L’ancienne star de 43 ans, dont le vrai nom est Robert Kyagulanyi, s’affichait volontiers entouré dans ses clips de jeunes femmes lascives ou conduisant son 4X4 Cadillac immatriculé «Ghetto», un joint glissé au coin des lèvres.
Devenu la figure emblématique de la jeunesse ougandaise, il reprend jeudi du service face à Yoweri Museveni, 81 ans, l’un des présidents ayant régné le plus longtemps en Afrique. Cet ex-guérillero est arrivé au pouvoir en 1986.
La candidature de l’opposant en 2020 avait semé la panique au sein du pouvoir. Bobi Wine avait rassemblé des foules immenses, notamment dans les quartiers les plus pauvres de Kampala, la capitale où il a grandi. Les autorités avaient réagi par la violence.
Fin 2020, au moins 54 personnes étaient mortes dans des affrontements avec la police, déclenchés par une énième arrestation de Bobi Wine.
Maintes fois arrêté et assigné à résidence depuis 2018, l’opposant a été torturé à plusieurs reprises en détention, comme le montre le documentaire nominé aux Oscars «Bobi Wine: le président du peuple».
Les autorités ont de nouveau réprimé violemment sa campagne pour l’élection de 2026, dispersant d’immenses rassemblements à coups de gaz lacrymogène et de violences.
Selon Amnesty international, au moins 400 partisans de la Plateforme d’unité nationale (NUP, son parti) ont été arrêtés simplement pour l’avoir soutenu. Au moins l’un de ses soutiens est mort lors d’un rassemblement en novembre.
«Nous vaincrons»
«Nous devons continuer à être debout, ensemble, a-t-il récemment lancé lors de prières pour les prisonniers politiques. Je n’ai aucun doute que nous vaincrons.»
Bobi Wine a grandi dans le bidonville de Kamwokya, un des plus grands de Kampala, où des milliers d’Ougandais survivent et se sentent oubliés par le régime.
S’il a ensuite étudié à l’université - la musique et le théâtre - et habite aujourd’hui une villa cossue à la lisière de Kampala, il se définit toujours comme le «président du ghetto», titre décerné par les fans de ses chansons dénonçant l’injustice sociale et économique en vigueur en Ouganda.
Cette origine modeste et son âge sont les deux piliers de sa popularité dans un pays pauvre où plus de 70% de la population a moins de 30 ans et n’ont pas connu d’autre président que Yoweri Museveni.
Celui-ci, surnommé en signe de respect le «mzee» (le vieux), a par le passé qualifié avec hauteur Bobi Wine de «petit-fils indiscipliné».
Député entre 2017 et 2021 de Kyadondo Est, un autre quartier de Kampala, Bobi Wine s’est notamment battu contre l’instauration d’une taxe sur les réseaux sociaux, perçue comme injuste et visant à limiter la liberté d’expression.
Sa région d’origine, le Buganda, royaume du centre du pays à l’influence politique forte, est un autre de ses fiefs.
Les zones rurales et certaines composantes de la société ougandaise, comme l’armée, restent majoritairement acquises au président, dont le parti est hégémonique.
La capacité de Bobi Wine à remporter la présidentielle laisse les analystes sceptiques, dans un pays encore marqué par la tyrannie de l’ère Idi Amin Dada, à laquelle M. Museveni a contribué à mettre fin.






