L’Éthiopie, pays de 130 millions d’habitants, deuxième population du continent, économie en expansion soutenue, vient de formaliser avec le PNUD une coopération stratégique pour faire progresser son programme d’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Une démarche qui n’est pas anodine. C’est le signal que l’Éthiopie se projette désormais dans une catégorie de nations, encore rare sur le continent africain, qui considèrent l’atome civil comme un levier de développement structurel, pas comme une option lointaine ou symbolique.
Lire aussi : L’Éthiopie mise sur le nucléaire pour diversifier son mix énergétique
Sandokan Debebe, commissaire en chef de la Commission éthiopienne de l’énergie nucléaire, pose le diagnostic avec une clarté qui dit l’urgence: une économie en pleine expansion a besoin d’un approvisionnement électrique fiable et durable. Une formulation qui condense en une phrase le paradoxe dans lequel se trouvent de nombreuses économies africaines à forte croissance, elles se développent plus vite que leurs infrastructures énergétiques ne peuvent les suivre, créant des goulots d’étranglement qui freinent précisément les secteurs qu’elles cherchent à dynamiser.
L’Éthiopie a investi massivement dans l’hydroélectrique, le barrage de la Renaissance en est l’expression la plus visible. Mais cette dépendance à une seule source crée sa propre vulnérabilité climatique. L’énergie nucléaire représente, dans cette logique, une diversification à la fois stable, prévisible et décarbonée.
Lire aussi : Burkina Faso. Usages pacifiques de l’énergie nucléaire: la loi avant les centrales, alertent des experts
Ce que la réunion avec le PNUD révèle, c’est la méthode choisie par Addis-Abeba pour avancer. Pas une déclaration d’intention isolée, mais la construction d’un cadre institutionnel. Celui-ci se traduit par l’élaboration de politiques, la sensibilisation publique, la mobilisation des parties prenantes, le renforcement des capacités. Si le PNUD ne finance pas des réacteurs, il structure les conditions politiques, sociales et institutionnelles qui permettent à un État de prendre les décisions de long terme que le nucléaire exige.
Le fait que Sandokan Debebe, commissaire en chef de la Commission éthiopienne de l’énergie nucléaire, ait explicitement mentionné la contribution de l’énergie nucléaire à la réalisation de la «Vision Éthiopie numérique 2030» dit quelque chose de précis sur la cohérence stratégique de l’approche. L’Éthiopie ne cherche pas seulement à allumer des ampoules supplémentaires, elle cherche à alimenter une économie numérisée, des centres de données, une agriculture technologiquement avancée, un système de santé moderne. Un niveau de consommation électrique qui n’est pas atteignable avec l’hydroélectrique seul. L’Éthiopie le sait, et elle agit en conséquence.
