Nucléaire civil: pourquoi l’Éthiopie commence à penser son avenir énergétique en mégawatts atomiques

Réunion entre le commissaire en chef de la Commission éthiopienne de l'énergie nucléaire (ENEC), Sandokan Debebe, et le représentant résident du PNUD, Samuel Gbaydee Doe

Le 29/03/2026 à 14h16

L’Éthiopie a construit le plus grand barrage d’Afrique. Elle développe désormais un programme nucléaire civil. Ce double mouvement énergétique dit quelque chose sur l’ampleur des besoins d’un pays de 130 millions d’habitants qui refuse de choisir entre croissance économique et souveraineté énergétique, et qui commence à chercher ses réponses dans l’atome.

L’Éthiopie, pays de 130 millions d’habitants, deuxième population du continent, économie en expansion soutenue, vient de formaliser avec le PNUD une coopération stratégique pour faire progresser son programme d’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Une démarche qui n’est pas anodine. C’est le signal que l’Éthiopie se projette désormais dans une catégorie de nations, encore rare sur le continent africain, qui considèrent l’atome civil comme un levier de développement structurel, pas comme une option lointaine ou symbolique.

Sandokan Debebe, commissaire en chef de la Commission éthiopienne de l’énergie nucléaire, pose le diagnostic avec une clarté qui dit l’urgence: une économie en pleine expansion a besoin d’un approvisionnement électrique fiable et durable. Une formulation qui condense en une phrase le paradoxe dans lequel se trouvent de nombreuses économies africaines à forte croissance, elles se développent plus vite que leurs infrastructures énergétiques ne peuvent les suivre, créant des goulots d’étranglement qui freinent précisément les secteurs qu’elles cherchent à dynamiser.

L’Éthiopie a investi massivement dans l’hydroélectrique, le barrage de la Renaissance en est l’expression la plus visible. Mais cette dépendance à une seule source crée sa propre vulnérabilité climatique. L’énergie nucléaire représente, dans cette logique, une diversification à la fois stable, prévisible et décarbonée.

Ce que la réunion avec le PNUD révèle, c’est la méthode choisie par Addis-Abeba pour avancer. Pas une déclaration d’intention isolée, mais la construction d’un cadre institutionnel. Celui-ci se traduit par l’élaboration de politiques, la sensibilisation publique, la mobilisation des parties prenantes, le renforcement des capacités. Si le PNUD ne finance pas des réacteurs, il structure les conditions politiques, sociales et institutionnelles qui permettent à un État de prendre les décisions de long terme que le nucléaire exige.

Le fait que Sandokan Debebe, commissaire en chef de la Commission éthiopienne de l’énergie nucléaire, ait explicitement mentionné la contribution de l’énergie nucléaire à la réalisation de la «Vision Éthiopie numérique 2030» dit quelque chose de précis sur la cohérence stratégique de l’approche. L’Éthiopie ne cherche pas seulement à allumer des ampoules supplémentaires, elle cherche à alimenter une économie numérisée, des centres de données, une agriculture technologiquement avancée, un système de santé moderne. Un niveau de consommation électrique qui n’est pas atteignable avec l’hydroélectrique seul. L’Éthiopie le sait, et elle agit en conséquence.

Par Le360 (avec MAP)
Le 29/03/2026 à 14h16