attiré des foules plus nombreuses que prévu.
«Beaucoup de jeunes (…) et d’autres Ougandais sont prêts à se battre pour notre victoire cette fois-ci», affirme à l’AFP Angella Nabaggala, 23 ans.
Le pouvoir avait été pris de court par la popularité de Wine lorsqu’il a émergé à l’approche du scrutin de 2021. Ce chanteur populaire avait essuyé une répression brutale qui a fait l’objet d’un documentaire nommé aux Oscars. Il n’a depuis pas relâché la pression, malgré les risques.
Au moins 400 personnes ont été arrêtées ces derniers mois pour avoir soutenu le NUP, évalue Amnesty International.
L’autre grand chef de l’opposition, Kizza Besigye, qui s’est présenté à quatre reprises contre Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya et a réapparu devant une cour martiale en Ouganda. Il reste détenu pour des accusations de trahison.




